Philippe Guerdat sur le départ ?

Crédit : Scoopdyga

Vendredi 23 novembre - 18h01 | Sébastien Roullier (avec Yeelen Ravier)

Philippe Guerdat sur le départ ?

Après six années de bons et loyaux services, Philippe Guerdat pourrait quitter son poste de sélectionneur de l’équipe de France de saut d’obstacles. Dans la mesure où les Bleus, seulement neuvièmes des Jeux équestres mondiaux de Tryon, ne sont pas encore parvenus à se qualifier pour les Jeux olympiques, la Fédération française d’équitation remet en question son système et sa stratégie, avec pour objectif premier d’arracher son ticket pour Tokyo 2020. Et elle pourrait modifier la composition de son encadrement technique d’ici la fin de l’année.

Philippe Guerdat vit peut-être ses dernières semaines à la tête de l’équipe de France de saut d’obstacles. Nommé en février 2013, le Suisse a conduit le quatuor vainqueur de la finale mondiale des Coupes des nations quelques mois plus tard à Barcelone, puis celui médaillé d’argent aux Jeux équestres mondiaux de Normandie l’année suivante et celui sacré champion olympique en 2016 à Rio de Janeiro – un exploit après lequel les Bleus galopaient depuis quarante ans! Sous sa conduite, Roger-Yves Bost a été couronné champion d’Europe en 2013 avec Myrtille Paulois, Patrice Delaveau est devenu vice-champion du monde en 2014 avec Orient Express*HDC, et Simon Delestre a été médaillé de bronze aux Européens de 2015 avec Hermès Ryan des Hayettes. En six ans, l’ancien cavalier international a également remporté nombre de Coupes des nations, dont celles de La Baule en 2014 et 2017, Rotterdam en 2014 et Saint-Gall en 2018, pour ne citer que les plus prestigieuses.
 
Pour autant, depuis 2016, la dynamique est clairement moins positive. Septième des championnats d’Europe Longines de Göteborg et neuvième des Jeux équestres mondiaux de Tryon, le saut d’obstacles français traverse une mauvaise passe. Si 2017 s’annonçait logiquement comme une année de transition, devant permettre à quelques piliers de souffler et à de nouveaux couples d’émerger, 2018 aurait dû amorcer une remontée en puissance. Avec un objectif prioritaire: terminer parmi les six meilleures équipes aux JEM et décrocher une qualification pour les Jeux olympiques de Tokyo. “C’était évidemment notre but, même si nous gardions aussi un espoir de médaille dans un coin de la tête. Généralement, les écarts sont si serrés dans ces grands championnats…”, avoue Sophie Dubourg, directrice technique nationale de la Fédération française d’équitation, contactée ce midi par GRANDPRIX. “Il faut accepter que le haut niveau fonctionne en cycles”, avait-elle aussi déclaré lors de l’assemblée générale de la FFE, le 15 novembre à Lamotte-Beuvron.
 
L’objectif n’ayant pas été atteint, la FFE a lancé un vaste processus de remise en cause de son système et de sa stratégie. “Cela me semble tout à fait normal dans un tel cas de figure. Dès lors, nous analysons nos résultats collectifs ainsi que les performances individuelles de nos cavaliers, notamment au regard de leur position au classement mondial Longines. Nous disposons à la fois de grands cavaliers et du soutien de propriétaires fidèles. En outre, compte tenu du grand nombre de CSI 4 et 5* organisés en France, nos couples ne manquent pas d’opportunités de s’illustrer et de marquer des points pour progresser au classement”, note très justement Sophie Dubourg. Il est vrai que les Tricolores ne cessent de reculer dans la hiérarchie mondiale. Depuis octobre, il n’y a plus de Français dans le top dix. On n’en trouve plus que deux dans le top vingt, Kevin Staut et Simon Delestre, et seulement un de plus, Julien Épaillard, dans le top cinquante. Pour autant, ils sont vingt-huit parmi les deux cent cinquante premiers, contre vingt-cinq en novembre 2015 et vingt en novembre 2016. En clair, les Bleus sont moins tranchants au plus haut niveau, mais plus performants en CSI 3 et 4*.
 

Que peut-on reprocher au Suisse ?

 
Alors, Philippe Guerdat n’aurait-il pas misé sur les bons couples aux JEM? Si l’on additionne les blessures d’Aquila*HDC et Sangria du Coty, les excellents chevaux de tête de Patrice Delaveau et Roger-Yves Bost, et l’indisponibilité du crack de Simon Delestre, Hermès Ryan des Hayettes, qui souffrait finalement de la maladie de Lyme et qui n’aurait de toute façon pas traversé l’Atlantique, son vivier de couples disponibles s’est considérablement réduit. Hormis Cédric Angot et Saxo de la Cour, revenu un poil trop tard à son meilleur niveau pour pouvoir être testé dans une Coupe des nations, qui d’autre aurait pu être envoyé à Tryon? Le sélectionneur national peut-il être tenu pour responsable de la vente de Sydney une Prince, la crack olympique de Bosty? De la fin de la collaboration entre le haras de Clarbec et Pénélope Leprevost? De l’absence prolongée de Rahotep de Toscane, le partenaire de Philippe Rozier aux JO? Non, en aucun cas. N’a-t-il pas donné leur chance à un maximum de cavaliers en CSIO? Si, plus qu’aucun autre avant lui. Du reste, selon plusieurs sources, il reste soutenu par une très large majorité de pilotes. Ceux-ci l’auraient fait savoir lundi dernier à Lamotte-Beuvron lors d’une réunion convoquée par Serge Lecomte, président de la FFE, qui s’est également entretenu avec les principaux propriétaires français et le sélectionneur lui-même.
 
Quoi qu’il en soit, le temps presse pour le staff technique. Dans moins de neuf mois se profilent déjà les championnats d’Europe de Rotterdam, où la France devra repartir à la conquête de sa qualification olympique. Alors qu’il n’y aura que trois places en jeu, elle devra lutter avec l’Irlande, championne d’Europe en titre, la Belgique, victorieuse de la dernière finale Longines de Barcelone, mais aussi la Grande-Bretagne, l’Italie, Israël, l’Espagne ou le Portugal. Rappelons aussi qu’un tout dernier ticket sera mis en jeu lors de la prochaine finale mondiale des Coupes des nations. “Lundi, ce n’était pas tant le cas de Philippe Guerdat qui était au cœur des discussions, mais l’état général des troupes tricolores”, assure Philippe Rozier. “Nous n’avons pas assez de chevaux de haut niveau en France, cela fait partie du constat. Ces deux dernières saisons, nous sommes passés à côté du grand championnat de l’année, et nous avons manqué notre qualification olympique. La situation est très critique et, désormais, nous qualifier pour les Jeux de Tokyo me semble difficile… Si nous n’y arrivons pas, nous devrons attendre les Jeux de Paris dans six ans, et je n’ai pas envie de ça!”
 

Le grand retour d’Henk Nooren ? L'arrivée de Philippe Rozier ?

 
Afin de se donner les meilleures chances de briller à Rotterdam, mais aussi de construire des couples en vue des JO, la FFE envisagerait de réunir plus régulièrement ses cavaliers en stage, comme elle le fait déjà avec ses meilleurs couples de concours complet, qui accumulent les succès depuis trois ans, et ses meilleures paires de dressage, discipline où les progrès sont franchement moins notables. Omniprésent en concours tout au long de l’année, et pas seulement au plus haut niveau international, Philippe Guerdat endossera-t-il cette nouvelle mission? Ou bien la FFE fera-t-elle appel à un technicien pour l’assister, voire le remplacer? Le nom de Henk Nooren, qui avait occupé le poste d’entraîneur en 2009 et 2010 – en duo avec Laurent Élias, alors sélectionneur – puis d’entraîneur-sélectionneur en 2011 et 2012, circule à nouveau autour des paddocks.
 
Philippe Rozier aussi occupe les conversations depuis quelques semaines. “Il est vrai que mon nom a circulé. Honnêtement, je n’ai jamais reçu de proposition officielle de la part de la Fédération, mais nous en avons déjà discuté plusieurs fois, et ce depuis plusieurs années déjà”, reconnaît-il. “J’ai trente-cinq ans de carrière derrière moi, cinq participations aux Jeux olympiques (dont trois en tant que titulaire, en 1984 à Los Angeles, 2000 à Sydney et 2016 à Rio, ndlr), et j’ai été chef d’équipe du Maroc pendant quatre ans. Ce sont des arguments qui comptent, je pense. Aider l’équipe de France est très important pour moi, de quelque manière que ce soit. Je l’ai fait à Rio quand j’ai accepté d’être réserviste, et cela n’a pas si mal marché!”
 
Philippe Guerdat accepterait-il de travailler en duo avec un autre technicien? Pas sûr. C’est peut-être l’enjeu des discussions en cours. Contacté ce matin, le Suisse n’a souhaité commenter la situation. Quoi qu’il en soit, une décision devrait être prise avant la fin de l’année.

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Réagissez

  • weltmeyer - le 24/11

    Cher Mire, mille excuses, le mot fiel était peut être un peu fort en sémantique, je le remplace par rancoeur si vous l'acceptez( sic!!), et il fallait lire en amont et non pas en aval, mais les puristes auront su interpréter mes propos. Je vous avoue que je me suis éloigné de tout ceci il y a quelques années, mais je suis prêt à me réinvestir , mais avec des règles autres que celles que je vois maintenant en tant que simple spectateur lambda. Bien à vous.

  • mire - le 24/11

    Weltmeyer je ne répand pas mon fiel , je dis la même chose que vous en détaillant un peu plus………...

  • weltmeyer - le 24/11

    Cher Mire, vous êtes énervé et vous mélangez tout dans votre diatribe. Le sujet de l'article parle du départ et/ou remplacement du sélectionneur national. Ensuite, je comprends fort bien votre déversement de fiel envers ces structures plus politiques que professionnels; et oui, effectivement, il y a de gros problèmes de fonds en aval du haut niveau à modifier, à transformer, à réformer. En ce qui concerne le dossier "Guerdat", et comme le souligne Albert Muda, c'est comme au foot, c'est toujours la faute de l'entraîneur, et c'est tellement facile de taper sur ce fusible technique que de regarder en face les vraies raisons et faire une introspection collective et individuelle. Donc, je le redis, la FFE ne doit pas démissionner Mr Guerdat de ses fonctions, mais son président et son staff doit démissionner car ce sont leurs décisions qui ont permis d'arriver à cette situation. Et ensuite, pour le reste, cher Mire, on attend un article de fonds de la part de notre organe de presse préféré pour lancer à nouveau une discussion via ce forum.

  • mire - le 24/11

    et 5 ans ,la moitié des six sont cassés c 'est à cela que Monsieur Leconte and co devrait réfléchir avant de couper la tète de monsieur Guerdat!!!!

  • mire - le 24/11

    mon écrit a été coupé, coute aux cavaliers charges comprises minimum 20 euros, à cela il faut ajouter l'amortissement des installations et du camion , et paille ,foin et granulés, faites le total d' une pension au mois……… et comme nos bons pilotes ne veulent plus monter les 4

  • mire - le 24/11

    et j' étais tellement énervé en lisant l' article, que j' ai oublié que certains chevaux pour être meilleurs plus vite, sont montés par des cavaliers qui n' hésitent pas à infiltrer avec la complaisance de vétos peu scrupuleux, alors qu' il faudrait simplement prendre le temps de les laisser grandir……….. Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage ………!! Que ce soit pour la santé ou pour le dressage mais tout cela a un cout , 1h par cheval

  • ALBERT MUDA - le 24/11

    C'est comme dans le foot , dès que ça ne marche plus , c'est de la faute du coach . J'ajouterais que des bons chevaux , nous en avons mais qu'ils ne sont pas sous la bonne selle , exemple , Giovanni de la Pomme .Et il me semble , non , j'en suis certain , que la proprio de Myrtille n'est pas Française . Il est donc tout à fait possible que des proprio étrangers confient un ou des chevaux à un cavalier Français . J'ai cru un instant que nous étions le 1er avril , P. Rozier , coach de l'équipe de France !!! Pourquoi pas J.M. Nicolas , pendant qu'on y est !!!

  • weltmeyer - le 23/11

    Cher Orient, avant Philippe Guerdat, il y a eu Patrick Caron JO Séoul médaille d'or Pierre Durand et jappeloup, JO d'Atalnta Alexandra Ledermann médaille de Bronze avec Rochet M et aussi 1ère femme championne d'Europe, les JEM de Rome vice champion du monde Thierry Pomet avec Thor des Chaines, ; ensuite il y a eu l'ère de avec un titre de champion du monde par équipe en 2002 à Jerez et Eric Navet vice-champion du monde individuel, Kevin Staut champion d'Europe en 2009 à Windsor avec Henk Nooren, etc... Donc chaque sélectionneur a permis d'emporter une médaille dans un championnat durant sa mandature. Donc, il ne faut pas jeter l'eau du bain avec le bébé, et j'espère que les cavaliers sauront se faire écouter quant au choix du renouvellement de confiance envers cet homme , car il n'est pas responsable des entrées à l'infirmerie des chevaux, et de la réalité économique liée au commerce international des chevaux de qualité , voire d'exception. Et oui, je pense tout comme Philippe Rozier (pour une rare fois) qu'il n'y a pas assez de propriétaires de chevaux de Haut Niveau en France, et qu'un cavalier sans cheval n'est qu'un pièton. Donc, pourquoi ne pas réfléchir à créer une écurie France ( comme à une certaine époque) qui se doterait de chevaux d'avenir confié à des cavaliers (tout comme le font les Hollandais ). Il y a certes des fumerolles, mais le feu n'est pas dans la maison France. Et si, toutefois il y a un incendie, il faut que ce soit le général qui démissionne ( serge lecomte) et non pas les officiers, les bons petits soldats qui doivent payer l'échec de la stratégie fédérale, de la DTN, etc. Car, n'oublions pas que , en plus du non résultat de l'équipe de CSO, la FFE a refusé d'envoyer l'équipe Dressage; donc en 2019, la FFE va courrir après 2 sélections olympiques aux Europe.

  • OrientdeFrebourg - le 23/11

    Nemo auditur propriam suam turpitudinem allegans! M Lecomte! La France a le meilleur sélectionneur possible! Et P Rozier n’a pas le quart de la moitié des compétences de P Guerdat. Mais il a des reseaux ..... pauvre France

  • mire - le 23/11

    et Philippe Rozier, qui se sent prêt, là je m' étouffe , comment pourrait il parler aux responsables des Coudrettes et du haras de Clarbec, lui qui disait que la France n' a pas de mécènes………… Manque de chevaux de haut niveau, merci à l' ANSF qui nous coute des millions et qui sélectionne tout et n' importe quoi , merci à la plupart des moniteurs qui enseignent n' importe comment, merci à la SHF qui coute tellement cher en engagements et autres que pour s' en sortir les propriétaires doivent soit bâcler la préparation des jeunes chevaux soit les vendre! et Monsieur Guerdat devrait porter le chapeau de toute cette politique, mais on marche sur la tête !!! Il faut tout reprendre à la base, mettre l' argent là où il faut pour pouvoir garder les bons chevaux

  • Jean Claude Dusse - le 23/11

    Nous devons à Philippe Guerdat tous les derniers succès de notre équipe de France. Le faire (ou le laisser partir) serait une énorme erreur.

Le mag

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