L'épopée de Cécile Miletto-Mosti

Cécile Miletto-Mosti. Ph. Barbara Miller.

Mercredi 23 février - 18h03 | AnneClaireL

L'épopée de Cécile Miletto-Mosti

En terminant onzièmes de la CEI 3* President Cup d’Abu Dhabi, Cécile Miletto Mosti et Easy Font Noire, couple français vice-champion du monde d’endurance par équipe, signait une bien belle performance. Quand on découvre les conditions d’arrivée de la jument sur place, le classement en est d’autant plus beau ! 


Grand Prix Replay : Le retour en France d’Easy a-t-il été plus simple que son arrivée dans le Golfe ?

 
Cécile Miletto-Mosti : Heureusement oui. Même si ça a été assez long également. A l’aller, on a laissé les chevaux le samedi à Maastricht, pour qu’ils nous rejoignent en avion. Mais il y a eu un problème et ils ne sont arrivés que le mardi… Les grooms professionnels du transporteur s’en sont bien occupés, mais forcément, l’acclimatation au désert a été plus courte… On peut même dire qu’il n’y a pas eu de phase d’acclimatation. Heureusement, il ne faisait pas très chaud. Je suis dans le Sud de la France, il ne faisait donc pas très froid quand Easy est partie. De plus, on l’avait habituée avant le départ à des températures plus élevées en lui mettant deux grosses couvertures constamment. Le plus difficile a plutôt été la récupération du voyage : 1.000km en camion pour aller à Maastricht, puis l’attente, les heures stressantes d’avion, etc. J’avais peur que la jument soit en petite forme avant même d’avoir couru.

 
Grand Prix Replay  : Et pourtant, Easy s’est parfaitement comportée.

 
Cécile Miletto-Mosti : Effectivement ! Nous sommes très contents car la jument a eu un comportement encore meilleur que celui dont elle a fait preuve au Kentucky : elle n’a pas beaucoup maigri pendant le voyage, a retrouvé immédiatement l’appétit. Sur la course, on avait prévu de partir doucement. Même si tout est relatif : ce qui est doucement pour les cavaliers du Golfe est parfois un peu rapide pour nous. Par exemple, je fais la première étape à 20-21 km/h : je termine soixante-douzième sur quatre-vingt quinze partants ! Puis nous remontons sur chaque étape. Pour autant, je ne pensais vraiment pas terminer onzième. Tout au long de la course, je retenais la jument ; sur la dernière étape, je la laisse aller, elle est à 23,5 de moyenne. Cette dernière étape aurait pu être difficile car je suis seule, et que seuls dans le désert, cavaliers et chevaux peuvent se lasser et perdre le moral.

 
Grand Prix Replay : La topographie joue un rôle primordial en endurance ?

 
Cécile Miletto-Mosti : Et encore, Abu Dhabi est beaucoup mieux que Dubaï, car nous passons dans quelques parties un peu boisées. Mais effectivement, nos chevaux, en Europe, sont habitués à des changements de direction, des montées, des descentes, de la verdure, des cailloux, alors que là, les paysages sont très monotones. On voit très loin devant, et quand il n’y a personne, le moral en prend un coup… A deux kilomètres de l’arrivée, j’en ai rattrapé trois, qui n’en pouvaient plus.

 
Grand Prix Replay : De nombreux couples sont restés sur le carreau dans cette President Cup.

 
Cécile Miletto-Mosti : C’est sûr… J’ai eu le lendemain de la course une discussion avec des entraineurs locaux, à qui j’ai demandé pourquoi, il y a encore quelques années, ils partaient plus raisonnablement pour terminer fort, alors que maintenant, ils font tout à fond, quitte à caler… On m’a expliqué que désormais, ça passait ou ça cassait. Leur nouvelle stratégie fait en sorte que même s’ils calent sur la dernière étape, à 17 km/h par exemple, ils ont tellement d’avance qu’ils ne se font pas toujours rattraper. C’est une tendance que d’autres partagent : l’Américaine Valerie Kanavy, deux fois championne du monde, dont une fois à Dubaï, a notamment tout tenté, en partant avec les cavaliers locaux à fond devant et a calé à la fin (son cheval n’a pas récupéré). Certains ont été surpris de ne pas me voir lâcher ma jument plus tôt. J’ai fait la dernière ligne à 30 km/h, la jument était encore hyper fraiche, les oreilles droites. Ils auraient voulu que je la pousse davantage. Ils ne voient pas toujours l’intérêt d’avoir un cheval frais à l’arrivée. Ce qu’il faut préciser également, c’est que c’était pour leurs meilleurs chevaux la dernière course de la saison, alors que c’était la course de rentrée pour les nôtres et qu’ils doivent encore tenir toute l’année, avec à la clé le championnat d’Europe de Florac.

 
 

Propos recueillis par Daniel Koroloff

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