Samedi 30 août - 17h14 | Sébastien Roullier

Les réactions du jour

La réaction de Jean Teulère : 'Je m’en veux beaucoup. Matelot est fabuleux et il a toute l’expérience nécessaire pour ces grands rendez-vous, ayant déjà couru et bouclé les CCI 4* de Badminton et Burghley. Il était prêt et il l’a prouvé en terminant dans un très bon chrono malgré un dérobé et l’option lente sur le troisième gué. Il est irréprochable sur tout le tour. Peut-on lui reprocher sa grande action qui lui fait faire seulement trois foulées à l’entrée du deuxième gué? Non. Cela nous a déstabilisés. Si j’avais réagi plus vite pour reprendre le contrôle de manière plus rigoureuse, on n’en parlerait pas. Il est tellement franc et droit que parfois, je me permets un peu de laxisme. C’est une faute professionnelle grave. Je suis atterré par cette erreur. Je déçois mon cheval, mes amis propriétaires et l’équipe de France, qui avait besoin d’un meilleur résultat de ma part. C’est une faillite de ma part. Cet endroit n’a pas causé trop de difficultés aux autres. Si je n’étais pas rentré de manière si déstabilisante, je serais forcément mieux sorti. C’est 100% ma faute. J’ai pris du plaisir à monter ce parcours, j’en ai même oublié le terrain lourd, parce que ce cheval est réellement un avion. L’ambiance est formidable. Pour l’hippique, je ne sais pas trop. Je trouve tout ce tralala (devoir aller monter l’hippique à Caen) un peu compliqué. Les chevaux, le matériel, la visite vétérinaire précipitée ici. Il y avait tout pour tout faire ici, mais bon, c’est ainsi. Ceci dit, oui, Matelot s’est déjà produit dans des grands stades. On verra bien.'

La réaction de Maxime Livio : 'Ce n’est pas encore fini et ma troisième place est très provisoire, car d’autres grands couples arrivent. Je suis très content parce que j’ai suivi la progression de Qalao, mon jeune cheval, qui dispute là son premier CCI 4*. Je ne l’ai pas mis dans le rouge. Nous avons pris l’option sur le dernier gué pour l’équipe. Tout seul, je ne sais pas ce que j’aurais fait. C’est une bonne question. Au début de la semaine, nous ne savions pas si je serais dans l’équipe. Thierry a décidé de me placer en troisième, dans un rôle avec pas mal de pression. Je lui fais totalement confiance, il sait de quoi je suis capable et ce que peut faire mon cheval, dont nous aurons sûrement encore besoin dans le futur. Je lui aurais posé la question et je l’aurais sans doute écouté. Nous sommes restés prudents. J’ai senti un cheval frais et encore heureux de sauter sur la fin du parcours. Je termine dans le temps de William Fox-Pitt avec une option. Je suis doublement ravi. La priorité, c’est l’équipe. Thierry nous l’a dit et répété. Qalao courra d’autres échéances avec des chances de médaille individuelle. Si par bonheur, cela arrive demain, ce sera la cerise sur le gâteau, mais la médaille par équipes reste notre priorité. Nous, Français, misions sur ce cross très difficile. Quand on nous a annoncé son raccourcissement, nous nous sommes dits que cela amputait nos chances, mais finalement, même avec une minute de moins, c’est sacrément difficile. Les chevaux collent dans ce terrain lourd. Il n’y aura pas de maxis. Il y a eu plein de déboires. Ça suffit, pas besoin d’en rajouter. Normalement, Qalao sera bien demain. Je n’ai jamais senti de limite chez ce cheval. Dans un nouveau stade, il va être encore un peu chaud. Mon travail avec lui consiste d’abord à gérer ses émotions. Cela s’est vu sur aujourd’hui où j’ai dû batailler une ou deux fois. Il est tellement généreux! Malgré tout, on a fait de belles choses. Ce n’est pas mal pour un troisième cheval, si l’on peut dire, car je crois qu’il deviendra mon cheval de tête. En tout cas, c’est celui qui a le plus de qualités. Je vais aller dire à Jean Teulère de faire son boulot comme il sait le faire depuis si longtemps. Il montait déjà ces cross-là tandis que je n’étais encore pas monté sur un cheval. Nous avons une totale confiance en lui, d’autant qu’il monte l’un des meilleurs chevaux de cross du monde. Nous y croyons. L’ambiance est incroyable tout au long du parcours. Je suis en concours tous les week-ends, je n’ai jamais vu autant de soutien! Les chevaux le sentent aussi, je crois.'

La réaction de Rodolphe Scherer : 'J’ai envie de rire, de pleurer, de crier. Ce que je ressens est presque indescriptible. C’était un jour vraiment spécial, encore plus ici. Toute la famille du complet était là. J’ai même pu entendre et reconnaître les plus forts en gueule tout au long du parcours. À travers moi, ils ont voulu saluer mon père, et je les remercie du fond du cœur pour cela. Aujourd’hui, il aurait été… C’était vraiment un grand bonhomme, j’aurais tant aimé qu’il vive quatre jours de plus et qu’il soit là. Cet hommage est beau pour mon frère et ma petite sœur, et pour mes enfants qui prennent la dimension de ce qu’était leur grand-père. Je suis très fier. Makara est une incroyable jument de cross. On sait qu’elle peut être capricieuse au dressage, ce qu’elle nous a d’ailleurs montré jeudi. Aujourd’hui, elle a réussi un magnifique tour. Nous étions comme sur un nuage. J’aurais peut-être pu aller plus vite, mais on a vu pas mal de chevaux s’écrouler en fin de tour, notamment sur ce fameux gué. Pour moi, il était essentiel de rentrer sans encombre. Elle est tellement rapide que je savais que même en la laissant galoper un peu, elle ne perdrait pas trop de temps. Un jour normal, j’aurais pu tenter, mais il faut écouter les chevaux et pour moi, revenir dans le stade demain va avoir une signification toute particulière. J’ai géré la jument comme si j’avais été dans l’équipe. D’ailleurs, je me sens complètement dans l’équipe.'

La réaction de William Fox-Pitt : 'Chilli Morning a été fabuleux, il a bien galopé et sauté avec tout son cœur. Je ne pourrais pas être plus fier de lui qu’aujourd’hui. Le terrain est dur. Chaque foulée coûte de l’énergie. Le seul mot d’ordre était : rentre à la maison, rentre à la maison. Rien ne sert d’être fantastique huit minutes et ne pas terminer ce cross. J’ai sans doute perdu un peu de temps, mais l’essentiel est là. J’ai fait très attention au dernier gué, ce n’était pas parfait, mais mon cheval n’a pas vraiment vu le poisson à sauter. Les chevaux arrivent en haut surpris et ne savent pas trop où aller. Peu d’étalons se seraient aussi bien comportés que lui. Il peut parfois être un peu dur à monter, mais là il m’a offert un très beau tour. Il mérite ce qu’il a réussi aujourd’hui. Nous savions que le parcours serait difficile. Je n’ai jamais monté un CCI 4* dans de telles conditions de difficulté, surtout avec une telle pression, puisque nous sommes aux Jeux. Nous restons dans la course ce soir. Je cours toujours après ce premier titre mondial. J’ai déjà terminé deuxième. Nous verrons demain. Il y a la route à faire jusqu’à Caen, une nouvelle carrière de détente, un nouveau terrain de concours, du public. Chaque chose en son temps, mais ce serait très beau de gagner ici. Je ne sais pas si l’on peut rentrer dans le temps. On va voir Clifton Promise et Opgun Louvo.'

La réaction de Cédric Lyard : 'Je suis vraiment déçu, parce que je n’ai pas du tout senti le coup venir. Cadeau a été tellement droit et franc sur tout le parcours… Si j’avais senti mon cheval faiblir, j’aurais pris l’option sur ce gué. J’en avais encore sous le pied, je l’ai laissé souffler dans la galopade d’avant. Je sentais de l’énergie, donc je suis allé tout droit. Dans l’eau, j’ai remis du gaz. J’ai eu une bonne place sur la marche, et là je l’ai senti vraiment hésiter. Je pense qu’il n’a pas compris la route. Étonnamment, dans ce gué, les chevaux ne se jettent pas sur le poisson. Je crois qu’ils ne savent pas trop où aller. Le reste s’est très bien passé. Je m’en veux, vraiment. Nous aurions pu terminer avec trente secondes de retard. Il y a énormément de bruit avec le public, Cadeau n’avait jamais couru dans ces conditions. J’ai essayé de le garder décontracté, parce que j’avais connu des déboires à Fontainebleau en 2009 avec Jessy Mail. Les gens lui avaient fait peur et le cheval ne pouvait plus galoper après trois minutes. Donc je l’ai rassuré, et Cadeau était vraiment dans sa course. Au point où nous en sommes désormais, nous en avons parlé avec Thierry, je pense qu’il vaut mieux prendre l’option lente sur le gué pour Maxime Livio et Jean Teulère. Si j’avais à le refaire, c’est ce que je ferais. Il y a de la loterie dans ce gué. Le terrain est plutôt collant, mais correct. Heureusement qu’il a été bien drainé. C’est particulièrement collant dans deux prairies. Je pense qu’il faut laisser les chevaux galoper à leur rythme sur ce tour. Comme on le disait hier, c’est dommage d’avoir retiré du parcours cette grande montée, qui était bien meilleure que celle qui l’a remplacée. Les chevaux ont du mal à la grimper et la descente est plus courte avant le double de haies. C’est un enchaînement d’efforts difficiles. C’était un drôle d’idée de faire ça... C’est un vrai cross de CCI 4*, on transpire comme il faut!'

La réaction de Michael Jung : 'Le parcours est très difficile du début à la fin. Il faut vraiment rester concentré jusqu’au bout et être en empathie avec son cheval pour ressentir son énergie. Je pense qu’il ne faut pas commencer trop fort sinon on risque de ne plus avoir d’énergie à la fin. Le dernier gué est difficile, avec cette grande marche à monter. Les chevaux sont fatigués quand ils arrivent là. Il faut un bon équilibre et de l’énergie. Le terrain est gras et lourd, mais ça. Peut-être qu’un couple peut être maxi, avec un super cheval galopant fort. Ma jument est jeune et fraîche, elle cherche toujours l’obstacle suivant. Je l’ai remerciée plusieurs fois durant le parcours (avec des tapes à l’encolure, ndlr). Quand il y a des obstacles si difficiles à dauter, je pense que c’est une bonne chose pour le couple.'

La réaction de Pascal Leroy : 'Ce n'est vraiment pas mon concours, hélas. C'est la première fois de sa carrière que Minos peine et se dérobe ainsi dans un cross. C'est très éprouvant, le sol est hyper lourd. Hier, à la dernière reconnaissance, nous avons eu l'impression que le sol avait pas mal séché, mais non, il ne répond absolument pas et les chevaux sont véritablement à l'effort. Les contrats dans les combinaisons sont un peu modifiés. Moi, je n'ai pas pu faire ce que j'avais prévu partout. Les chevaux s'enfoncent à certains endroits. Je pense que ça va se détériorer au fil de la journée. Je suis déçu. Le dernier gué n'était a priori pas un difficulté. Je pense que c'est la fatigue. J'ai eu du mal à tonifier Minos avant le contre-haut. Il a mal monté la marche et s'est dérobé vers la gauche. J'avais relancé pas mal avant, j'aurais dû en garder sous le pied pour ce gué. Du coup, j'ai perdu beaucoup de temps. Je ne m'y attendais pas vraiment pas. Pour réussir le maxi, il faut aller tout droit partout, mais cela me semble difficile. Minos est vraiment une machine à galoper avec une résistance exceptionnelle.'

Propos recueillis au Pin-au-Haras par Sébastien Roullier

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