L'irrésistible ascension de Philippe Rozier

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Vendredi 19 août - 09h31 | Johanna Zilberstein

L'irrésistible ascension de Philippe Rozier

Parti au Brésil réserviste, Philippe Rozier rentrera de Rio dimanche avec au moins une médaille d'or autour du cou. L'achèvement de mois de travail acharné, où le cavalier de Bois-le-Roi s'est donné les moyens de réussir. Retour sur l'itinéraire olympique d'un cavalier qui a su répondre présent aux bons moments.

Novembre 2015. Alors que Philippe Rozier vient de signer une belle saison avec Rahotep de Toscane, la saison du gris se termine brusquement à cause d'une blessure au dos. Le cavalier de Bois-le-Roi l'affirme, il ne veut prendre aucun risque à quelques mois de l'échéance olympique. Voilà qui met donc un terme à une belle saison, où Philippe et son Selle Français se sont imposés sur le devant de la scène. Une excellente forme qui s'était affichée dès le début du mois de janvier, au CSI 5* de Bâle, où le couple prend une belle sixième place dans le Grand Prix, sans toucher la moindre barre. Nouvelle belle performance en avril, lors du Grand Prix CSI 5* du Saut Hermès au Grand Palais, malgré une petite barre au barrage. À l'aise en indoor, Rahotep l'est aussi sur les grandes pistes du Global Champions Tour, où il prend la deuxième place du Grand Prix de Madrid, début mai. Au CSIO 5* de La Baule, le couple est aussi plutôt efficace, accusant une barre et un point de temps dépassé. Une barre également dans le Grand Prix CSI 5* de Saint-Tropez, puis dans le Grand Prix CSI 5* de Cannes. À Paris, alors que le très délicat parcours laisse les meilleurs couples du moment sur le bord de la route, Philippe et Rahotep sont là à nouveau, sortant sans la moindre faute des deux manches, avant de ne concéder qu'une petite barre au barrage. Envoyé au CSIO 5* d'Hickstead, le couple ne prend malgré tout pas part à la Coupe des nations, et accuse seize points dans le Grand Prix. La fin de la saison est plutôt moyenne, avec douze points dans le Grand Prix CSI 5* de Bruxelles puis neuf dans le Grand Prix CSI 5*-W de Lyon. Si Philippe veut prouver sa bonne forme et celle de son fils de Quidam de Revel, il va devoir s'arrêter là, préférant préverser son gris pour la suite. "Après Lyon, il devait aller faire le CSI 5*-W de Vérone, où il n'a pas été. Il n'a pas non plus pu faire le CSI 5* de Paris et l'envoyer à Genève aurait été un peu prématuré", explique-t-il à ce moment. "Il a fait une très bonne saison cette année, et nous préférons maintenant le tourner vers la saison prochaine, qui reste notre priorité."
Il laisse donc son étalon de onze ans se remettre tranquillement, et ne ressort en compétition que début avril, sur la tournée hivernale de Vilamoura. Il y saute deux parcours à 1,20m, pénalisés d'un et cinq points. Il poursuit sa remise en route au CSI 1* de Cagnes-sur-Mer, début avril, puis au CSI 2* d'Anvers, et au CSI 3* du Touquet, où il ressaute son premier Grand Prix à 1,50m. Il écope de neuf points et perd définitivement toute chance de figurer dans l'équipe de France au CSIO 5* de La Baule. Voilà qui donne les crocs à Philippe Rozier, bien décidé à aller gagner sa place pour Rio à trois mois de l'échéance olympique. Avec Rahotep, Philippe enchaîne les parcours sans-faute, avant d'écoper d'une petite barre dans le Grand Prix, où il prend un honorable seizième place. De quoi redonner confiance au Francilien, qui ne se voyait plus tellement candidat aux Jeux olympiques quelques semaines auparavant. "Honnêtement, je pense que si je vais aux Jeux, c’est que nous n’aurons pas le choix", confiait-il fin mars. "Je vais courir mon début de saison normalement, sans penser aux JO. Je vais avancer et essayer que mon cheval se montre le plus performant possible. Aujourd’hui, pour moi, l’équipe existe, il n’y a pas d’ambiguïté. Maintenant, j’aimerais représenter une réserve sûre, que l’on puisse compter sur moi en cas de pépin. Du coup, je veux construire un programme correspondant à cet objectif, c’est-à-dire sauter de beaux concours et au moins une Coupe des nations."
Début juillet, le Tricolore se rend donc au CSI 5* de Knokke. Il le sait, ce dernier concours avant que Philippe Guerdat ne rende sa sélection olympique, va jouer un grand rôle dans le choix du réserviste. Mais c'est sans difficulté qu'il répond présent, prenant la deuxième place du Grand Prix, juste devant le couple champion olympique en titre. Une très belle performance qui lui permet de décrocher cette cinquième place à laquelle il aspirait tant. ’’Je suis très content de cette sélection. C'est l'aboutissement de plusieurs année de diète. Mon cheval est formidable. Il s'agit de ma cinquième sélection pour les Jeux olympiques, et c'est une vraie satisfaction d'avoir été choisi par différents sélectionneurs", déclare-t-il à chaud. La semaine suivante, le Francilien court sa première Coupe des nations depuis plusieurs décennies, sur le mythique stade de la Soers d'Aix-la-Chapelle. C'est donc réserviste qu'il embarque pour Rio aux côtés de l'équipe de France. Normalement, il le sait, il ne devrait pas se produire sur la piste de Deodoro, laissant la place à Roger-Yves Bost, Kevin Staut, Simon Delestre et Pénélope Leprevost. 
Mais il faut croire que les Rozier ont une destinée olympique. Quelques jours après l'arrivée de l'équipe de France au Brésil, Hermès Ryan des Hayettes, le crack de Simon Delestre, se blesse, contraignant le Lorrain à déclarer forfait... Et à laisser sa place à Philippe Rozier. Lui qui voulait être "une valeur sûre en cas de pépin" remplit alors admirablement son rôle au sein d'une équipe de France qui doit relever la tête. Ainsi, le premier jour, il signe un premier très beau sans-faute avec Rahotep de Toscane. Lundi, première manche de la finale par équipes, le Selle Français laisse un petit pied dans la rivière, une faute vite effacée par les parcours parfait des trois coéquipiers du couples, qu joue magnifiquement son rôle d'ouvreur le dernier jour, signant un parcours impeccable, entaché de seulement un point de temps dépassé. "C'est formidable ! Cela fait trois jours qu'il saute de la même manière, trois qu'il ne frôle pas une barre. Il est frais, il ne transpire pas. Il est encore mieux que ce que je pensais ! J'ai toujours cru en lui mais là nous dans une situation où c'est le top du top. Dans des moments comme ça, avec cette pression, nous sommes totalement en harmonie ensemble !", s'est réjoui Philippe Rozier en sortie de piste. Ce qu'il ne savait pas encore, c'est qu'il allait, quelques heures plus tard, monter sur la plus haute marche du podium olympique, couvert d'or. Quarante ans après le sacre de son père, Marcel, aux JO de Montréal, Philiipe inscrit donc à nouveau le nom de Rozier dans la légende olympique tricolore. Une médaille inespérée mais amplement méritée, qui pourrait bien lui donner des ailes pour la finale individuelle, qui aura lieu dans quelques heures.

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