“Il ne faut pas attendre de surprise positive lors d’un grand événement”, Alain Francqueville

Crédit : Scoopdyga

Jeudi 22 août - 10h28 | Propos recueillis par Camille Judet

“Il ne faut pas attendre de surprise positive lors d’un grand événement”, Alain Francqueville

Au lendemain du Grand Prix, qualificative individuelle et support de l’épreuve par équipes des championnats d’Europe Longines de Rotterdam, Alain Francquevilleanalyse les performances enregistrées lundi et mardi, ainsi que leurs conséquences pour les qualifications olympiques. Le juge international et ancien sélectionneur, entraîneur et chef d’équipe français revient notamment sur les prestations françaises.

Le Grand Prix, épreuve par équipes et qualificative pour la suite de la compétition individuelle, ne comptait pas moins de soixante-neuf participants, avec quinze équipes. Que pensez-vous du niveau global qui a été observé lors de cette première étape et quels enseignements en tirez-vous quant à l’évolution du dressage au niveau mondial ? 
On doit constater que le nombre de couples au niveau requis augmente. Et le niveau global continue de progresser. Si l’on remonte plus de vingt ans en arrière, on doit admettre que le nombre de chevaux piaffant correctement est nettement supérieur. Par ailleurs, le type de locomotion a également beaucoup évolué avec, en particulier, plus d’expression au trot. Les galops sont plus montants. D’une part, les chevaux avancent plus au trot rassemblé pour avoir cette expression « en avançant » et non par un « trot passagé », que l’on voyait autrefois. D’autre part, il me sembleque l’amplitude des allongements est peut-être un peu moins grande.
 
Pour ce qui est de la compétition par équipes, les Allemands partaient grands favoris. Comment expliquer une telle hégémonie et qu’avez-vous pensé individuellement de leurs prestations ?  
De façon assez simple, cette domination est d’abord liée au nombre de couples de cette nation évoluant en Grand Tour sur la scène internationale. L’Allemagne compte 105 couples au classement mondial, dont six dans le top dix, et vingt-quatre parmi les cent meilleurs. En France, on compte trente-sept couples dans ce classement, mais seulement deux dans le top cent. Aux Pays-Bas, cinquante-deux couples pour douze dans les cent meilleurs ; en Grande-Bretagne, quarante-six en tout dont dix dans le top cent. Ce sont des indicateurs utiles.
Mais je citerai aussi et surtout la maîtrise des facteurs de la performance : une formation très pointue des cavaliers, du niveau Poneys au Grand Prix, des entraîneurs très bien formés et beaucoup de professionnalisme dans le choix des chevaux et la progression du travail conduisant aux performances de haut niveau. Sans publier les sélections. On constate une gymnastique plus poussée, des chevaux modernes, des bases solides pour développer la propulsion et l’expression - effet Totilas.
Les prestations de l’Allemagne sont marquées à la fois par le classicisme et une impression de facilité/sécurité, avec une grande précision (vitesses, tracé, etc.) pour présenter au mieux sans aller au-delà de ce que peut faire le couple. C’était remarquable à mes yeux, surtout quand on considère le changement en vingt-cinq ans.
Il existe pour moi quelques facteurs de la performance que maîtrisent les allemands : la valeur du couple cavalier/cheval ; la préparation donc l’entrainement,le mental avec la cohésion du couple cavalier/cheval,, l’encadrement/environnement, l’organisation et le suivi sont exceptionnels. Un seul des facteurs de réussite est souvent cause d'échec ou de baisse de réussite.
 
Sur 69 partants, 4 ont été éliminés. Deux pour irrégularités et deux pour du sang (l’un à la bouche sonné en cours d’épreuve et l’autre au flanc détecté par le commissaire au paddock en sortie de piste). De manière générale, que penser de ces règles d’élimination pour l’animal et pour le sport ?
Il est essentiel de veiller à la protection et au respect du cheval.  Aucune dérive ne doit être tolérée, c’est l’image qu’il faut préserver. Bien sur ce sont d’excellents cavaliers mais les observables conduisant à l’élimination sont indispensables et tout témoignage inacceptable doit être sanctionné. L’avenir de notre sport est en jeu.
Maintenant on peut se poser la question de la poursuite de la compétition les jours suivants. Mais comme il faut un % pour accéder à la 2ème épreuve, c’est difficile à régler. Dura lex ced lex (la loi est dure, mais c’est la loi, ndlr).
 
Que penser du nouveau processus mis en place par la FEI des « boutons rouges » mis à disposition de chacun des 6 juges pour informer le président de jury si un des deux problèmes cités dans la question précédente est détecté ? 
Je trouve cela bien, on ne peut pas tout voir et c’est aussi un moyen de responsabiliser l’ensemble des juges et pas seulement le(a) Président(e).

L’élimination de Charlotte Dujardin en sortie de piste a chamboulé à la dernière minute le classement par équipes et retire du suspens à la compétition individuelle puisqu’elle ne pourra pas prendre le départ avec Mount St John Freestyle du Grand Prix Spécial ni de la reprise en musique. En effet, son cheval présentait une marque de sang au passage de l’éperon et alors qu’elle se classait deuxième de l’épreuve, la britannique a été disqualifiée. Quel regard porter sur ce retournement de situation pour la Grande Bretagne et les équipes hollandaises et suédoises qui remontent ainsi sur le podium en argent et bronze ? 
Je crois que c’est le sport, ce qui manque parfois un peu au dressage. Ça montre que tout n’est pas fait d’avance. Il y a les pronostics, puis la compétition. C’est bien aussi de montrer que les règles s’appliquent aux meilleurs, et quel que soit le pays ou le nom. C’est très bon pour le sport.
 
Le clan tricolore a également dû faire avec l’élimination de Charlotte Chalvignac du fait de l’irrégularité de son cheval Lights of Londonderry. L’équipe de France n’a pas décroché de qualification pour les Jeux olympiques de Tokyo. Pour devancer le Portugal qui a remporté la dernière place qualificative en équipe, il aurait fallu que Charlotte obtienne un minimum de 72,082%. Or, son record personnel au Championnat de France de Vierzon en juillet dernier était de 71,739 et elle ne compte à ce jour aucun score au-dessus de 70% en international. Quelles conclusions en tirer ? 
Le résultat par équipes repose sur les trois meilleurs résultats des quatre, pas un seul. Peut-être que sa participation était prématurée. Mais avait-on un autre choix ? On n’a que quatre couples à plus de 1500 points dans la ranking ! D’une part ça lui donne de l’expérience, et d’autre part il ne faut pas attendre de surprise positive lors d’un grand événement. On est rarement au-dessus de ses points.
Mes conclusions sont qu’il faut engager une politique sportive qui attire et garde les meilleurs couples ; mettre en place un suivi technique régulier avec des stages et sorties en CDI en France et à l’étranger pour prendre de l’expérience et voir ce qui se fait ailleurs ; revoir, avec les cavaliers et entraîneurs concernés, d’une part la meilleure démarche possible et d’autre part l’organisation pour la mise en œuvre avec un calendrier, des étapes et des missions : qui fait et décide de quoi et quand. Mais tout ça c’est simple, le plus délicat c’est que ça repose sur la confiance, la communication entre les acteurs du succès. Quand ça ne marche pas, c’est l’échec.
 
Que peut-on espérer de la suite de la compétition et quelles sont tes prévisions personnelles ? 
Sauf imprévu, on aura peu de changement dans les quinze premiers, mais quelques inversions. Après c’est un peu plus ouvert car beaucoup tournent autour de 72%. Après les vingt-huit premiers, on est autour de 70%, et là aussi pas si facile de faire un classement à l’avance et certains chevaux qui on fait des fautes dans le GP vont remonter.

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  • TOF - le 22/08

    On a toujours été très nul en dressage

Le mag

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