Vigo d'Arsouilles, itinéraire d'un as du sport et de l'élevage parti trop tôt

Crédit : Scoopdyga

Lundi 29 juillet - 18h21 | Marc Verrier

Vigo d'Arsouilles, itinéraire d'un as du sport et de l'élevage parti trop tôt

Pilier de l’équipe belge après avoir permis à Philippe Le Jeune de devenir champion du monde en 2010 à Lexington, Vigo d’Arsouilles s’est éteint ce week-end. Pris d’une crise de coliques foudroyante, l’alezan d’à peine vingt-et-un ans a confirmé à l’élevage, engendrant de nombreux gagnants au plus haut niveau. L'an dernier, GRANDPRIX avait consacré un long portrait à l'étalon dans le n°99 de son magazine, que voici. 

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Le 1er octobre 2010 à Lexington, lorsque Philippe Le Jeune sort de piste avec Hickstead (KWPN, Hamlet x Ekstein), après un quatrième sans-faute dans la finale tournante qui lui a offert le titre de champion du monde, il caresse et embrasse une dernière fois le crack du Canadien Éric Lamaze, puis court vers son cheval. Après avoir enlacé Leslie, sa groom, il étreint longuement Vigo d’Arsouilles. Les larmes commencent à couler sur le visage du Belge et, dans ses yeux, on peut alors lire tout l’amour qu’il porte à celui qui lui a permis d’atteindre son Graal. Pour lui, c’est un rêve vieux de plus de trente ans qui se réalise. « Les premiers championnats du monde que j’avais vus à la télé remontaient à ceux de Hickstead, en 1974, quand l’Allemand Hartwig Steenken avait gagné devant l’Irlandais Eddy Macken, puis je suis allé voir les suivants à Aix-la-Chapelle. J’avais dix-huit ans. Cette fois, c’était Gerd Wiltfang qui avait gagné. J’avais tout ça entête et mon rêve était de parvenir un jour à y participer et à franchir tous les parcours sans aucune faute. J’ai fini par réussir, et je le dois à Vigo, un cheval extraordinaire. C’était magnifique et cela reste vraiment le meilleur souvenir de ma carrière », raconte Philippe Le Jeune, encore ému huit ans plus tard. Si Vigo tient une place toute particulière dans le coeur de son cavalier, c’est bien sûr grâce à ce titre de champion du monde, mais pas seulement : « Je me suis toujours très bien entendu avec tous mes chevaux, mais avec Vigo, c’était vraiment spécial. Tout ce que nous avons vécu ensemble était vraiment hors norme. Il avait un don particulier. Pour l’anecdote, Vigo reste le seul cheval à m’avoir réveillé trois fois dans la nuit parce qu’il y avait quelque chose qui se passait dans l’écurie. Il avait son box près de chez moi, dans la cour, et il faisait un boucan terrible : il hurlait, frappait dans les murs. Quand je l’ai entendu, je suis allé voir : lui n’avait rien et s’est calmé, mais dans les écuries à côté, par deux fois il y avait un cheval coincé dans son box, et la troisième, c’était pour me signaler des chevaux en liberté dans le couloir. Depuis près de cinquante ans que je vis auprès de ces animaux, je n’en ai jamais vu un autre comme lui. Il était mi-humain, mi-animal. À la fin, il était à moitié Le Jeune et moi, à moitié Vigo. J’ai toujours croisé des chevaux un peu spéciaux,comme Nistria (Dynamique x Ironside, Ps) et Shogoun II (Night and Day, Ps x Garitchou, AA)mais Vigo était vraiment particulier. Il est tel un fils, un grand cheval de cœur. Par exemple, j’ai monté Hickstead, qui était sûrement le meilleur cheval au monde et semblait venir d’une autreplanète, mais Vigo savait lire et écrire. »
 
Vigo d’Arsouilles est né chez Didier Viaene, à Aalter, entre Bruges et Gand en Belgique. Pour cet éleveur amateur, tout a commencé en 1970 avec l’acquisition au sevrage de Quinta, une pouliche BWP aux origines entièrement françaises : « Quand j’avais dix-huit ans, mon père m’a conseillé d’acheter une jument de qualité pour me lancer dans l’élevage. J’ai trouvé Quinta chez un fermier et je l’ai achetée quand elle avait six ou sept mois. C’était une fille d’Audacieux (Pont Douve x Kami de l’Île) et de Romana, issue d’une jument que l’armée française avait abandonnée après la guerre. Je l’ai mise à la reproduction à quatre ans et choisi l’étalon français Childebert (Monceaux, Ps x Rantzau, Ps), ce quia donné Venzin d’Arsouilles, la grand-mère de Vigo. » À partir de Quinta, Didier Viane va développer sa propre souche qui va s’avérer très performante, avec une trentaine de chevaux ayant sauté 1,40 m ou plus, dont une dizaine de BWP ayant évolué au plus haut niveau, comme Bulgari d’Arsouilles (Baloubet du Rouet x Pachat II) avec les Belges Christof Deraedt et Gilles Dunon, Comte d’Arsouilles (Quasimodo van de Molendreef x Apache du Forest) avec l’Ukrainien Oleksandr Onyshchenko, Duc d’Arsouilles (Quasimodo x Nabab de Rêve) avec le Britannique Timothy Page, Billund d’Arsouilles, propre frère de Vigo, avec Kevin Staut, Esprit (Querlybet Hero x Nabab de Rêve) avec l’Américaine Sloane Coles, Felicity van den Bisschop (Calato x Nabab de Rêve) avec l’Italien Gianni Govoni et l’Américain Andrew Ramsay, Utopia van’t Hoogveld (Emilion x Gottwald) avec Peter Leone, ou Antartica Ter Doorn (Baloubet du Rouet x Apache du Forest) avec l’Italien Andrea Campagnaro. Dans sa génétique, Venzin d’Arsouilles réunissait ce qui se faisait de mieux en termes de Pur-sang, avec la présence de Monceaux et Rantzau par son père et celle de Fra Diavolo, Orange Peel et Furioso par son père de mère, Audacieux. Dans son pedigree, on trouve également à quatre reprises Vas Y Donc, un étalon qui a fortement influencé l’élevage Selle Français. Grand amateur de sang tricolore, Didier Viaene a marié Venzin exclusivement à des SF, dont Fleuri du Manoir (Ibrahim x Le Mioche, Ps), pour donner Illico d’Arsouilles, elle-même saillie quasi uniquement par des étalons à la génétique 100% française, sauf dans le cas de Kashmir van’t Schuttershof (sBs, Nabab de Rêve x Ténor Manciais), dont le papier est néanmoins aux sept huitièmes français… Vigo d’Arsouilles naît en 1998, fruit du croisement d’Illico et Nabab de Rêve (Quidam de Revel x Artichaut), un étalon propriété de Joris de Brabander, qui acquiert très vite le poulain alezan. « J’ai acheté Vigo quand la jument est venue pour être à nouveau saillie par Nabab. Lepère de Didier Viaene étant déjà un client demon père, nos deux familles travaillent ensemble depuis cinquante ans. C’était un grand poulain qui se déplaçait magnifiquement et cette souche avait déjà donné quelques bons chevaux avant Vigo. Il avait un beau modèle, mais c’est surtout sa locomotion qui était exceptionnelle », explique le célèbre étalonnier.

Vigo aurait pu partir en Estonie

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Deuxième de la finale de la Coupe du monde Longines en 2015 à Las Vegas avec Pénélope Leprevost, Vagabond de la Pomme a également représenté la France aux championnats d’Europe Longines de Göteborg et ici à la finale de la Coupe des nations Longines de Ba
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Le destin de Vigo aurait pu être tout autre, puisqu’il a été vendu à deux ans, dans un lot, à un Estonien. Mais le grand alezan ne lui a pas plu, et il l’a rendu à Joris de Brabander ! « Je l’aialors présenté à l’approbation du sBs. Je n’avais pas le droit de le présenter au BWP car sa cinquièmemère n’avait pas de papiers. Là, il a sauté comme un phénomène. À ce genre de présentations, on essaie de faire sauter les chevaux assez bien. Comme cela se passe souvent, il avait été légèrement préparé, mais il avait excessivement réagi là-dessus et sautait deux mètres au-dessus des obstacles. À ce moment-là, c’était un peu honteux, mais c’était quand même une qualité au bout du compte. À quatre ans, il a débuté le Cycle belge avec Kurt de Clercq et sautait bien. À cinq et six ans, il a enchaîné les sans-faute pendant un an et demi sans faire tomber une barre. Ce n’était pas tellement haut, mais cela montrait qu’il était respectueux. Il a passé toutes ces années avec Valentina van’t Heike (Nabab de Rêve x Lys de Darmen) et ces deux-là étaient les meilleurs à cinq et six ans. La saison suivante, Kurt de Clercq a eu un accident grave et n’a pas pu le monter pendant cinq à six mois, mais je n’ai pas immédiatement cherché de nouveau cavalier. En fin d’année, en concertation avec Kurt, nous avons décidé de le placer un mois à l’essai chez Philippe Le Jeune. »
 
Si le cavalier perçoit un certain potentiel chez l’alezan, il estime lui rester encore beaucoup de travail avant de pouvoir espérer participer aux plus belles épreuves du circuit. « J’avais déjà entendu parler de lui car il avait été très bon à six ans, mais je ne l’avais jamais vu. Quand nous avons arrêté Nabab pour qu’il se consacre à la reproduction, Joris de Brabander m’avait ditque s’il y en avait un qui pourrait sauter à Aix-la-Chapelle, ce serait peut-être Vigo d’Arsouilles. Au début, les sensations n’étaient pas terribles, car il manquait de travail et de bases. Il avait un très grand galop et ne changeait pas très bien de pied. En revanche, je l’ai tout de suite aimé car il avait quelque chose de très spécial, ce quis’est confirmé plus tard. J’ai mis un an à le faire fonctionner comme je le souhaitais. Il sautait très fort et se montrait très généreux, mais ilétait grand, assez long et dégingandé. Il avait du sang, mais n’était pas assez tonique dans son travail. Sur le moment, il ne comprenait pas toujours vite, mais le lendemain, il montrait des progrès. Il voulait toujours travailler et se montrait gentil comme tout. En fin d’année de huit ans, il a commencé à sauter de bonnes épreuves et à neuf ans, il s’est vraiment bien déclenché », se rappelle le champion du monde. 
Au printemps 2007, le couple intègre l’équipe belge, avec laquelle il fait preuve d’une grande régularité, et se voit sélectionné pour les championnats d’Europe de Mannheim puis, la Belgique n’ayant pu qualifier d’équipe aux Jeux olympiques de 2008, ceux de Windsor deux ans plus tard. Une expérience qui reste encore en travers de la gorge du cavalier, mais qui s’avèrera fondatrice dans la quête du titre mondial : « J’avais très mal géré la Chasse. Plusieurs personnes m’avaient dit qu’il fallait avancer, ce quej’ai essayé de faire, mais j’ai lâché quatre points sans finalement être très rapide. Le problème, c’est qu’il y avait une énorme Coupe des nations pas très gentille pour les chevaux le lendemain. Alors que Vigo n’avait jamais commis plus d’une faute sur ces parcours-là, j’ai concédé douze points. J’avais sorti mon cheval de son train, je ne le tenais plus, il ne changeait plus de pied, était désuni… L’équipe belge n’était pas qualifiée pour la seconde manche, mais j’ai quand même voulu continuer en individuel car je nevoulais pas rester sur ce mauvais résultat. C’était ma faute et Vigo ne méritait pas de finir sonchampionnat de cette façon. Il a alors réussi un sans-faute puis signé le premier double sans-faute en finale, ce qui nous a permis de remonter de la trente-cinquième à la huitième place. Je m’en suis tellement voulu. J’en aurais bouffé ma toque car si je n’avais pas fait cette connerie le premier jour, nous aurions terminé sur le podium. J’ai mis un ou deux jours à m’en remettre, puis j’ai appelé Joris de Brabander pour lui annoncer que si l’année suivante je pouvais faire un peu ce que je voulais et qu’on réduisait les périodes de prélèvement pour l’avoir en top forme, alors je serais capable de boucler tousles parcours des Mondiaux sans faute, pourvu que je ne déconne pas en piste. Joris a accepté,et dès ce moment-là, je n’ai plus travaillé que pour ça. Début 2010, Vigo s’est légèrement blessé à Lummen, et a été arrêté deux mois, mais cela nous a sûrement porté chance. Durant sa convalescence, il est allé tous les jours à la mer, avec moi ou mon plus jeune fils Thibault, pour se promener dans l’eau et guérir son tendon. Ensuite, nous avons continué les trottings et galops sur la plage, si bien que Vigo était encondition comme un Pur-sang quand il est arrivéau Kentucky. »

« Le meilleur souvenirde ma carrière », Philippe Le Jeune

« Le meilleur souvenirde ma carrière », Philippe Le Jeune - Vigo d'Arsouilles, itinéraire d'un as du sport et de l'élevage parti trop tôt

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Et le rêve de gosse de Philippe Le Jeune s’est donc réalisé, le couple ne concédant qu’un point de temps en cinq parcours : « Vigo manquait un peu de concours. Pendant le stage préparatoire, je lui ai demandé un virage assez court avant un vertical, suivi d’un double à une distance un peu longue. Le cheval n’était pas reparti tout de suite, mais j’avais quand même continué, en lui demandant un départ un peu long en criant un peu pour le motiver. Vigo avait couché les oreilles et mis une rehausse pour s’en sortir. Sur le reste du parcours, il avait été vraiment extraordinaire. Je me souviens avoir appelé Thibault et lui avoir dit que le cheval était vraiment sur orbite. Et il l’a montré sur le terrain. Cela reste vraiment le meilleur souvenir de ma carrière. »
La suite sera plus difficile à digérer pour le Belge… « J’avais atteint mon rêve et je voulais arrêter Vigo après Lexington. Mais tout le monde m’a mis un peu de pression pour que je participe aux championnats d’Europe et aux Jeux olympiques, alors j’ai continué, même si je n’en avais plus vraiment envie. En fait, je n’ai jamais vraiment digéré l’ampleur de ce que j’avais fait. Je voulais rentrer à la maison avec mon cheval, monter les plus jeunes et que la vie reprenne son cours normal, mais il n’en a rien été. J’ai eu beaucoup de mal à gérer tout ça et je me suis mis trop de pression. Étant très sensible, Vigo n’a pas compris mon changement d’attitude et s’est mis à sauter un peu moins bien. Après avoir consulté un psychologue sportif, j’ai remis de l’ordre dans ma tête et nous sommes repartis de l’avant. En 2011 et 2012, Vigo a même été l’un des meilleurs chevaux du circuit des Coupes des nations. »

Sûrement trop sollicité en 2011, avec pas moins de six Coupes des nations en trois mois et demi, Vigo fléchit quelque peu lors des Européens de Madrid, dont le couple ne termine que vingt-cinquième. L’année suivante, les Jeux olympiques de Londres marquent la fin de la carrière sportive du grand alezan, qui n’a malheureusement pu défendre pleinement ses chances, laissant encore un goût amer à son cavalier : « Mon sentiment était encore différent, parce que mon cheval s’était blessé. Le premier jour, il était bien, puis il s’est blessé lors de la première manche de l’épreuve par équipes, commettant deux fautes inhabituelles pour lui. J’étais déçu et triste pour Vigo… et je suis rentré à la maison. Ce fut un mauvais moment, mais c’est la vie… Puis Vigo a guéri et retrouvé toute sa superbe. Il est resté chez moi un bon moment et nous le montions tous les jours, car il n’aimait pas du tout aller au paddock. Quand il devenait trop nerveux, il n’y avait rien de mieux qu’un parcours à 1,40 m ou 1,50 m. Après deux tours, il redevenait doux comme un agneau pendant cinq jours. J’avais tout chez moi pour le prélever et il était prévu qu’il y reste, mais ma vie a changé : j’ai épousé Lucia (Vizzini, ndlr) et nous avons acheté une propriété près de la mer, où les infrastructures n’étaient pas adaptées au prélèvement. Comme Vigo avait beaucoup de succès auprès des éleveurs, il est alors repartichez Joris, à mon grand regret. »
 
Dès la fin de l’année 2012, Vigo d’Arsouilles s’est donc consacré à l’élevage, où ses qualités commençaient à poindre, ses premières générations arrivant à maturité. Du reste, cette année-là, il a fait son entrée dans le top cent, à la quatre-vingt-quinzième place, au classement des meilleurs pères de gagnants internationaux en saut d’obstacles édité par la Fédération mondiale de l’élevage de chevaux de sport, grâce notamment à Tortola (BWP, mère par Zeus), vu avec l’Américaine Laura Kraut, Sandor de la Pomme (sBs, mère par Darco), avec l’Américain Peter Wylde et l’Irlandais Darragh Kenny, Super Trooper de Ness (sBs, mère par Polydor), cinquième de la finale de la Coupe du monde en 2013 avec McLain Ward puis passé sous la selle du Suisse Beat Mändli, Dixson (BWP, mère par Olisco), le crack du vétéran canadien Ian Millar, Denver van’t Goemanshof, vu avec les Belges Ludo et son fils Olivier Philippaerts, Sterrehof’s
Ushi (sBs, mère par Goethe), avec l’Autrichienne Julia Houtzager-Kayser, Duc de Revel (BWP, mère par BALAA II), avec l’Autrichienne Astrid Kneifel, ou encore Donatella-N (BWP, mère par Burggraaf), brillante avec Nicola Philippaerts, tous issus des deux premières années de monte de l’alezan. 
 
Dès 2013, Vigo a gagné près de soixante-dix places pour se propulser au vingt-sixième rang de ce classement. Depuis, il oscille toujours aux environs de la vingtième place, ayant été dix-septième en 2014. Chaque génération a vu naître des cracks, dont Ego van Orti (BWP, mère par Darco), vu à son avantage avec l’Australienne Edwina Tops-Alexander et surtout l’Italien Alberto Zorzi, Vagabond de la Pomme (sBs, mère par For Pleasure), deuxième de la finale de la Coupe du monde Longines en 2015 avec Pénélope Leprevost, Fair Light van’t Heike (BWP, mère par Darco), bonne avec Edwina Tops et lauréate de plusieurs Grands Prix avec Alberto Zorzi, Go Easy de Muze (BWP, mère par For Pleasure), très bon avec Darragh Kenny, et plus récemment Hermès van de Vrombautshoeve (BWP, mère pr Equitop de Moyon), bon avec le Brésilien Luis Felipe de Azevedo Filho, et Irenice Horta, bonne avec la Belge Zoe Conter et excellente sous la selle de l’Italien Lorenzo de Luca, avec lequel elle s’est classée deuxième ex æquo de la Coupe des nations Longines et troisième du Grand Prix Longines du CSIO 5* de Dublin, avant d’être vendue à l’Irlandais Cian O’Connor. 
 
Alors que certains ont vite jugé que Vigo d’Arsouilles manquait de sang, il s’illustre également comme père de très bons chevaux de concours complet, signant même son entrée en 2014 dans le top vingt des meilleurs pères de gagnants dans cette discipline. Parmi ses meilleurs produits triathlètes, citons Fletcha van’t Verahof et son propre frère Extebaria van’t Verahof (BWP, mère par South Gale, Ps) et Lamicell Unique (sBs, mère par Duc des Guillons, Ps), gagnants en CCI 3* et 4* avec la Belge Karin Donckers. Sans oublier Leipheimer, autre propre frère de Fletcha, vice-champion de Belgique 2018 des sept ans.
En termes de croisement, Vigo d’Arsouilles apporte très souvent de la taille et il n’est pas inutile de lui confier des juments rapides et dans le sang, même s’il n’en manque pas. D’après Philippe Le Jeune, il produit « des femelles très volontaires, avec beaucoup de sang et d’énergie, et des hongres ou mâles montrant un peu moins de sang. Ses poulains sont souvent alezans. Il lui faut sûrement des juments avec un peu de sang, mais lui-même en a déjà beaucoup plus que son père, Nabab. Tous deux avaient beaucoup de moyens et toujours envie de travailler, mais Vigo est beaucoup plus intelligent. Même si leur modèle peut parfois laisser penser que ses produits n’ont pas trop de sang, ils ont la niaque et ne se fatiguent pas au bout d’un premier parcours. Vigo transmet beaucoup d’amplitude, de force et de souplesse. L’idéal est une jument avec un galop facile, qui change bien de pied. Ses poulains sont volontaires, mais peuvent avoir un peu de caractère. Dans ce cas, mieux vaut les confier à un homme de cheval. Vigo avait tous les moyens et il était très respectueux, mais il était un peu lent dans sa façon de galoper et de sauter. Il avait une technique merveilleuse, décomposant très bien ses sauts, avec un geste d’antérieurs comme les Anglo-Arabes et un magnifique passage de postérieurs. » Joris de Brabander abonde en ce sens : « Mieux vaut opterpour une jument compétitive à son niveau, même si elle n’a pas tous les moyens, car c’est justement ce que Vigo va lui apporter, ce qui pourra donner un cheval de Grands Prix. Par exemple,la mère de Vagabond a gagné beaucoup d’épreuves à 1,35 m et 1,40 m. Vigo amène de la puissance et une bonne tête, et il ne produit jamais petit. Au début, il a sailli des juments qui manquaient un peu de sang, lentes et avec des grandes allures, ce qui n’allait pas du tout. En revanche, les petites juments et filles de Heartbreaker, Chin Chin ou même Darco peuvent très bien lui convenir. » Si Vigo d’Arsouilles a eu la cote tout au long de sa carrière d’étalon, il est un temps resté dans l’ombre de son père, Nabab de Rêve. Ses meilleures années à l’élevage ont été celles qui ont suivi son titre mondial, si bien que ses plus nombreuses générations ne sont âgées que de cinq ou six ans en 2018, ce qui laisse espérer que de nombreux autres chevaux de Grands Prix devraient émerger dans les prochaines saisons. C’est encore plus vrai en France, où l’alezan n’a engendré que quarante-deux produits entre 2003 et 2013, puis une très belle moyenne de quatre-vingts par an entre 2014 et 2017 !
 

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