Du nouveau pour les officiels, la notation en dressage et la gestion des risques en complet et endurance

La présentation de l'outil statistique créé par Diarmuid Byrne et le cavalier international Sam Watson a fait mouche cet après-midi.
Crédit : Richard Juilliart/FEI

Mercredi 12 avril - 01h18 | À Lausanne, Sébastien Roullier

Du nouveau pour les officiels, la notation en dressage et la gestion des risques en complet et endurance

Après une première journée intégralement consacrée à l’avenir du saut d’obstacles, aujourd’hui le Forum des sports s’est penché sur le concours complet, le dressage et l’endurance, trois autres disciplines phares de la Fédération équestre internationale, non sans avoir débattu du sujet pluridisciplinaire des officiels de compétition. Moins palpitante, cette seconde journée n’en a pas moins été riche.

Comme prévu, la deuxième journée du Forum des sports de la Fédération équestre internationale s’est déroulée sans aucun heurt ni déclaration fracassante. Il faut dire que les sujets au menu des discussions, certes cruciaux pour l’avenir du sport, étaient nettement moins controversés que la transformation du circuit des Coupes des nations, le classement mondial de saut d’obstacles, les pay-cards ou les frais d’engagement d’organisation en CSI!
 
Ce matin, le statut des officiels (juges, commissaires, chefs de piste, vétérinaires) est revenu sur le tapis. L’an passé, il avait occupé une journée complète de débats. Cette fois, le groupe en charge de ce chantier est revenu avec des propositions plus abouties, qui devraient logiquement être proposées au vote de l’assemblée générale de la FEI à la fin de l’année. Voici les quatorze grandes propositions, qui semblent à la fois aller dans le sens d’une plus grande cohérence et répondre aux exigences de la FEI et des compétiteurs:
- Entrée en vigueur d’un code de conduite unique mettant en valeur le professionnalisme et le respect des règles tout en luttant contre les conflits d’intérêts ;
- Création de fiches de postes (quatre-vingt-dix en comptant toutes les disciplines) résumant les missions, responsabilités et champs d’action ;
- Lancement d’un système d’évaluation fondé sur les compétences afin d’améliorer la qualité du travail fourni, de superviser les jeunes ou moins expérimentés et de supprimer les limites d’âge, illégales dans plusieurs pays ;
- Mise en place d’un calendrier annuel de formation continue ;
- Amélioration et harmonisation du matériel de formation ;
- Établissement d’un organigramme et d’un nouveau programme de formation des formateurs, qui pourraient être rémunérés pour accomplir cette mission ;
- Lancement dès le 1er juin 2017 de FEI Campus, un site internet et une application mobile proposant du matériel de formation, notamment des vidéos, afin de favoriser la remise à niveau autonome et permanente des officiels ;
- Reprise en main par la FEI de la gestion des carrières des officiels (les fédérations nationales ne pourraient plus recommander un de leurs membres que pour le premier niveau de qualification) afin de mettre en terme aux soucis rencontrés avec les fédérations inactives ou peu actives ;
- Généralisation à toutes les disciplines d’un programme d’aide financière destiné à offrir aux officiels des régions les moins dynamiques de la planète l’opportunité d’officier dans d’autres zones plus actives en termes de compétition ;
- Introduction d’un système de rotation visant à renouveler les équipes d’officiels en place dans les compétitions, à raison d’un nouveau commissaire et d’un nouveau juge chaque année (par exemple, après avoir officié cinq ans dans un même CSI, un juge devrait observer une pause de deux ans avant d’y revenir) ;
- Création d’un pool de développement permettant aux officiels les moins sollicités ou les plus récemment nommés de pouvoir officier dans des compétitions de niveaux 1 à 3 ou 4* ;
- Rééquilibrage du choix des officiels entre les comités d’organisation et la FEI, celle-ci devant désormais nommer un juge et un commissaire étrangers dans tous les concours de niveaux 3 à 5*.
- Création d’une équipe d’élite de dix à quinze juges et dix à quinze commissaires mieux rémunérés et voués à officier à très haut niveau (championnats et niveau 5*) pour mieux répondre aux enjeux particuliers de celui-ci (professionnalisme aigu, communication, gestion de crises et du temps). Un juge et un commissaire ayant ce statut devraient être appointés par la FEI dans chaque CSI 5* ;
- Standardisation ou rapprochement des rémunérations des juges et commissaires, toutes disciplines confondues.
 

Une notation plus claire en dressage ?

 
En fin de matinée, l’assemblée s’est concentrée sur la question épineuse du jugement en dressage, auquel on reproche régulièrement son manque de transparence, de clarté ou de cohérence. Tandis que certaines orientations du comité de dressage de la FEI avaient visiblement filtré avant le Forum, Franck Kemperman, président dudit comité, a commencé par déminer le terrain, promettant que «rien n’était décidé. Nous n’avons publié aucune conclusion. Et je puis vous assurer que nous ne changerons de système de notation que si nous en trouvons un meilleur et que celui-ci réunit un certain consensus parmi les fédérations nationales et parties prenantes de notre discipline.»
 
Les objectifs sont d’obtenir meilleure application des standards de jugement, de réduire et mieux expliquer les différences de scores donnant une mauvaise image de la discipline, clarifier les critères de notation et mieux lutter contre les dérives personnelles (patriotisme, délit de réputation, etc.). Pour ce faire, le groupe de travail constitué autour de Bettina de Rham, directrice du dressage, mais aussi de la voltige et du reining au sein de la FEI, s’est appuyé sur les expériences issues de ces deux autres disciplines où les performances sont aussi notées par des juges. «Tout n’est pas nécessairement applicable au dressage, mais il y a des éléments intéressants. Globalement, on sait que la notation fonctionne très bien dans les grands championnats avec sept juges et un superviseur, mais on ne peut pas imposer aux organisateurs de concours de petits niveaux des jurys de huit personnes! Il nous faut donc trouver un système durable et profitable à tous les niveaux.»
 
Le groupe de travail, comptant parmi ses membres le statisticien David Stickland, préconise l’introduction d’un code de points, de nouveaux manuels écrits et vidéos encadrant le travail des juges et d’un nouveau support de formation, mais aussi le renforcement de la formation continue. Si cette mission aboutit, un nouveau système de notation entrera en vigueur le 1er janvier 2019 après de longues phases de consultations et de test. Jusqu’à présent, tous les juges ne semblent pas très enthousiastes à l’idée de remettre leur système à plat, de même que les fédérations allemande et néerlandaise, même si personne ne se dit hostile au changement…

Un algorithme bluffant pour réduire les risques d’accidents en cross

 
Cet après-midi, pour refermer ce sixième Forum des sports, il était question de gestion des risques d’accidents, en complet comme en endurance. Dans la première des deux disciplines concernées, on a recensé une chute rotationnelle de cheval (les plus dangereuses) tous les six cent soixante-six départs en 2016, soit 0,15% contre 0,44% en 2007. Quelque 3% de ces accidents auraient causé des blessures aux chevaux, dont 2% de blessures graves ou mortelles, contre respectivement 12 et 4% en 2005. Pour autant, face aux exigences de sécurité des parties prenantes de la discipline, des compagnies d’assurance et du Comité international olympique, mais aussi au retentissement public des derniers décès survenus en cross, la FEI n’a guère d’autre choix que lutter sans relâche pour limiter au maximum les risques.
 
Le rapport commandé par le groupe de travail concerné au chercheur Charles Barnett n’a fait que valider les orientations de la FEI (mesures préventives, protection des cavaliers, analyses statistiques), tout en indiquant qu’il fallait aller plus loin et en rappelant que le risque zéro n’existe pas. Pour ce faire, la FEI a signé un contrat de quatre ans avec la société irlandaise EquiRatings, spécialisée dans l’analyse des données statistiques équestres. Fondée par deux amis d’université, Diarmuid Byrne et le cavalier international Sam Watson, elle a créé un algorithme permettant d’anticiper les chutes d’un couple en analysant ses performances passées. Après chaque compétition, un coefficient de risque est réajusté en fonction des résultats et du niveau couru ou demandé pour le concours suivant. Ainsi, les cavaliers, les fédérations nationales et la FEI disposent d’un outil de prévention objectif. Expérimenté en Irlande, il aurait permis de faire baisser de 66% le nombre de chutes entre 2015 et 2016 au niveau CNC 2*. «Il s’agit d’inculquer un esprit de responsabilité au cavalier. Sur le plan psychologique, on ne perçoit pas nécessairement le risque. Cet outil nous permet d’intervenir lorsqu’on l’ignore, et de mieux déterminer qui peut concourir à un niveau donné en fonction des risques potentiels», résument les deux jeunes hommes. Leur présentation très dynamique a littéralement bluffé l’assistance. À l’avenir, d’autres disciplines pourraient être intéressées par ces analyses, en dehors de la question des risques.
 
Consacrés aux accidents en endurance et surtout aux fractures de fatigue, entraînant presque systématiquement l’euthanasie des chevaux, les derniers exposés de la journée se sont avérés très poussés mais moins rassurants. Outre l’accumulation des distances parcourues et l’augmentation vertigineuse des vitesses moyennes enregistrées en CEI, notamment au Moyen-Orient, la recrudescence de ces fractures serait liée à l’enchaînement trop fréquent d’efforts. Si la FEI pourrait s’appuyer sur ces données pour rallonger les délais minimaux à respecter entre deux courses, il semble bien que les programmes d’entraînement imposés aux chevaux jouent un rôle capital dans ces fractures violentes et soudaines, ce que dénoncent régulièrement les garants européens de la beauté de cette discipline. Il y a là aussi un immense travail d’éducation et de formation à mener auprès des cavaliers, entraîneurs et soigneurs partout dans le monde.
 
Du reste, l’éduction était décidément le maître-mot de cette seconde journée de discussions. De manière évidente, la FEI va désormais devoir y consacrer une part plus conséquente de son budget et structurer des organigrammes cohérents et solides pour chaque discipline. Le chantier semble immense.

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