“Développer des passerelles entre les courses et le sport”, Louis Romanet

Crédit : Scooopdyga

Jeudi 30 novembre - 11h29 | Propos recueillis par Sophie Leboeuf

“Développer des passerelles entre les courses et le sport”, Louis Romanet

Figure emblématique et indissociable du monde des courses, Louis Romanet œuvre depuis près de cinquante ans au service de la filière équine. Actuel président de la Fédération internationale des autorités hippiques de courses au galop, il a également représenté la Fédération française d’équitation à l’international par le passé. Volontaire, désireux de créer des ponts entre sports et courses, soucieux du bien-être du cheval, ce Normand d’adoption peut être fier de son parcours. Entretien.

 - “Développer des passerelles entre les courses et le sport”, Louis Romanet

En 2015 à Londres, le président de la FIAH avait assisté à la remise d’un Longines Ladies Award à son Altesse Royale la princesse Haya bint al-Hussein de Jordanie, présidente honoraire de la FEI.
Crédit : Eamonn M. McCormack/Getty Images/Longines

GRANDPRIX-replay.com : Président de l’Union nationale interprofessionnelle du cheval (UNIC) durant près de quinze ans, président de la Fédération internationale des autorités hippiques de courses au galop (FIAH), conseiller du président de France Galop pour les affaires internationales, vous êtes impliqué de longue date dans plusieurs instances du monde du cheval. De quelle manière la filière vous semble-t-elle avoir évolué ces dix dernières années ?
LOUIS ROMANET : Concernant le secteur dont je m’occupe, de nombreuses avancées ont été réalisées. Ainsi, le travail de la FIAH a permis un immense progrès dans l’harmonisation des règles internationales en matière de sécurité, d’intégrité, de contrôle. Un accord existe, et il est régulièrement mis à jour. Nous observons également une globalisation de plus en plus spectaculaire des compétitions. De très grandes épreuves se développent dans le monde entier avec de fortes dotations, notamment au Moyen-Orient, mais aussi aux États-Unis ou en Australie. De fait, les chevaux se déplacent de plus en plus à travers le globe. On assiste aussi au développement de la commercialisation. Dans le monde entier, le marché du Pur-sang est extrêmement porteur avec des croissances assez extraordinaires, preuves de l’existence de beaucoup de nouveaux investisseurs. Si l’on regarde globalement le paysage, malgré quelques problèmes dans tel ou tel pays, l’évolution de notre environnement est extrêmement positive.
 
GPR. : Le 16 juin 2013 à Chantilly, la FIAH et la marque horlogère suisse Longines ont signé un partenariat de long terme. Qu’est-ce qui a motivé cet accord et qu’a-t-il apporté ?
L.R. : Longines était en passe de devenir le premier sponsor mondial dans le monde hippique, comme dans le monde équestre, d’ailleurs. Dès lors, il y avait donc une vraie logique à établir un partenariat avec cet acteur majeur. Pour nous, il n’était pas évident de trouver les moyens de le promouvoir. C’est pourquoi nous avons créé quelque chose qui n’existait pas dans le domaine du Pur-sang, à savoir des trophées annuels, appelés Longines Awards. Nous avons créé les trophées des meilleurs chevaux, avec un classement mondial intégrant tous les continents, à l’image de ce qui existe dans les sports équestres, considérant que c’est un excellent moyen de renforcer la médiatisation de nos acteurs. De même, nous avons créé des trophées du meilleur jockey et de la meilleure course au monde, respectivement le Longines World’s Best Jockey Award and le Longines World’s Best Race Horse Award.
      Parallèlement, Longines a donné naissance aux Ladies Awards, des trophées distinguant les femmes leaders dans le monde du cheval. Enfin, nous avons lancée un trophée international du mérite récompensant des personnes de qualité, leaders dans leur pays ou leur région. Cette série de récompenses, décernées lors de plusieurs cérémonies annuelles, nous a permis de médiatiser les meilleurs chevaux et personnalités de notre secteur. C’est un juste retour vis-à-vis de l’investissement de Longines qui se conjugue parfaitement avec notre désir de médiatiser notre fédération.

“Les valeurs de Longines nous correspondent parfaitement”

GPR. : Quelles valeurs partagent la maison Longines et la FIAH ?
L.R. : Longines a toujours fondé sa communication sur trois valeurs majeures : la tradition, l’élégance et la performance. Du point de vue de la tradition, la société qui est devenue Longines a été créée en 1832, tandis que la première société de courses, la société d’encouragement pour l’amélioration des chevaux en France, est née en 1833. De part et d’autre, il y a donc un long vécu. Concernant l’élégance, la maison Longines est non seulement devenue notre partenaire pour le Prix de Diane Longines, mais elle remet également un prix de l’élégance à la femme la mieux habillée dans le public, partout dans le monde. C’est l’un de ses points forts. Et pour nos événements, les femmes représentent un important vecteur de développement. On le voit bien à travers la réussite du Prix de Diane Longines qui enregistre des records de fréquentation tous les ans. Quant à la performance, c’est le cheval et la vitesse par excellence. Les valeurs mises en avant par Longines nous correspondent donc parfaitement. C’est aussi pour cela que nous avons souhaité nous y associer et les décliner en y ajoutant cette médiatisation des meilleurs.
 
GPR. : Vous œuvrez notamment avec la Fédération équestre internationale pour simplifier la circulation des chevaux dans le monde, à travers l’International Horse Sports Confederation (IHSC). Concrètement, où en est ce travail ? Et cette instance développe-t-elle d’autres axes de travail ?
L.R. : L’IHSC et née en novembre 2013 de la volonté de nous rapprocher sur nos sujets communs, le principal étant ce problème de circulation des chevaux. Dans cette optique, la FEI et la FIAH ont signé une convention avec l’Organisation mondiale de la santé animal (ex-Office international des épizooties, ndlr) qui comprend différents domaines, comme la recherche sur certaines maladies, dont la peste équine. Nous planifions des réunions de travail et des séminaires sur le plan mondial, par continent, de façon à réunir tous les interlocuteurs dans le domaine du déplacement des chevaux : services sanitaires, douanes, etc. Cette année, trois séminaires ont déjà eu lieu, dont le dernier en Amérique du Sud. Nous avançons ensemble sur le chemin de l’harmonisation, pour le bien-être des chevaux. S’il y a un problème dans un pays, nous intervenons pour demander des explications, savoir si des solutions ont été trouvées, et si des sanctions ont été prises face à de mauvais traitements. Enfin, nous parlons aussi de la reconversion des chevaux. Ainsi, de nombreux pays mènent des politiques visant à reconvertir les coursiers en montures de sport.

« Nous voulons clairement renforcer nos liens »

GPR. : Malgré leur dénominateur commun, les mondes des courses et des sports équestres restent très cloisonnés. Ne gagneraient-ils pas à s’ouvrir davantage l’un à l’autre ?
L.R. : Nous avons essayé, mais ce n’est pas facile. À une époque, nous avions permis à tous les titulaires d’une licence FFE de passer des journées sur les hippodromes, par exemple. Et surtout, nous avons créé le groupe audiovisuel Equidia, qui a constitué une vraie passerelle. À l’époque, Jean-Luc Lagardère présidait France Galop et j’y avais beaucoup œuvré, ayant toujours été convaincu qu’il fallait essayer de bâtir des ponts.
Malheureusement, le monde des courses se retrouve aujourd’hui confronté à des problèmes financiers, parce que le marché des paris sportifs a capté une partie de la clientèle des paris hippiques, dont dépend tout le financement de la filière. Après des années de croissance, cette situation nous oblige, pour la première fois, à abaisser nos allocations. Hélas, cela nous a aussi contraints à mettre un terme à l’expérience Equidia Life (la chaîne consacrée aux sports et loisirs équestres, qui cessera d’émettre le 31 décembre 2017, ndlr). De son côté, la FFE n’a pas souhaité s’impliquer financièrement davantage dans Equidia car il s’agit de budgets vraiment importants. Malgré cela, Equidia Life reste un succès et je pense qu’on regrettera cette chaîne. En tout cas, j’espère qu’un nouveau projet réussira…
Enfin, nous avons créé une passerelle sur le plan financier, à travers le Fonds EPERON, dont la dotation annuelle de près de 10 millions d’euros permet de soutenir des projets d’investissement ou de développement dans le domaine équestre, mais aussi de verser des primes sur les circuits de la Société hippique française.
Nous voulons clairement renforcer nos liens. Les sociétés mères des courses, du sport, de l’élevage et du cheval de trait travaillent actuellement à la création d’une sorte de comité de filière qui nous permettrait de parler d’une seule voix vis-à-vis de l’État. Des expériences ont été menées, toutes n’ont pas réussi, mais il y a une volonté sincère des sociétés mères et des représentants de l’État de travailler ensemble pour développer ces passerelles.
 
GPR. : Si vous deviez ne choisir qu’un mot pour symboliser le cheval et ce qu’il représente pour vous, quel serait-il ?
L.R. : Plutôt une phrase : « L’élégance et la puissance d’un cheval au galop. » Dans les œuvres que j’ai pu acheter, peintures, bronzes ou autres, j’ai souvent recherché l’élégance et la puissance d’un cheval au galop. C’est quelque chose de fabuleux, d’exceptionnel.
 
Cet entretien est à lire en intégralité dans Grand Prix Heroes, disponible au Salon du cheval de Paris et bientôt en ligne ici

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