Entre aspects juridiques et précision des laboratoires, l’IJRC attire l’attention sur les risques de contamination!

Crédit : Stefano Secchi/IJRC

Jeudi 25 avril - 16h58 | Eleonora Ottaviani, Présidente de l'IJRC (traduit par Lucas Tracol)

Entre aspects juridiques et précision des laboratoires, l’IJRC attire l’attention sur les risques de contamination!

La contamination accidentelle d’un cheval est l’un des pires cauchemars du monde équestre. Pour les cavaliers, grooms et tous ceux qui travaillent avec des chevaux de sport, il est indispensable d’appliquer des précautions drastiques. En effet, un simple contact avec une main contaminée par une substance interdite peut rendre positif le résultat d’un contrôle antidopage. Est-ce juste ou injuste d’un point de vue sportif? Dans cette tribune, Eleonora Ottaviani, présidente du Club international des cavaliers de jumping (IJRC), présente l’avis de l’IJRC sur ce sujet très préoccupant pour les athlètes de toutes les disciplines, ainsi que des rappels et directives essentiels pour tous les compétiteurs, quel que soit leur niveau.

Le monde du cheval bruisse souvent de discussions sur la “contamination”. Qu’est-ce que cela signifie et comment les cavaliers peuvent-ils se protéger? Contamination par du foin ou du fourrage, par l’environnement, par des médicaments utilisés par l’homme ou par des ingrédients non déclarés de divers produits: les raisons menant à des résultats positifs de tests antidopage sont innombrables. Bien qu’ils n’aient aucune idée de l’origine de la contamination, bien des cavaliers ont d’ailleurs été privés de classements ou de médailles.
 
Au cours des dernières années, les enquêtes sur la contamination (et le dopage) se sont multipliées, grâce, du moins en partie, à de meilleures technologies de détection. Si en 1930, les laboratoires étaient capables de détecter des milligrammes, ils peuvent aujourd’hui facilement tracer des substances jusqu’au zeptogramme (vingt et un zéros après la virgule). En d’autres termes, une concentration d’un zeptogramme par millilitre équivaut à une concentration d’un par quintillion.
 
En 1990, on a commencé à parler de “l’exposition”au moment de la détection du dopage et de “l’efficience”en se référant aux valeurs seuils pour les substances ayant un usage thérapeutique, en se référant à l’EPC (Effective Plasma Concentration) et l’IPC (Ineffective Plasma Concentration). Connaître la relation entre le niveau de concentration d’un médicament dans l’urine et dans le plasma est une condition préalable au calcul précis des pourcentages dans l’urine elle-même. Certaines personnes suggèrent que, lorsqu’il s’agit d’un cas clair de contamination, un échantillon de sang ou d’urine ne devrait pas être considéré comme positif si le niveau est inférieur à la concentration plasmatique inefficace.

Une notification, deux options

Voici la procédure administrative applicable uniquement dans les cas de médicaments contrôlés et non dans les substances interdites. Toute personne recevant notification d’une enquête sur une contamination par un médicament contrôlé peut choisir l’une de ces deux options. La première consiste à accepter la procédure administrative. Aucune sanction ne sera imposée, mais la violation apparaîtra dans l’historique du cavalier pendant quatre ans. La deuxième option consiste à saisir le tribunal de la FEI pour prouver son innocence. Si cette voie est choisie, des preuves scientifiques doivent être fournies (suivant le principe «aucune faute, aucune négligence») pour démontrer qu’aucune manquement n’a été commis de la part du cavalier ou de son entourage (groom, propriétaire, etc.) – sinon une suspension peut s’ensuivre.
 
Innocent? Et après? Dans le cadre de la procédure de dopage, de produits pharmaceutiques ou de contamination, les principes habituels concernant la charge de la preuve sont inversés. Le tribunal n’a pas à démontrer la culpabilité de l’athlète: c’est ui qui doit prouver son innocence. Il doit donc pouvoir démontrer comment la substance est entrée dans l’organisme du cheval et prouver qu’il n’y a ni erreur ni négligence. Le plus troublant reste que même lorsque le tribunal de la FEI déclare un cavalier innocent, les prix (dotations, médailles ou autres) doivent toujours être rendus, même en cas de contamination humaine involontaire. En effet, la disqualification sera prononcée dans tous les cas. C’est pourquoi, dans certains cas, l’athlète ne souhaite pas engager une procédure disciplinaire coûteuse (entraînant des frais de déplacement pour des avocats, des pharmacologues, des vétérinaires et des techniciens de laboratoire) ou risque une suspension, même brève, même s’il est conscient qu’il ou elle pourrait prouver son innocence.
 
Outre l’impact psychologique sur le cavalier, d’autres aspects sont préoccupants. D’une part, la règle stipule que même s’il est déclaré innocent, le cavalier doit restituer les lots, et d’autre part, le rapport du vétérinaire indiquant que même si la substance n’est pas active et a été causée par une contamination involontaire, le cavalier doit être soumis à une enquête.
 
Que font les laboratoires ? De l’excès de précision ?
Développements en sensibilité analytique : évolution des technologies de détection des substances interdites 
1930 
Chromatographie sur papier milligrammes                   0,001g
Microgramme de chromatographie en couche mince   0,000001g
Chromatographie en phase gazeuse nanogramme        0,0000000001g
Chromatographie en phase liquide à haute performance
Picogramme de spectrométrie de masse en tandem     0,000000000001g
2000
Femtogramme de masse / spectrométrie de masse      0,0000000000000001g
2010
Zeptogramme des nouvelles technologies                    0,0000000000000000000001g
Pour rendre ces concentrations plus compréhensibles, considérons une goutte d’eau contenant une substance interdite dans l’eau de Villeneuve, à l’extrémité Est du Léman, dont on retrouvera des traces plus tard sous le pont du Mont-Blanc! Le paradoxe va bientôt se concrétiser lorsqu’un laboratoire détectera enfin la concentration de l’ordre de l’attogramme (10-23) qui correspond au nombre d’Avogadro, en-dessous duquel une molécule n’existe pas physiquement! Pour éviter les problèmes, des contrôles rigoureux sont nécessaires – mais cela ne suffit pas toujours. Le fourrage est l’un des principaux véhicules de contamination, mais ce n’est pas le seul: une douche impliquant l’utilisation involontaire d’un shampooing contenant une substance interdite peut suffire à déclencher un litige en matière de dopage.

Comment se protéger ?

Les cavaliers doivent prévoir toutes les éventualités possibles. Pour se protéger, il est important de travailler avec des fournisseurs réputés et utilisant des produits testés selon le protocole NOPS (substances interdites présentes à l’état naturel). Les fournisseurs doivent garantir que le produit ne contient pas de traces de contaminants courants tels que la caféine, la théobromine (cacao), la théophylline (thé), la morphine (coquelicots), l’hyoscine (morelle), la hordénine (orge germinante), l’oripavine ou l’atropine (belladone).
 
Parmi les autres précautions importantes, notons qu’il est recommandé de conserver les échantillons de fourrage et de foin avec les codes d’emballage correspondants et de toujours fermer les sacs de fourrage, car les substances interdites et les contaminants peuvent plus facilement se retrouver dans des sacs ouverts. Pour la même raison, les conteneurs de fourrage doivent toujours être scrupuleusement nettoyés. De plus, certains aliments ou compléments contiennent des substances non indiquées sur l’étiquette qui peuvent être des contaminants. Tout ce qui est administré doit être annoté dans le carnet FEI de chaque cheval. C’est grâce à la gestion précise et professionnelle d’une écurie, y compris l’enregistrement quotidien des livraisons avec codes pour chaque sac, qu’un cavalier olympique a pu prouver son innocence. La contamination peut avoir diverses origines, notamment environnementales, animales ou humaines. La seule véritable protection consiste à accorder une attention aiguë – voire obsessionnelle – à tous les aspects de la gestion et du bien-être des chevaux.
 
1) Contamination environnementale. Il est toujours conseillé de consulter les autorités locales pour savoir si la zone autour des écuries est réputée pour ses plantes ou ses fleurs contenant des contaminants, tels que le pavot, le crocus ou les lupins. Les écuries doivent rester propres. En compétition, le cavalier a le droit d’insister pour que les boxes soient propres et que les copeaux soient livrés dans leur emballage. Il est important de veiller à ce que les aires de douche soient également impeccables. Attention à éviter les shampooings pour chevaux et les produits de bain contenant de la caféine. Des substances telles que la Flunixine (anti-inflammatoire, analgésique et antipyrétique) présentent un risque élevé de contagion: il est dangereux de placer un cheval dans un box précédemment utilisé par un cheval sous traitement au Flunixin. La même précaution s’applique aux paddocks qui, s’ils sont utilisés par des chevaux sous traitement, ne devraient pas être foulés par des chevaux en bonne santé.
 
2) Contamination par d’autres animaux et par l’homme. Les membres du personnel, en particulier les grooms qui utilisent des produits pharmaceutiques, doivent faire très attention à se laver les mains après avoir touché une substance médicinale, qu’il s’agisse d’une pilule, d’une poudre ou d’une crème (y compris les analgésiques, les crèmes pour l’eczéma, etc.). Les animaux (chiens et chats) qui prennent des médicaments ne devraient pas être autorisés à l'intérieur des écuries. L’urine de personnes ou d’animaux sous traitement médicamenteux (anti-inflammatoires, analgésiques) est un contaminant puissant (comme l’a récemment montré l’affaire concernant Mario Deslauriers, ndlr)
 
3) Contamination par d’autres chevaux.Il est absolument essentiel que chaque cheval ait son propre registre dans les écuries et que son nom soit inscrit sur les paquets de tous les médicaments administrés. Il est tout aussi important d’utiliser des sacs individuels pour le fourrage, les brosses et les peignes pour chaque cheval, tant en compétition qu’à la maison. Lorsqu'un cheval est traité, les aliments doivent être préparés dans un endroit séparé de celui des chevaux sains.
 
Tout cela peut sembler absurde, mais il vaut mieux prendre de telles précautions par habitude que de tomber dans le piège de la contamination. Même si l’innocence est prouvée, l’expérience est toujours traumatisante et laisse des cicatrices émotionnelles qui peuvent ne jamais guérir complètement.

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