“Des années de travail perdues pour rien”, Julien Lafaure

Crédit : Scoopdyga

Samedi 15 septembre - 02h28 | À Tryon, Sébastien Roullier

“Des années de travail perdues pour rien”, Julien Lafaure

Encore présent sur le site, faisant partie des quelques cavaliers qui accompagneront le voyage de retour des chevaux en Europe, normalement prévu dimanche, Julien Lafaure a accepté de revenir sur la maudite course d’endurance des Jeux équestres mondiaux. Alors qu’il aurait dû rentrer avec une médaille par équipes, le jeune représentant de l’élevage familial de Cabirat, situé à Mazeyrolles en Dordogne, rentrera sans rien, comme les Espagnols, qui ont tenté en vain d’obtenir que des récompenses soient attribuées aux meilleurs cavaliers et équipes encore en lice lorsque la course a été annulée par les officiels.

“J’ai pu assister à la fin de la conférence de presse donnée cet après-midi par la Fédération équestre internationale (lire ici et ici). D’abord, je trouve dommage que les cavaliers encore présents sur le site – et nous sommes nombreux – n’aient pas été invités à y participer (le Saoudien Tarek Taher a tout de même pu s’y exprimer, ndlr). Je trouve aussi qu’elle s’est terminée bien vite… À mon sens, il y avait encore beaucoup de questions à poser.
 
On nous dit que la course a été annulée en raison des conditions météorologiques alors que nous évoluons dans ces mêmes conditions depuis dix jours. Soit il ne fallait pas nous faire venir ici, soit il fallait nous laisser continuer la course jusqu’à son terme. De plus, au moment où la course a été arrêtée, les conditions s’amélioraient. Il était plus de 17h, les températures redescendaient. Tous les chevaux qui n’étaient pas à leur place depuis le début avaient déjà été éliminés. Ceux qui restaient encore engagés étaient frais. Ma jument était dans un groupe de cinq ou six qui allaient tous très bien. Tous les réexamens vétérinaires s’étaient avérés positifs, avec des fréquences cardiaques en-dessous des 50 battements par minute, ce qui était très bien compte tenu des conditions. Nous respections nos chevaux, en évoluant à une allure adaptée. Et on nous stoppe à cet instant, ce qui est parfaitement injuste.
 
L’endurance reste une discipline jeune, qui a moins de trente ans, et en plein développement sur le plan mondial. Dans de nombreux pays, le niveau n’est pas aussi élevé que dans d’autres, notamment en France et en Espagne. Nous commençons à avoir des cavaliers disposant d’une grande expérience, mais ce n’est pas le cas de toutes les nations. Certains chevaux n’étaient pas à leur place depuis le matin. C’est vraiment rageant pour ceux qui font leur travail correctement. Moi, j’en ai amené deux de notre élevage (Sherazade Cabirat, avec laquelle il a concouru, et Valdez Cabirat, réserviste avec son frère Roman Lafaure, ndlr). La mienne a douze ans ; nous l’avons élevée, débourrée et formée jusqu’à ce niveau. Et tout ce travail a été réduit à néant par cette décision injuste.
 

“Réorganiser des mondiaux dans les mois à venir serait très dur”

 
Je pense que la réclamation des Espagnols avait pour but de donner un grand coup de pied dans la fourmilière. Après, il y avait eu un précédent à Newmarket, il y a six ans je crois (données introuvables, ndlr). Bon nombre de couples n’avaient pas pu repartir sur la dernière boucle en raison d’un gros orage et avaient été classés dans l’ordre où ils étaient arrivés au terme de l’avant-dernière boucle. Cependant, une partie des concurrents avaient tout de même déjà franchi la ligne d’arrivée, ce qui n’a pas pu être le cas ici, et des médailles avaient alors été distribuées. Les Espagnols ont essayé de s’appuyer là-dessus. Là, il manquait sans doute trop de kilomètres pour que cela signifie vraiment quelque chose, mais ils ont essayé de faire réagir la FEI, ce que je comprends.
 
À mon sens, il serait très dur de réorganiser des championnats du monde dans les mois à venir. Environ 70 % des chevaux qui sont venus ici s’entraînent en Europe. En hiver, il n’est pas évident d’avoir des chevaux au top. On ne sait pas non plus où d’éventuels championnats pourraient avoir lieu. Si c’était dans le désert, sur des profils plus plats, ce ne serait pas les mêmes chevaux. Ce serait vraiment compliqué pour nous. Pour ce qui est des JEM, j’entends dire que les prochains pourraient avoir lieu à Aix-la-Chapelle, mais que les responsables du site ne voudraient ni d’endurance ni de reining… L’image de notre sport, qui n’était déjà pas très positive ces derniers temps, ne va sûrement pas sortir redorée de ces JEM… Et je trouve vraiment dommage qu’elle soit détruite par quelques personnes incompétentes.
 

“Il ne faut pas jeter le pierre sur Meydan”

 
Il est normal que nous cherchions des coupables vis-à-vis de ce qui s’est passé mercredi, mais nous, cavaliers, devons aussi commencer à nous organiser et chercher des solutions. Cela va se faire petit à petit. Un Club des cavaliers va peut-être naître, la possibilité a été évoquée hier soir lors d’une réunion (qui a réuni une cinquantaine de cavaliers et chefs d’équipe, ndlr). Pourquoi pas, si des cavaliers pouvaient avoir leur mot à dire dans un cadre organisé, cela nous permettrait peut-être d’éviter des décisions comme celle de mercredi. Actuellement, elles sont prises par des gens qui vivent toute l’année derrière des bureaux. Mercredi soir, ils ont dû bien dormir sur leurs deux oreilles alors que nous, nous avons perdu des années de travail pour rien.
 
À mon sens, il ne faut pas jeter le pierre sur Meydan, sponsor titre de cette course comme de celle des JEM de Lexington il y a huit ans (et de tous les championnats Jeunes et Seniors organisés par la FEI d’ici 2020, ndlr). On sait qu’il y a des problèmes aux Émirats arabes unis, mais il ne faut pas tout mélanger. Quoi qu’il advienne, il appartient aux officiels de faire respecter les règlements de la FEI. S’ils accomplissaient leur travail de façon consciencieuse et intègre, il y aurait bien moins de problèmes. Meydan fait beaucoup pour notre sport. Je ne vois pas pourquoi on devrait empêcher les Émiratis de sponsoriser des courses et de faire installer des tentes VIP près de la compétition si c’est ainsi qu’ils veulent la vivre. C’est leur culture, et on sait qu’ils adorent l’endurance, qui reste l’un des rares sports qu’ils pratiquent eux-mêmes. Cela représente un tout autre plaisir pour eux qu’acheter un club de football. Là ils sont sur le terrain et prennent du plaisir dans cette discipline. Sincèrement, j’espère qu’ils continueront à soutenir notre sport malgré ce qui s’est passé ici…”

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