Peut-on vraiment mettre un terme aux abus des Émirats arabes unis ?

Crédit : Sportfot (archives)

Jeudi 22 septembre - 14h48 | Johanna Zilberstein

Peut-on vraiment mettre un terme aux abus des Émirats arabes unis ?

Un an après leur réintégration par la FEI, les Émirats arabes unis ne semblent pas être sortis de leurs travers. Pire encore, leurs abus ne sont plus simplement réservés aux courses nationales ou aux événements internationaux organisés chez eux. Ainsi, samedi, lors des championnats du monde, la planète a assisté, effarée, au calvaire d’Ajayeb, la jument championne d’Europe en titre, euthanasiée pour ’’catastrophic injury’’.

C’est comme un mauvais feuilleton que l’on aurait déjà vu. Un an après sa réintégration par la Fédération équestre internationale (FEI), la fédération équestre émiratie ne semble pas avoir pris les mesures nécessaires pour mettre fin aux nombreuses dérives qui entachent l’endurance dans son pays. Une chose est sûre, sa copie est à revoir, aussi bien en matière d’éducation des cavaliers, que de bien-être des chevaux. La démonstration de l’équipe nationale aux championnats du monde d’endurance en est la preuve la plus flagrante. Ainsi, quatre pilotes de l’équipe ont été éliminés, soit pour problèmes de métabolisme, soit pour boiterie. Le cinquième… C’est sur la boucle numéro quatre que tout est arrivé. En tête de la course avec une moyenne de 23 km/h, Ajayeb, montée par le Sheik Rashid Dalmook al-Maktoum, trébuche et se fracture le canon. Une fracture qui ne l’empêche pas de poursuivre sa route, aveuglée par la douleur, avant de terminer la course sous une bâche, euthanasiée pour ’’Catastrophic injury’’. Favorite au départ, Ajayeb, quinze ans, rejoint donc Splitters Creek Bundy, euthanasié en février 2015 après une double fracture des canons en plein désert. Et, comme Bundy, il ne serait pas surprenant que l'autopsie révèle un sacré cocktail d’anti-inflammatoire chez Ajayeb. Un constat accablant pour les membres de l’équipe nationale émiratie, alors que, la veille, la délégation avait déjà été sous les feux des projecteurs pour de mauvaises raisons, après avoir échangé son aire de grooming avec les Italiens, alors que ces derniers étaient très bien placés…
Au-delà du malheureux constat de ces championnats du monde pour les Émirats arabes unis, il faut également soulever un problème : comment un couple qui n’a jamais couru de CEI de 160km a-t-il pu se qualifier pour courir des championnats du monde ? Car si Ajayeb, championne d’Europe l’an dernier sur cette même piste de Samorin avec l’Espagnol Jaume Punti Dachs, était expérimentée, jamais elle n’a couru de course de la plus longue distance avec Rashid Dalmook al-Maktoum, qui s’est contenté de deux CEI de 120 km cette année avec la jument alezane. Ajayeb, elle, a bien couru sur 160km cette année, mais c’était avec Hamdan bi Mohammed al-Maktoum. Une non-considération de couple qui va bien avec la stratégie employée par les Émiratis durant la course à Samorin, à savoir foncer et aviser.
Reste maintenant à savoir si la FEI compte à nouveau agir, elle qui avait fait preuve d’une fermeté sans précédent en excluant la fédération émiratie – l’empêchant d’organiser la moindre compétition officielle et d’envoyer des cavaliers dans des concours internationaux – en mars 2015. Pour le moment, l'instance internationale compte bien faire la lumière sur les circonstances du drame. "Des échantillons de sang ont été prélevés après que la jument ait été transférée à la clinique (qui se trouve sur le site même de Samorin, ndlr)", a expliqué un porte-parole de la FEI interrogé par GrandPrix-Replay. "Ces échantillons ont été envoyés au laboratoire central de la FEI, en Grande-Bretagne, comme le stipule le règlement de la FEI en cas de décès d’un cheval. De plus, et en accord avec le protocole de la FEI, une autopsie a été menée à l’Université vétérinaire de Košice, en Slovaquie. Il était initialement prévu de faire cette autopsie à l’Université vétérinaire de Vienne, mais passer la frontière avec un animal décédé de Slovaquie demandait un document légal supplémentaire, qu’il n’était pas possible d’obtenir rapidement. En accord avec les règles vétérinaires de la FEI, l’autopsie est obligatoire si un cheval meurt ou a été euthanasié durant une compétition labellisée par la FEI. La FEI travaille directement avec la faculté en charge de l’autopsie afin de pouvoir révéler toute les informations concernant le cheval et les circonstances de la tragédie. Nous attendons toujours les résultats."
Car désormais il semble clair que les engagements pris par le pays du Golfe en juillet 2015, condition à sa réintégration, ne sont plus qu’un très lointain souvenir. Mais le nombre inquiétant de chevaux décédés cet hiver dans le désert n’auraient-il dû déjà tirer la sonnette d’alarme ?

À lire également...

Réagissez

  • caro30 - le 23/09

    Dans l'endurance avant que le cheval retourne sur la piste, il est Vu par un Vétérinaire (aux vetgates) il y a aussi les juges, bref, un cheval très fatigué, voir boiteux ne devrait pas retourné sur la piste... Que les propriètaire soit Pierre, Paul, Jacques...

  • Tchou - le 23/09

    On a vu des cavaliers éliminés aux JO de Rio pour des marques laissées par des éperons. Décision immédiate et sans recours..... Et dans le cas présent, ça dure, ça dure.... on se demande vraiment pourquoi .... Mais sans doute le "silence est d'OR" pour certains pays !