Les États-Unis sacrés au terme d’un barrage d’anthologie, la France repart bredouille

McLain Ward a signé un barrage ébouriffant avec la puissante Clinta.
Crédit : Scoopdyga

Samedi 22 septembre - 01h03 | À Tryon, Sébastien Roullier

Les États-Unis sacrés au terme d’un barrage d’anthologie, la France repart bredouille

Pour la première fois de l’histoire de Jeux équestres mondiaux, la médaille d’or par équipes de saut d’obstacles s’est jouée au terme d’un barrage. Dingue, cette finale au chronomètre a tourné en faveur des États-Unis, la Suède arrachant une splendide médaille d’argent. Alors que l’Allemagne s’est adjugé le bronze, pour la France, cette manche fut à peine meilleure que celle d’hier, et l’équipe de Philippe Guerdat devra sévèrement batailler l’an prochain pour conquérir sa qualification pour les Jeux olympiques de Tokyo.

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En selle sur Cold Play, Fredrik Jönsson pouvait-il rêver d'une plus belle première?
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En dehors des Jeux olympiques, où ils sont courants puisqu’il n’y a pas de Chasse, jamais il n’avait fallu un barrage pour départager des équipes aux championnats du monde. Décidément, rien ne se passe comme d’habitude dans ces Jeux équestres mondiaux. Bien que cette fameuse Chasse, première épreuve individuelle par équipes, crée des écarts avec des centièmes de point, ce qui réduit presque à néant la probabilité d’un tel cas de figure, il s’est bel et bien produit cet après-midi à Tryon. Pour y parvenir, la Suède a arraché trois superbes sans-faute signés Henrik von Eckermann sur Tovek’s Mary Lou, Malin Baryard-Johnsson sur H&M Indiana et Fredrik Jönsson avec Cold Play. Pour l’éviter et offrir l’or aux États-Unis lors de la quatrième et dernière rotation d’équipiers, McLain Ward devait assurer un clear round, ce qu’il n’a pas réussi à faire, fautant de manière assez surprenante sur l’oxer 7 avec sa puissante Clinta. Heureusement que le chef de piste Alan Wade est tenu par les règlements de la FEI de préparer un parcours de barrage!
 
Dans ce mano a mano inédit, joué devant des tribunes enfin garnies, les deux équipes se sont rendu coup pour cour. Pas au mieux hier, Henrik von Eckermann a cette fois été héroïque, bouclant son affaire en 32’’99. Pénalisés de quatre points dans les deux manches de cette épreuve, Devin Ryan et Eddie Blue, deuxièmes de la finale de la Coupe du monde Longines de Paris, n’ont rien lâché cette fois, mais seulement coupé la ligne d’arrivée en 34’’88. Malin Baryard-Johnsson était partie pour être très rapide, mais sa prodigieuse Indiana s’est défendue dans le virage à l’abord du dernier oxer, dont elle a renversé le second plan (35’’39). Sous pression, la jeune Adrienne Sternlicht n’a pas flanché avec Cristalline, mais n’a pu éviter la faute sur l’oxer 10c du triple réduit en double (34’’61). Égalité toujours, mais avec un léger avantage au temps pour la Suède.
 
Au round suivant, Fredrik Jönsson assure le zéro en 35’’31, avant que Laura Kraut ne redonne l’avantage aux locaux avec la géniale Zeremonie (33’’21). Après avoir presque tout perdu en individuel en fautant à deux reprises quelques minutes plus tôt, Peder Fredricson, vice-champion olympique et champion d’Europe en titre, maintient la Suède à flot grâce à un tour parfait en 34’’43 avec H&M Christian K. Évidemment, McLain Ward s’en serait voulu si son équipe avait été vaincue à domicile, lui qui n’avait pu éviter la déroute huit ans plus tôt à Lexington. Cette fois, l’ancien numéro un mondial a tout simplement mis K.-O. la Suède au mérite d’une chevauchée de haute volée conclue en 32’’58. Explosion de joie dans les tribunes.
 

L’Allemagne assure, la Suisse s’effondre

L’Allemagne assure, la Suisse s’effondre - Les États-Unis sacrés au terme d’un barrage d’anthologie, la France repart bredouille

Nouvelle leader du championnat individuel avec DSP Alice, Simone Blum repartira quoi qu'il arrive avec le bronze par équipes.
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Avant ce fabuleux duel au couteau, on a pu attester de la solidité de l’Allemagne dans ce championnat par équipes. Seulement huitième après la Chasse, le quatuor d’Otto Becker était remonté à la troisième place hier. Aujourd’hui, si tout n’a pas été aisé, il a tenu bon, profitant des sans-faute de Simone Blum, nouvelle leader du classement individuel avec la prodigieuse DSP Alice, et de Marcus Ehning, qui avait failli hier avec Prêt à Tout, récent vainqueur du Grand Prix CSIO 5* d’Aix-la-Chapelle. Les jeunes Laura Klaphake et Maurice Tebbel ont également été dans le coup, ne concédant que quatre et cinq points avec Catch Me If You Can et Don Diarado. La Mannschaft n’a pas volé sa médaille de bronze, métal qu’elle avait déjà obtenu il y a deux ans aux JO de Rio.
 
Pour ce qui est du podium, les Suisses sont les grands perdants du jour. En tête depuis le début de la compétition, l’équipe qui semblait être la plus impressionnante sur le papier a craqué aujourd’hui. Il faut dire qu’il n’est jamais évident de concourir à trois… En effet, les scores de Werner Muff et Daimler, appelés à la dernière minute pour palier le forfait de Paul Estermann et Lord Pepsi, n’ont jamais compté. Après avoir concédé douze points hier, ils en ont lâché treize aujourd’hui… Évoluant sous une pression maximale, Janika Sprunger, également très bien classée en individuel avec l’incroyable Bacardi VDL, a tout perdu en quelques secondes. Coupable d’un très mauvais premier saut fautif sur l’oxer 1, l’Helvète, inconsolable après coup, a essuyé deux refus inimaginables devant le vertical 2. Il a alors fallu tout le sang-froid de Martin Fuchs, sans faute avec Clooney 51, et de Steve Guerdat, pénalisé comme hier sur le vertical Longines, placé cette fois en 11, pour que la Suisse, finalement quatrième, ne perde pas aussi sa qualification pour les JO.
 

Terrible désillusion pour les Bleus

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Alexis Deroubaix a été le seul Tricolore a se sortir sans encombre du parcours d'Alan Wade aujourd'hui avec Timon d'Aure.
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De fait, les six tickets olympiques en jeu ont fait l’objet d’une autre bataille, presque aussi féroce. Le cinquième a été arraché par les Pays-Bas. Moyens hier, les champions du monde de 2014 ont été meilleurs cet après-midi, et surtout parfaitement bien lancés par le clear round du jeune Frank Schuttert avec Chianti’s Champion. Et le sixième a récompensé le magnifique parcours collectif de l’Australie, plus qu’outsider dans cette compétition, qui plus est sans Edwina Tops-Alexander, qui avait préféré décliner sa sélection il y a quelques semaines… Le mérite en revient notamment à Billy Raymont, sans faute sur Oaks Redwood, et Rowan Willis, troisième de la Chasse et auteur d’un nouveau tour parfait avec Blue Movie. Onzième en individuel, ce couple aura ses chances dimanche.

Les trois principales victimes de cette guerre des nerfs ont été l’Irlande, septième à près de six points des Aussies, la Grande-Bretagne, huitième juste derrière, et… la France, qui a terminé à une triste neuvième place, une barre plus loin encore. Après deux tours probants, bien que fautifs, Kevin Staut et Rêveur de Hurtebise*HDC n’ont pas été aussi brillants, le hongre fautant des postérieurs sur le second plan de l’oxer 5, puis sur les verticaux 10b et 11. Après une telle entrée en matière, il fallait trois tours parfaits, mais il n’y en a eu qu’un. En effet, Nicolas Delmotte et Ilex VP, qui a déferré en cours de route, n’ont guère été plus consistants qu’hier, péchant sur le vertical 4b et l’oxer 10c, à savoir les sorties des deux combinaisons, assez serrées et fautives. Après leurs vingt points d’hier, Alexandra Francart et le jeune Volnay du Boisdeville se sont montrés plus convaincants malgré un léger pédalage dans l’oxer 5, mais n’ont pu empêcher deux barres de tomber de l’oxer 12 et du vertical 13. Alors que l’équipe avait déjà tout perdu, Alexis Deroubaix a lui plus que justifié sa sélection, une fois encore, ne lâchant qu’un point de temps avec le magistral Timon d’Aure.
 
Dimanche, c’est sur ce seul couple, treizième en individuel à moins d’une barre de la virtuelle troisième place que la France pourra compter. Pour les Jeux de Tokyo, les champions olympiques en titre devront retenter leur chance l’an prochain aux Européens de Rotterdam, voire lors de la finale mondiale des Coupes des nations Longines. Elle luttera alors face à l’Irlande et la Grande-Bretagne, mais aussi la Belgique, Israël, l’Italie, l’Espagne et le Portugal. Philippe Guerdat, forcément très abattu ce soir, ne manquera donc pas de travail d’ici là, d’autant que Rêveur devrait logiquement se diriger vers la retraite et que Volnay et Timon devraient être vendus… Souhaitons-lui, ainsi qu’à la France, de se relever de cet échec.

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