Hello Sanctos, c’était l’intelligence à l’état pur

Crédit : Sportfot

Vendredi 29 novembre - 15h52 | Sébastien Roullier

Hello Sanctos, c’était l’intelligence à l’état pur

Ce midi, Scott Brash a annoncé la mise à la retraite de l’incroyable Hello Sanctos, qui n’a sauté que trente parcours ces quatre dernières années, jalonnées de quatre arrêts et reprises, sans jamais parvenir à retrouver sa superbe d’antan. Champion olympique par équipes en 2012 à Londres puis d’Europe par équipes en 2013 à Herning, où il avait aussi décroché le bronze individuel, il avait été le premier à franchir le cap du million d’euros de gains en une seule année, en 2014, puis le premier – et le seul à ce jour – a réussir le Grand Chelem Rolex, alors composé de trois étapes, Genève, Aix-la-Chapelle et Calgary. Pourtant, ce bai né en Belgique sous le nom de Sanctos van het Gravenhof n’était pas franchement promis à un tel destin. Ses performances, plus qu’à toute autre qualité, ce hongre sBs de dix-sept ans les doit à son intelligence hors du commun. Avant de lui rendre l’hommage qu’il mérite le samedi 14 décembre à Genève, retour sur son exceptionnel destin.

 - Hello Sanctos, c’était l’intelligence à l’état pur

Bien que régulièrement classés en CSI, Katharina Offel et Sanctos, ici à Aix-la-Chapelle, n’ont jamais réellement pu établir de relation harmonieuse.
Crédit : Scoopdyga

D’un côté, les sommes globalement mises en jeu dans le saut d’obstacles continuent à augmenter de manière exponentielle, d’année en année. De l’autre, la concurrence entre les cracks n’a jamais semblé aussi forte qu’aujourd’hui. Dans ce contexte, le butin amassé en 2014 par Hello Sanctos et Scott Brash, auteurs d’un doublé inédit au CHI de Genève (finale du Top Ten et Grand Prix), constitue une performance absolument exceptionnelle. Cette année-là, au titre des gains accumulés dans les épreuves comptabilisées par la FEI, le Britannique et son hongre sBs avaient gagné environ 981.433 euros (les gains remportés dans d’autres monnaies ont été convertis en euros selon le cours en vigueur le jour de l’épreuve). Et il est tout à fait légitime d’ajouter à cette somme le bonus de 255 718 euros correspondant à l’énorme contribution du bai à la victoire finale dans le Longines Global Champions Tour de celui qui était alors numéro un mondial. Exception faite de sa cinquième place dans l’étape parisienne du circuit, obtenue avec la prometteuse Hello Annie, l’Écossais avait inscrit tous ses points avec son champion. Cette somme, proratisée à la hauteur de sa participation, avait donc permis au hongre de porter le record annuel de gains d’un cheval de saut d’obstacles à la somme extravagante d’1 237 151 euros! Depuis, ce record a été allègrement battu, mais essentiellement grâce au gonflement des gains liés à la Global Champions League, certes discutables compte tenu du montant colossal des pay-cards payées par les propriétaires d’écuries.
 
Ce train de vie de golden boy, peu de gens le lui auraient prédit avant 2010, voire 2012, l’année où tout a basculé. Sanctos van het Gravenhof, énième crack auquel on a retiré son affixe d’élevage, est né le 13 mai 2002 à Lembeke, à mi-chemin entre Bruges et Anvers en Flandre-Orientale. Bien que flamand, son concepteur, Willy Taets, l’a inscrit au sBs, le stud-book wallon, comme la plupart des produits de son petit élevage amateur. Sanctos est le fruit du croisement entre Nasia van het Gravenhof, une poulinière sBs très teintée de Selle Français, puisqu’issue de Nabab de Rêve et d’une mère par Fier de lui, et Quasimodo van de Molendreef (BWP, Heartbreaker x Lys de Darmen), un étalon valorisé par David Jobertie, propre frère d’Action-Breaker, l’ancien crack de l’Espagnol Sergio Álvarez Moya.
 
Dans ses tendres années, contrairement à Cornado NRW ou à d’autres futurs champions, repérés dès deux ans dans les concours d’élevage, Sanctos ne déchaîne pas les passions. N’ayant pas vraiment la trempe, l’équilibre et le trot d’un étalon, il n’est d’ailleurs pas présenté à l’approbation du sBs, et on choisit de le castrer. Willy Taets le cède à deux ans et demi à Dany van Lombergen, un autre éleveur flamand. «C’était un poulain très mignon. Quand nous l’avons testé en plein air, je me rappelle avoir été impressionnée. Du reste, il a toujours très bien sauté, à la maison comme en concours. J’ai vraiment pris beaucoup de plaisir à le monter», se souvient Kim van Laenen, sa première cavalière, et compagne de Dany, interrogée pour un portrait du crack paru en avril 2015 dans le magazine GRANDPRIX. Le couple boucle sept sans-faute sur onze parcours au printemps 2006. Un bon bilan, mais pas exceptionnel. «Il savait déjà ce qu’il avait à faire, il avait des yeux au bout des sabots, mais il n’était pas démonstratif. On ne pouvait pas imaginer qu’il irait si haut», avoue Kim. De fait, fondant davantage d’espoirs dans deux autres chevaux de quatre ans, avant même la Grande Semaine de Gesves, le couple met en vente le bai, et accepte, «pour le prix normal d’un quatre ans», la proposition de Jean-Luc de Maeyer, un autre éleveur et investisseur flamand. «Je suis très fière de ce qu’il est devenu, et je ne nourris aucun regret. Si nous ne l’avions pas vendu, il n’aurait sans doute pas vécu une telle carrière. C’est un honneur de l’avoir monté!», sourit Kim.
 
Jo de Witte, le cavalier semi-professionnel du nouveau propriétaire, en récupère donc la monte au début de l’été. Après une première finale positive à quatre ans, Sanctos confirme son envie de bien faire en 2007 avec dix sans-faute en douze parcours. «Cette année-là, il avait été l’un des meilleurs de sa génération. Il avait déjà un mental incroyable. Les gens pensaient qu’une fois formé, il serait capable de gagner à 1,40 m ou 1,45 m, mais pas plus, car il n’était pas très démonstratif. C’est incroyable ce qu’il est devenu. Il a des moyens extraordinaires, bien sûr, sinon il ne pourrait normalement pas sauter des Grands Prix à 1,60 m. Je pense qu’il fait surtout la différence par sa grande intelligence», salue son deuxième cavalier. Au bout d’un an, après une finale des cinq ans manquée, il doit pourtant passer la main. «Je n’avais plus assez de temps pour les chevaux. Mon vrai métier, c’est de vendre des sanitaires. Sanctos avait besoin d’un cavalier professionnel. Aujourd’hui, je suis ses exploits à la télé. Je l’ai revu une fois à neuf ans, au Portugal. Peter Wylde m’a dit que c’était le meilleur cheval qu’il ait jamais croisé. Je suis si fier de lui.»
 
Au cours de l’hiver 2008, le bai rejoint le piquet de Koen Vereecke, établi à Waarschoot, non loin de Gand, toujours dans la même région. Sa troisième année de formation se solde par un excellent dix sur douze et un championnat réussi, avec une seizième place à la clé, en raison d’une faute en finale. «Je l’aimais bien, car il est près du sang. Quand je l’ai récupéré, il se précipitait un peu dans les barres, mais après plusieurs mois de travail, le problème avait été réglé. Il était très volontaire, respectueux et rapide. Il faisait tout pour éviter la faute. Je sentais qu’il avait quelque chose de spécial. Je ne suis pas plus surpris que cela qu’il ait réussi par la suite, si ce n’est par ses moyens, que je n’avais pas décelés à l’époque.» Cette année marque également sa première sortie internationale, à Bourg-en-Bresse, où le couple s’impose dans deux épreuves du CSI Jeunes Chevaux. «J’aurais déjà pu le vendre cher à ce moment-là, mais ce n’est pas évident de se séparer d’un cheval qui réussit si bien», argue Jean-Luc de Maeyer.
 
Malgré le très bon travail de Vereecke, le propriétaire le lui retire – «de manière pas très correcte…», déplore sobrement le cavalier. Sanctos s’installe quelque temps aux Pays-Bas, chez Jeroen Dubbeldam, où il est monté par le jeune Willem Greve. «Son père, Jan, avait acheté Quasimodo van de Molendreef et voulait pouvoir montrer un de ses produits pour promouvoir l’étalon auprès des éleveurs néerlandais. Cela n’a pas duré longtemps parce que je n’étais pas satisfait. La monte de Willem ne convenait pas à Sanctos, qui a besoin qu’on lui laisse une certaine liberté et une certaine vitesse pour bien sauter.»

De retour au Plat Pays au printemps 2009, le hongre de sept ans est placé chez Jos Kumps, l’un des plus grands maîtres européens en activité. En compétition, il est monté par son fils Alexander, alors âgé de seize ans, sur le circuit international Junior. «Il était très gentil. C’est avec lui que j’ai sauté mes premiers Grands Prix Juniors et débuté à 1,40 m, une super expérience. Quand nous l’avons récupéré, ma mère m’a montré une vidéo de lui en Allemagne, avec Willem Greve. Je ne le lui ai pas dit, mais quand je l’ai vu sauter, j’ai tout de suite su qu’il était trop bon pour moi! Je ressentais beaucoup de pression, parce que je n’avais pas l’expérience nécessaire, et que j’étais plus mauvais qu’aujourd’hui! J’avais vraiment peur de mal faire. En plus, il n’a pas forcément un galop très stable : il change parfois de pied ou se désunit. Même si cela se voit moins avec Scott, il court un peu vers la barre, aussi. Du coup, la première fois que je l’ai monté en concours, à Fontainebleau, je ne savais vraiment pas à quoi m’attendre. Pourtant, même quand tout ne se passait pas au mieux, nous étions sans faute. À partir de ce moment, j’ai vraiment pris confiance en lui.»
 
À l’automne 2009, les deux parties se mettent d’accord pour vendre Sanctos, dont la visite vétérinaire n’est visiblement pas parfaite, mais qui semble assez bien formé et facile à monter pour en tirer un bon prix. Nancy, une groom américaine œuvrant chez les Kumps, prévient alors Peter Wylde, son ami d’enfance, qu’un cheval prometteur s’épanouit tout près d’elle. «Il est venu l’essayer pour l’un de ses élèves, mais ce dernier n’a pas voulu l’acheter», se souvient Jean-Luc de Maeyer. «C’était quelqu’un qui achetait beaucoup de chevaux. Nous l’avons tous les deux adoré et sommes venus l’essayer une seconde fois, mais finalement, sans que je sache pourquoi, il ne l’a pas acheté», confirme Peter Wylde. La visite vétérinaire, peut-être… «Peter est venu le réessayer, mais ne l’a toujours pas acheté. Il l’aimait, mais n’avait pas l’argent nécessaire. J’ai lui ai donc proposé de prendre le cheval chez lui pendant deux mois, pour voir», reprend le propriétaire.
 
Alors qu’il avait commencé à ralentir côté compétition, l’Américain, médaillé de bronze par équipes aux Jeux équestres mondiaux de Jerez de la Frontera en 2002 puis médaillé d’or par équipes aux Jeux olympiques d’Athènes en 2004 avec le fabuleuse Fein Cera, se laisse séduire par le bai et remet sérieusement le pied à l’étrier. «Dès notre premier CSI 2*, il a sauté une épreuve à 1,35 m de façon fantastique. L’une de mes élèves américaines, Jessica Suida, a appelé son père pour lui dire d’acheter le cheval. Quand je lui ai confirmé que Sanctos était vraiment spécial, Chet s’est montré très emballé. Nous l’avons acheté ensemble: deux tiers pour lui, un tiers pour moi. J’ai géré Sanctos comme j’avais l’habitude de le faire avec mes chevaux de huit ans, en alternant les hauteurs. Nous l’avons emmené au CSI 4* de La Corogne où il a été absolument brillant. Au cours de cette saison, il s’est classé dans quasiment toutes les épreuves auxquelles nous avons participé.» Le couple s’adjuge même son dernier Grand Prix, celui du CSI 2* d’Oldenbourg, le 11 novembre 2010. «Les gens se sont tout de suite intéressés à lui. Je disais toujours qu’il n’était pas à vendre, mais un agent a fini par m’appeler pour me proposer une somme exorbitante. J’ai donc appelé le propriétaire. Nous en avons parlé et sommes tombés d’accord : à ce prix-là, nous devions le vendre. Katharina Offel est venue l’essayer et il est parti. C’était très triste, mais c’était la bonne décision.»
 
Combien Oleksandr Onyshchenko a-t-il déboursé pour ce prometteur sBs alors âgé de huit ans? On ne le saura sans doute jamais. Le cavalier américain, lui, ne garde de son protégé que de merveilleux souvenirs. «Ma groom et moi plaisantons souvent sur le fait qu’avec Sanctos, il suffisait de poser une selle sur son dos et de monter dessus pour être sans faute. Il était toujours un peu fainéant à la maison, mais il se transcendait dès qu’il entrait en piste. C’est vraiment un cheval incroyable, spécial, avec un caractère génial. Je l’ai dit à Katharina Offel quand elle l’a emmené.» L’Ukrainienne née allemande partage sûrement son avis. Cependant, elle ne se sentira jamais totalement à l’aise avec lui. Même si le couple se classe dans bien des épreuves, jusqu’à terminer quatrième du Grand Prix du CSIO 5* de Barcelone, en septembre 2011, l’harmonie reste perfectible. Le sBs est alors mis au repos, et en vente, ce qu’Onyshchenko faisait assez rarement à cette époque.

Jo de Witte, Koen Vereecke, Willem Greve et Peter Wylde sont quatre des six cavaliers s’étant succédé sur le dos de Sanctos van het Gravenhof entre quatre et huit ans! Crédits Collection privée, Sportfot et Leanjo de Koster (la lecture se poursuit sous la photo)

 - Hello Sanctos, c’était l’intelligence à l’état pur


Londres 2012, improbable défi

Londres 2012, improbable défi - Hello Sanctos, c’était l’intelligence à l’état pur

Aux championnats d’Europe d’Herning, dont il est reparti avec deux médailles, le couple avait fait preuve d’un sang froid et d’une solidité hors pair.
Crédit : Scoopdyga

Ayant flairé la bonne aubaine, David Broome, champion du monde et titulaire d’un palmarès long comme un antérieur de cheval, conseille aux Ladies Pauline Harris et Pauline Kirkham, grandes mécènes du show jumping britannique, d’envoyer leur nouveau jeune poulain écossais l’essayer en Allemagne. Le dénommé Scott Brash, encore anonyme au plus haut niveau, le découvre pour la première fois. «J’avais vu quelques vidéos, mais ne le connaissais pas. Peter et Katharina ont fait du très bon travail, car il sautait déjà très bien. Mes propriétaires avaient pour objectif de me voir participer aux Jeux olympiques de Londres. Rien ne les faisait plus rêver. Dès que je l’ai essayé, j’ai tout de suite été marqué par son intelligence. Mes propriétaires m’ont demandé si je le pensais au niveau de leurs ambitions. Difficile d’être catégorique après quarante-cinq minutes! J’ai été très honnête: je leur ai dit que je ne pouvais pas le garantir, qu’il avait toutes les qualités pour sauter des Grands Prix, mais que je ne savais pas si cela suffirait pour les Jeux. Ils ont décidé de parier sur lui, et je ne les en remercierai jamais assez. Plus le temps passe, mieux il saute!», déclare-t-il en 2015.
 
Un jeune cavalier et un jeune cheval relativement inexpérimentés pour des Jeux olympiques qui se profilent sept moins plus tard: au début de l’année 2012, le défi est de taille! Pour le relever, et accélérer la formation du couple, Scott décide de traverser l’Atlantique, estimant à raison que le Winter Equestrian Festival de Wellington offre la variété d’épreuves lui permettant de mettre toutes les chances de son côté. Bien vu, puisqu’après une première Coupe des nations difficile (douze puis huit points), la paire s’adjuge un Grand Prix Coupe du monde. «Le repos auquel le cheval a eu droit entre Katharina et Scott est probablement la meilleure chose qui pouvait lui arriver, car il n’était plus à son meilleur niveau fin 2011. J’ai vraiment été impressionné par la rapidité avec laquelle Scott est parvenu à le monter sans aucune pression. Avec son équipe, il a accompli un excellent travail de remise en forme et lui a permis de progresser encore», salue Peter Wylde. La partie n’est pas encore gagnée, toutefois, la tournée s’achevant fin mars avec un Grand Prix CSI 5* pénalisé de vingt points… «J’ai appris beaucoup de choses sur lui en quelques semaines. Par exemple, il se sent moins bien dans certaines conditions, notamment en fin de matinée où il est toujours un peu fainéant», révèle l’Écossais.
 
De retour en Europe, après l’avoir laissé quelques semaines au repos, Scott Brash boucle le Grand Prix CSI 3* du Touquet avec un point de temps avant d’enchaîner les sans-faute dans des épreuves intermédiaires du CSIO 5* de La Baule. Deux semaines plus tard, il offre un double sans-faute à la Grande-Bretagne dans la Coupe des nations de Rome, et ne concède qu’une faute dans le Grand Prix. «À ce moment-là, j’ai senti que Sanctos était prêt et que je le connaissais assez pour aller aux Jeux. Nous avions besoin d’un dernier concours pour valider notre sélection. À Rotterdam, Sanctos a encore superbement bien sauté la Coupe des nations (quatre puis zéro, ndlr) et le Grand Prix (douzième avec une faute au barrage, ndlr), ce qui a convaincu Rob Hoekstra (le sélectionneur britannique, ndlr)
 
Scott Brash et Sanctos ne se contentent pas de participer aux Jeux. Ils offrent une sublime médaille d’or à leur public survolté, aux côtés de Nick Skelton sur Big Star, Peter Charles sur Vindicat, et Ben Maher sur Tripple X III. Sans paraître ému par l’énorme enjeu, le couple manque le podium individuel pour une faute en seconde manche de la finale, comme Skelton et Big Star, les grands favoris. «C’était un moment absolument fantastique et inoubliable. Ceci dit, je ne montais pas encore Sanctos aussi bien qu’aujourd’hui. En termes d’équitation, notre performance au CHI de Genève, en décembre 2014, est bien plus aboutie. De fait, je pense que j’aurais bien plus mes chances dans une finale olympique aujourd’hui qu’en 2012.»
 
Ses deux médailles aux championnats d’Europe d’Herning, en 2013, donnent absolument raison à l’Écossais. «Au Danemark, notre faute du premier jour est peut-être mon pire souvenir avec lui. C’était une bête faute de respect, qu’il ne commet jamais. Cela m’a servi de leçon. La finale individuelle a été l’une des épreuves les plus difficiles que j’ai eue à sauter. La concurrence était forte, les obstacles étaient énormes et le temps très court. Sanctos a été le seul cheval à réaliser le double sans-faute (Myrtille Paulois, championne d’Europe avec Roger-Yves Bost, avait concédé un point de temps en première manche, ndlr). Cela semblait facile pour lui.» «Je suis fier d’avoir pu faire un bout de chemin avec ce cheval et je suis très content de voir ce qu’il a réussi, car j’ai toujours pensé que Scott était le cavalier parfait pour lui. Il est sans doute le cavalier parfait pour la plupart des chevaux, d’ailleurs! Grâce à lui, Sanctos est devenu ce que j’ai toujours pensé qu’il pouvait être. J’ai monté beaucoup de chevaux dans ma vie, mais aucun n’avait autant de facilités que lui. C’est un gagnant dans l’âme», loue encore Peter Wylde.

Pendant des années, Sanctos a comblé de bonheur les Ladies Pauline Harris et Pauline Kirkham, ses deux bienfaitrices, ici à Doha. Crédit Stefano Grasso/LGCT (la lecture se poursuit sous la photo)

Londres 2012, improbable défi - Hello Sanctos, c’était l’intelligence à l’état pur


Un pari remporté… contre le sport ?

Un pari remporté… contre le sport ? - Hello Sanctos, c’était l’intelligence à l’état pur

Le 13 septembre 2015 à Calgary, le crack a permis à Scott Brash de remporter le fameux Grand Chelem Rolex.
Crédit : Kit Houghton/Rolex

 Double vainqueur du LGCT en 2013 et 2014, incontestable numéro un mondial, Brash ne rate quasiment rien pendant deux ans, à part les Jeux équestres mondiaux de Normandie, où il comptait parmi les favoris avec son crack. La paire ne peut cependant éviter la noyade britannique, quittant la compétition dès le deuxième jour après deux parcours fautifs. «Il faut être honnête, Sanctos a sauté aussi bien que d’habitude. Ces fautes sont à mettre à mon crédit (Scott souffrait d’une intoxication alimentaire, ndlr), pas au sien, y compris la rivière. C’était juste un mauvais moment pour la Grande-Bretagne…» La paire se ressaisit vite en coiffant au poteau Rolf-Göran Bengtsson et Ludger Beerbaum lors du LGCT de Doha, avant le fameux exploit genevois. «C’était incroyable, j’ai eu le sentiment de ne pas avoir à prendre tous les risques pour gagner. Sanctos est fantastique aussi car il ne perd de temps nulle part. Peu de chevaux en sont capables, je n’en connais pas d’autre en tous cas. La différence entre un crack comme Cornado et Hello Sanctos, c’est réellement l’intelligence de la barre. Quelle que soit la hauteur, il sait ce qu’il doit faire et comment réagir à n’importe quelle situation !»
 
À l’issue du Grand Prix de Genève, Scott Brash annonce qu’en 2015, Sanctos ne courra pas après la finale de la Coupe du monde, et qu’il fera tout pour lui épargner les championnats d’Europe d’Aix-la-Chapelle, le stade de la Soers restant l’un des rares terrains qui ne lui aient pas vraiment réussi – le bai n’avait-il pas désarçonné Katharina Offel en plein milieu du stade, en 2011? L’Écossais comptait sur le retour d’Ursula XII, troisième de la finale de Coupe du monde de Lyon en 2014, mais celle-ci n’était pas encore revenue à son meilleur. Sanctos aurait donc dû s’y coller, la Grande-Bretagne ne pouvant sûrement pas se passer de son meilleur couple dans se quête de qualification olympique. «Je vais emmener Santos à Aix pour le CSI 5* support du Grand Chelem Rolex, fin mai, pour voir comment il s’y sent. Parfois, les chevaux ont juste besoin d’être mis en confiance en sautant une ou deux petites épreuves. Si je le sens bien, il participera peut-être aux championnats d’Europe. En tout cas, je pense déjà aux Jeux de Rio, auxquels j’aimerais beaucoup aller avec lui. La Grande-Bretagne doit encore se qualifier, à nous de faire le nécessaire.»
 
Rien ne va pourtant se passe comme prévu. Le 31 mai, le couple gagne le Grand Prix du CSI 5* d’Aix-la-Chapelle. Dès lors, le cavalier n’a plus en tête que l’objectif de réussir ce fameux Grand Chelem et de décrocher le million d’euros promis au vainqueur. Quitte à abandonner le navire britannique et l’enjeu crucial de la qualification olympique… Le 13 septembre 2015, il remporte son pari opportuniste. Sur les parcours massifs et techniques de Leopoldo Palacios, le plus craint de tous les chefs de piste, rien n’est facile, et la chance choisit clairement le camp de Brash quand au moins une ou deux barres auraient pu tomber et réduire à néant son rêve. Mais la légende était trop belle pour être contrariée, et les larmes de joie, que le champion n’avait encore jamais versées en public, parachèvent cette œuvre magistrale. Il reste à ce jour le seul à avoir réussi ce défi, qui compte désormais une quatrième étape avec le Grand Prix CSI 5* de Bois-le-Duc. L’histoire retiendra aussi qu’il a accompli cette performance inouïe – sept tours, une centaine d’efforts sans renverser la moindre barre ni dépasser les temps impartis par le regretté Luc Musette, Frank Rothenberger et Leopoldo Palacios – aux rênes d’un seul et même cheval, le génialissime Sanctos.
 
Heureusement pour eux, les cavaliers Di Lampard arrachent leur ticket pour Rio 2016 en terminant quatrièmes des championnats d’Europe d’Aix-la-Chapelle. Et l’année suivante, il n’y aura pas de JO pour Scott Brash et Sanctos, arrêté dès le mois de février. À quatorze ans, la fabuleuse machine se grippe malheureusement de façon irrémédiable. «On ne peut jamais prévoir si la carrière d’un cheval sera longue, car nous leur demandons beaucoup d’efforts. En tout cas, je sais qu’il en est capable. Sanctos aime sauter, aller vite et gagner. Il faut simplement le préserver. J’ai tellement de chance de l’avoir!», se ravissait Scott Brash un an plus tôt. Il en va toujours ainsi avec les chevaux. Après quatre tentatives de retour, de janvier à mars 2017, d’octobre 2018 à janvier 2019 puis en mai et en octobre 2019, à Saint-Tropez où le sBs a bouclé un dernier parcours à 1,40m, le cavalier et les propriétaires du génie se sont donc résolus à lui offrir une retraite bien méritée. Qu’ils se rassurent, on ne l’oubliera jamais. Et l’on a déjà hâte de lui rendre hommage au CHI de Genève, le 14 décembre prochain.

Palmarès
2010 : vainqueur du Grand Prix CSI 2* d’Oldenbourg et deuxième du Grand Prix CSI 2* de Rogge avec Peter Wylde.
2012 : médaillé d’or par équipes des Jeux olympiques de Londres; vainqueur d’un Grand Prix Coupe du monde à Wellington avec Scott Brash.
2013 : médaillé d’or par équipes et de bronze en individuel des championnats d’Europe d’Herning; vainqueur du Grand Prix Coupe du monde d’Oslo, du Grand Prix CSI 5* de Doha et de la Coupe des nations de Dublin, deuxième des Grands Prix d’Estoril et Genève, troisième du Grand Prix de Chantilly et de la Coupe des nations de La Baule avec Scott Brash.
2014 : vainqueur de la finale du Top Ten et des Grands Prix CSI 5* de Wellington, Estoril, Londres, Cannes et Genève, deuxième de la Coupe des nations de Dublin, troisième du Grand Prix de Hambourg avec Scott Brash.
2015 : vainqueur du Grand Prix CSIO 5* de Calgary et des Grands Prix CSI 5* d’Aix-la-Chapelle, Cascais et Miami, troisième des Grands Prix CSI 5* de Bâle et Bois-le-Duc avec Scott Brash.

À lire également...

Réagissez

  • zonzon - le 29/11

    Un des plus grands cracks de cette dernière décennie ... je le place tout de même derrière Casall qui a mon sens reste LE meilleur cheval de ces dernières années, car plus les années passaient, plus il était redoutable, même à 18 ans (il est resté sur une victoire !). Mais Sanctos est mon deuxième chouchou, c'était un cheval exceptionnel très difficile à battre en barrage. Et dire qu'on a eu de nombreux barrages qui réunissait ces deux crack ! Nous avons été gâtés ...

Le mag

GRANDPRIX #112 GRANDPRIX n°112 DÉCEMBRE/JANVIER

GRANDPRIX #112

(GRANDPRIX n°112 DÉCEMBRE/JANVIER)

S'abonner à GRANDPRIXAcheter GRANDPRIXProgramme Avantages

Twitter