’’Je suis un père comblé !’’, Marcel Rozier

Crédit : Scoopdyga

Jeudi 18 août - 09h24 | À Rio, Yeelen Ravier

’’Je suis un père comblé !’’, Marcel Rozier

Médaillé d'or par équipes à Montréal en 1976, Marcel Rozier vit sa cinquième olympiade à Rio de Janeiro. Aux côtés de son élève protégé Abdelkebir Ouaddar et de son fils Philippe Rozier, passé de réserviste à titulaire à la suite de la blessure de Hermès Ryan, l'octogénaire s'est confié sur son aventure, à l'issue de la seconde épreuve.

GrandPrix-Replay : Qu'avez-vous pensé du parcours d'Abdelkebir Ouaddar et Quickly de Kreisker mardi lors de la seconde qualificative ?
Marcel Rozier :
 Quickly a d'abord fauté sur la rivière. C'est malheureux car Kebir l'a vraiment bien amené, a bien monté, et le cheval a vraiment visé la latte ! Quand nous faisions la reconnaissance, je lui avais parlé du mur dans la dernière ligne en lui disant de le sauter en avançant. Il est venu au pied du mur et il s'est retrouvé un petit peu long pour sauter l'oxer juste derrière, le cheval s'est mis à plat. Manque de chance, ça arrive. Ce qui nous a coûté très cher en revanche, c'est le point de temps. La tâche de partir au début de l'épreuve était ingrate, cela n'arrange pas. Luciana Diniz, qui passait première, était partie dans un bon galop et nous a fait croire que le chronomètre était facile. Il s'est finalement révélé un peu court. Il a perdu un peu de temps en ruant pendant le tour. D'habitude, il n'est jamais pénalisé par le temps ce cheval ! En tout cas, il a vraiment bien sauté et Kebir a fait beaucoup de progrès. Depuis la finale de Coupe du monde de Lyon, les Jeux équestres mondiaux de Caen... J'ai attendu les résultats du classement général avec inquiétude... Ce point de temps me chagrine.

GPR : Et le parcours de votre fils Philippe Rozier, qu'en avez-vous pensé ?
M.R. :
Lors de la reconnaissance, nous nous sommes concertés plusieurs fois avec Jean-Maurice (Bonneau, entraîneur de Philippe Rozier, ndlr). Je lui avais dit de lui dire de monter sa rivière, parce que hier déjà c'était passé un peu juste. Philippe est peut-être arrivé un peu en biais sur la rivière, il était entre deux foulées. Il a un tout petit peu anticipé sa rivière et s'est retrouvé un peu dans le pied. Mais sinon, le cheval s'est franchement baladé sur le reste du parcours ! Il a des moyens incroyables, un bon galop et un coeur gros comme lui. C'est drôle d'ailleurs, les mères de Quickly et Rahotep sont toutes les deux par Laudanum !

GPR : Comment trouvez-vous ces Jeux olympiques ?
M.R. :
 Les parcours sont gros, mais nous sommes aux Jeux olympiques ! Ce n'est pas donné à tout le monde. Je trouve les tracés formidables. Le terrain est excellent et répond très bien. Même des chevaux qui seraient un peu sensibles des pieds se sentent bien ici. Les obstacles ressemblent un peu à ceux des Jeux mondiaux de Caen, avec beaucoup de verdure et des gros chandeliers. C'est vraiment bien.

GPR : Comment vivez-vous ces Jeux, en sachant qu'Abdelkebir Ouaddar et votre fils Philippe y montent ?
M.R. :
 Je peux dire que je suis un père comblé ! Déjà, rien qu'avoir Kebir ici aux Jeux, après quatre ans de travail à la maison, c'est incroyable. Nous avons dû effectuer un travail journalier pour préparer le cheval sans le fatiguer, faire prendre de l'expérience à Kebir et au cheval tout en se qualifiant, apprendre à quelqu'un à réussir sans aller au-delà des limites du cheval, ce n'était pas évident. Et puis je suis ravi pour mon fils. Il a formé ce cheval de A à Z, il m'a emmené à haut-niveau. Rahotep a des moyens formidables, je le dis depuis longtemps, mais il fallait trouver les boutons. Philippe a très confiance en lui. Et le coup de pouce de Jean-Maurice l'a beaucoup aidé. C'est plus facile d'avoir un ami entraîneur qu'un père entraîneur. Des fois, lorsque l'on est parents, on ne trouve pas tout à fait les mots. 

GPR : Des rumeurs ont circulé ces derniers jours à propos d'une offre qu'aurait faite un Qatari pour Quickly de Kreisker. Confirmez-vous ?
M.R. : 
C'est vrai, ça date d'il y a un an. Un Qatari est venu me voir à la sortie d'un Grand Prix pour me demander s'il était à vendre pour sept millions d'euros. Je lui ai juste répondu que le cheval appartenait à Sa Majesté le Roi du Maroc et qu'il n'était pas à vendre. Quelques mois après, il est revenu me voir en me proposant quinze millions. Et je lui ai dit que je n'osais même le dire à Sa Majesté. Quickly, tout le monde s'y est attaché. C'est une pièce unique, il a un truc à lui. Ce n'est plus une question d'argent. S'il était à moi, ce serait peut-être différent parce que je n'ai pas les moyens de garder un cheval de cette valeur. En plus, Sa Majesté me fait entièrement confiance. Il ne me dit jamais d'aller à tel ou tel concours. J'ai eu carte blanche depuis le début pour la carrière du cheval. Nous n'avons pas de pression !

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