Nick Skelton et Big Star avaient une revanche à prendre

Crédit : Scoopdyga

Vendredi 19 août - 23h01 | À Rio, Sébastien Roullier

Nick Skelton et Big Star avaient une revanche à prendre

Quatre ans après des Jeux de Londres dont il avait été l’un des plus beaux héros, mais où une faute l’avait privé d’un barrage pour le titre individuel, Nick Skelton a enfin décroché le Graal après lequel il courait depuis des lustres. Lors d’un inimaginable barrage à six, le Phénix a sorti le très grand jeu avec un Big Star puissant comme un lion. Sur le dernier podium des ces JO, le Britannique a dominé le Suédois Peder Fredricson, médaillé d’argent avec H&M All In de Vinck, et le Canadien Éric Lamaze, médaillé de bronze avec Fine Lady 5. De leur côté, les Français n’ont rien à regretter, car ils ont tout donné!

 - Nick Skelton et Big Star avaient une revanche à prendre

Chapeau à Peder Fredricson et All In, impeccables tout au long de la semaine.
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Après avoir reçu sa médaille, savouré un vibrant "God Save The Queen" et souri à la nuée de photographes chargés d’immortaliser le dernier podium de ces Jeux olympiques de Rio, Nick Skelton a pris toutes les précautions nécessaires pour descendre délicatement de la boîte, rejoindre son groom d’un pas fatigué et remonter sur Big Star, avec l’aide indispensable d’un marchepied, pour savourer un tour d’honneur amplement mérité. À cinquante-huit ans, cet homme que les aléas du destin n’ont guère épargné est devenu le plus vieux champion olympique de l’histoire des sports équestres. Accidenté, rafistolé, un temps perdu pour l’équitation, ce vieux lion au dos d’argile a toujours refusé la fatalité qui l’invitait à ranger ses bottes et ses cravaches. Vingt-huit ans après la première de sept tentatives olympiques, en 1988 à Séoul avec l’incroyable Apollo, et encore tout proche de l’exploit suprême il y a quatre ans à Londres, où une faute concédée en seconde manche de la finale individuelle, déjà avec Big Star, l’avait privée d’un barrage pour l’or face à Steve Guerdat et Nino des Buissonnets, le voilà enfin couronné roi. Cette fois, non seulement il a signé l’indispensable double sans-faute, mais il n’a pas manqué le rendez-vous d’un barrage absolument irrespirable, aux rênes d’un crack qui a su retrouver tous ses moyens et son envie après avoir été éloigné des terrains de concours pendant plus de deux ans.
Cinq heures plus tôt, le Belge Jérôme Guéry, dernier repêché à l’issue des trois qualificatives individuelles, a ouvert les hostilités avec un Grand Cru van de Rozenberg encore en forme. Pour autant le Belge ne peut empêcher deux fautes rédhibitoires sur les verticaux 8 et 11. Côté suisse, Romain Duguet ne tient pas le choc non plus avec Quorida de Trého, battue sur le vertical à l’entrée du double en 4, le vertical placé à la sortie du triple en 7 et l’oxer 10. La France, elle, voit ses deux premiers représentants, Philippe Rozier et Kevin Staut, fauter respectivement sur la rivière en 5 avec Rahotep de Toscane et l’étroit vertical 6 avec Rêveur de Hurtebise*HDC.

Une première manche trop facile

Une première manche trop facile - Nick Skelton et Big Star avaient une revanche à prendre

Chapeau aussi Éric Lamaze, qui a vendu très chèrement sa peau avec Fine Lady 5.
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Pour autant, il ne faut s’y tromper, cette première manche n’est pas si sélective. Malgré le retour de la rivière et la présence d’oxers massifs et de sérieuses combinaisons, le tracé imaginé par le Brésilien Guilherme Jorge ne pose pas assez de questions techniques à des couples surentraînés à résoudre tous les problèmes. Treize des trente-cinq partants trouvent d’ailleurs la clé de ce parcours, ce qui promet une seconde manche plus exigeante et un suspense total. Treize, dont les Suisses Martin Fuchs et Steve Guerdat, impeccables avec Clooney 51 et Nino des Buissonnets, et le Français Roger-Yves Bost, héroïque avec une Sydney Une Prince bondissante et généreuse.
Vingt-six couples reviennent en seconde manche, même si les quatorze premiers savent déjà qu’ils n’ont plus grand-chose à jouer. Philippe Rozier et Kevin Staut concluent leur fantastique semaine brésilienne avec des tours à neuf et huit points. Les choses sérieuses commencent avec le premier double sans-faute de Skelton, imité au fil des minutes par Steve Guerdat, le cheikh Ali ben Khaled al-Thani, Kent Farrington, Peder Fredricson et Éric Lamaze. En revanche, ça ne passe ni pour l’Australienne Edwina Tops-Alexander et Lintea Tequila, piégées sur la triple-barre placée à l’entrée du difficile double en 9, ni pour le Néerlandais Jeroen Dubbeldam, double champion du monde et d’Europe en titre piégé par le chronomètre dans son tout dernier parcours avec SFN Zenith – ses larmes en zone mixte en disaient long sur sa déception et sa tristesse. Pas de barrage non plus pour Martin Fuchs, empêché par le vertical placé à l’entrée du triple en 5, l’Espagnol Sergio Alvarez Moya avec Carlo 273 (neuf points), ou encore les Allemands Christian Ahlmann et Daniel Deusser avec Taloubet Z (quatre) et First Class van Eeckelghem (quatre). Bosty n’y parvient pas non plus. Malgré toute sa maîtrise des abords, il ne peut sauver une faute de sa pépite sur la sortie du triple, quatre points auxquels s’ajoute un cinquième point de temps. La France ne sera pas sur le podium individuel en jumping, mais on ne saurait lui en tenir rigueur tant elle a donné collectivement le tout meilleur d’elle-même.

Terrible fin de partie pour Guerdat, al-Thani et Farrington

Terrible fin de partie pour Guerdat, al-Thani et Farrington - Nick Skelton et Big Star avaient une revanche à prendre

Quel beau dernier podium pour ces JO de Rio définitivement réussis.
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Le casting de cet ultime test au chronomètre est impressionnant avec les deux derniers champions olympiques, Éric Lamaze et Steve Guerdat, une légende vivante, Nick Skelton, un cavalier à qui tout a réussi en 2016, Peder Fredricson, le pilote le plus rapide de la planète, Kent Farrington, et le plus noble représentant de l’émergeant Qatar, Ali al-Thani. Partant en ouvreur, Skelton signe un barrage parfait, serrant ses courbes et profitant du galop impérial de Big Star. On l’imagine déjà sur le podium. On imagine aussi Guerdat prêt à relever le défi. Hélas, de manière incompréhensible, Nino fauche le premier obstacle, un mur de palanques surmonté d’un vertical. Même si son chrono est bon, il doit désormais compter sur les fautes de ses concurrents.
Le cheikh qatarien en commet deux avec l’exceptionnel First Devision, et doit se contenter de la sixième place. Deux aussi pour l’Américain Farrington, renversant lui aussi le 1, puis le dernier, ce qui le cloue à la cinquième place, un échec qu’il n’a pas fini de ruminer. Plus qu’une contre-performance et Steve n’aura pas tout perdu – en cas de médaille, il aurait sûrement offert à Nino sa retraite sportive. Cela n’arrivera pourtant pas.
D’abord, Peder Fredricson signe le second triple sans-faute de la journée avec un H&M All In de Vinck toujours aussi brillant et volontaire, ce qui lui assure une place sur le podium. Dernier titan à revenir dans l’arène, Éric Lamaze tente littéralement le tout pour le tout avec une Fine Lady 5 émouvante de générosité et de talent, mais l’avant-dernier obstacle ne résiste pas à leur passage. Le Suédois se pare donc d’argent, et le Canadien de bronze, crucifiant Steve à cette quatrième place qui n’offre rien et dont personne ne se souvient jamais. Gloire aux trois médaillés bien sûr, mais félicitations aussi à leurs trois challengers vaincus – ils auraient bien mérité eux aussi une ovation. Terrible sport, si enthousiasmant et si cruel à la fois…

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