“Les Groupes ne me semblent pas correspondre à la réalité actuelle du dressage français”, Marie-Émilie Bretenoux

Crédit : Lucas Tracol

Jeudi 14 février - 17h35 | Propos recueillis par Amélie Ulmer (avec Lucas Tracol)

“Les Groupes ne me semblent pas correspondre à la réalité actuelle du dressage français”, Marie-Émilie Bretenoux

Alors que Marie-Émilie Bretenoux était attendue le week-end dernier au CDI 3* du Mans avec son fidèle Quartz of Jazz, elle n’a finalement pris le départ d’aucune épreuve. GRANDPRIX-Replay.com a interrogé la Tricolore sur cette décision ainsi que sur son actualité sportive et son point de vue sur les nouveautés par la Fédération française d'équitation (FFE).

Le week-end dernier, vous étiez engagée au CDI 3* du Mans, mais vous n’avez finalement pris le départ d’aucune épreuve. Que s’est-il passé ?
Mon cheval, Quartz of Jazz, allait très bien à l'entraînement. Il était même en grande forme car il est toujours très bien physiquement à ce moment de la saison. Mais durant la visite vétérinaire, il a eu un comportement étrange. Il a voulu partir au trot, la tête en l'air. Il a dû se claquer le mors dans la bouche et il est parti subitement en arrière. Je me suis alors dit que quelque chose clochait, mais je ne savais pas encore quoi. Il a tout de même passé la visite sans souci. Le lendemain matin, j'ai retrouvé Quartz dans son box avec la bouche un peu enflée. J'ai alors vérifié et j'ai vu qu’il avait une grosseur dans la bouche. Bien entendu, il n'a donc pas pu prendre part au Grand Prix.
 
Comment va-t-il aujourd’hui ?
La blessure de Quartz était due à une petite atteinte qui s'est infectée. C'est fou qu'il n'ait pas réagi plus que cela a la douleur car, encore une fois, il était particulièrement en forme à l’entraînement ! Actuellement, afin qu'il ne perde pas d'état, je tente de le monter en licol mais je suis encore assez loin d'être Alizée Froment (rires) ! Dans une semaine, la plaie devrait être refermée et nous pourrons reprendre l'entraînement progressivement.
 
Vous avez participé à trois étapes de la Coupe du monde en 2018, à Lyon, Stuttgart, et Londres, pouvez-vous nous dresser un bilan de ces concours ?
En réalité, après mon non départ pour les Jeux équestres mondiaux de Tryon (pour lesquels la Fédération française d’équitation a préféré ne pas envoyer d’équipe de dressage, ndlr), je n'étais pas supposée faire la Coupe du monde cette année. En effet, ma demande pour participer à la Coupe du monde a été refusée sans qu’aucune explication m’ait été donné. Mais une semaine avant l'étape de Lyon, le staff fédéral m'a appelé pour me dire qu’un des cavaliers sélectionnés n’irait finalement pas à ce concours et que je pouvais donc venir en remplacement. Par conséquent, je n'étais pas préparée au mieux pour l'évènement car mon cheval n'avait pas couru d'épreuves depuis juillet, au CDI 3* d'Hickstead. Il était certes en forme mais aurait eu besoin d'un concours ou deux de plus pour être au mieux. Par conséquent, mes résultats à Lyon n'ont pas été satisfaisants. Toutefois, nous nous sommes bien rattrapés à Stuttgart deux semaines plus tard. Nous avons commis trop de fautes lors de ce concours, mais dans l'ensemble nos reprises étaient beaucoup plus fluides. À Londres, avec l'essai de la nouvelle formule de Grand Prix, nous avons été surpris et, comme les juges et les autres cavaliers, nous avons dû prendre nos marques. Toutefois, notre prestation était tout à fait correcte.

“Je vais tout faire pour tenter de participer aux championnats d'Europe”

“Je vais tout faire pour tenter de participer aux championnats d'Europe” - “Les Groupes ne me semblent pas correspondre à la réalité actuelle du dressage français”, Marie-Émilie Bretenoux

Cet hiver, Marie-Émilie Bretenoux a participé à plusieurs étapes de Coupe du monde, dont celle de Lyon ici en photo.
Crédit : Scoopdyga

Qu'avez-vous pensé de la nouvelle formule proposée au CDI-W de Londres pour le Grand Prix ? Je suis habituellement plutôt conservatrice. Cependant, notre sport a besoin de modernité car pour les spectateurs qui ne sont pas de fins connaisseuses, il est difficile de se passionner durant plus d'une heure et demi pour un Grand Prix. En plus, nous sommes dans une ère numérique où l’instantanée prend une grande place. Par conséquent, avoir les commentaires des cavaliers à l’issue de leur reprise me paraît être une réponse logique aux attentes du public. Toutefois, c'est une première version à revoir. En effet, le Grand Prix était assez peu équilibré : le temps pour les appuyers au trot était trop court, et la reprise mobilisait davantage la piste à main gauche, ce qui créait un déséquilibre. Toutefois, la formule me semble être une piste intéressante pour intéresser les néophytes au dressage.
 
En janvier, vous avez participé à un stage fédéral au Mans. Qu'est-ce que cette expérience vous a apporté ?
La présence de la juge internationale Isabelle Judet a été un vrai plus. Nous avons déroulé un Grand Prix face à elle. Après cela, elle nous a fait un compte-rendu personnalisé qui m'a beaucoup appris. Il est très intéressant d’échanger avec une juge d’un tel niveau, afin de connaitre sa perception de notre reprise. Bien sûr, je suis suivie tout au long de la saison par mes deux entraîneurs Marina Caplain Saint-André et Norbert Van Laak, avec lesquels le regard d’Isabelle s’accorde tout à fait. Elle m'a conseillé de petites choses qui peuvent permettre de grappiller quelques points, et surtout de ne pas en perdre. Après ce Grand Prix sans pression, pour lequel Quartz et moi avons obtenu une très bonne note de 71,3%, j’ai aussi réalisé que la préparation mentale était un élément important. En effet, sans le stress de la compétition, j’ai réussi à augmenter mes notes habituelles. En cela, le stage m’a beaucoup apporté.
 
En début d’année, la FFE a dévoilé une nouvelle politique sportive, avec notamment la mise en place de deux Groupes en fonction des performances des couples (les critères d’accessibilité ici). Qu'en pensez-vous ?
Les nouvelles règles mises en place par la fédération me semblent assez intransigeantes pour nous, cavaliers de dressage. Bien entendu, il faut que des règles régissent la sélection des cavaliers pour concourir sur les plus grands championnats ; cela me semble tout à fait légitime. Toutefois, je trouve la mise en place de ces deux Groupes assez brusque. Elle ne me semble pas correspondre à la réalité actuelle du dressage français (un avis que partage Ludovic Henry, ndlr). Surtout, si nous ne faisons pas partie du Groupe 1, nous avons accès à peu de grandes compétitions. Je suis actuellement à la quatre-vingt-unième place au classement mondial, la numéro deux française, j’étais présélectionnée pour les Mondiaux, or, je ne fais même pas partie du Groupe 2, ce qui me semble absurde. Bien évidemment, je vais tout faire pour tenter de participer aux championnats d'Europe car j'ai très envie de me rendre à Rotterdam au mois d'août ! Je vais donc prendre part aux étapes du Grand National pour tenter de me qualifier, même si je pense que ce ne sera pas aisé. J'ai tout de même de l'espoir car Quartz of Jazz est très en forme actuellement. Cependant, je regrette que les règles mises en place pour accéder au Groupe 1 aient pour conséquence de moins concourir à l'étranger, car cela est moins valorisant pour les propriétaires et les sponsors des cavaliers, et en l'occurrence pour ma famille qui me soutient énormément.
 

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