Quarante ans après, le saut d’obstacles français au sommet de l’olympe!

Chapeau à Roger-Yves Bost, Pénélope Leprevost, Kevin Staut et Philippe Rozier, mais aussi Philippe Guerdat, leur infatigable chef d'équipe et tout le staff de l'équipe de France!
Crédit : Scoopdyga

Mercredi 17 août - 20h27 | À Rio, Sébastien Roullier

Quarante ans après, le saut d’obstacles français au sommet de l’olympe!

Elle l’a fait! Au terme d’un concours par équipes de toute beauté, la France est redevenue championne olympique de saut d’obstacles, quarante après les quatre fantastiques Mousquetaires de Montréal. Philippe Rozier, Kevin Staut, Roger-Yves Bost et Pénélope Leprevost ont décroché une médaille d’or quasiment inespérée après toutes les péripéties qu’ils ont vécues depuis leur arrivée à Rio. Les États-Unis ont arraché l’argent à trois, et l’Allemagne le bronze au terme d’un barrage remporté face au Canada!

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McLain Ward a encore une fois survolé le parcours avec la fabuleuse HH Azur.
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Quarante ans après Marcel Rozier, Marc Roguet et les regrettés Michel Roche et Hubert Parot, et vingt ans après la dernière médaille olympique décrochée à Atlanta par Alexandra Ledermann, l’équipe de France de saut d’obstacles a empoché le plus beau des métaux, ce midi à Rio de Janeiro lors de la finale par équipes. Cinquième hier soir avec seulement un point de retard sur le quatuor de nations de tête, l’équipe de Philippe Guerdat conservait toutes les chances de briller aujourd’hui, d’autant plus que les Pays-Bas et le Brésil ne comptaient plus que trois couples après la disqualification de Stephan de Freitas Barcha et les refus à répétition essuyés par le Néerlandais Jur Vrieling avec VDL Zirocco Blue, de même que les États-Unis, privés ce matin de Beezie Madden en raison d’une lésion tendineuse détectée sur Cortes C.
Pour autant, il lui fallait encore tenir le choc, ce qui n’avait rien d’aisé compte tenu du manque d’expérience des grands rendez-vous de Rahotep de Toscane et Sydney Une Prince, deux cracks Selle Français n’ayant participé respectivement qu’à une et deux Coupe des nations! La maîtrise et la classe de leur cavalier leur ont finalement permis de se sublimer et de se hisser au-delà du niveau des autres grandes nations. Chapeau!
Assez rapidement, la Suède puis la Suisse, qualifiées sur le fil pour cette seconde manche, ont abandonné toute chance de podium, la Scandinave Malin Baryard-Johnsson concédant dix-sept points sur une H&M Cue Channa un peu en bout de course, et les Helvètes Romain Duguet et Martin Fuchs bouclant deux tours à cinq points avec Quorida de Trého et Clooney 51. Les deux très beaux tours à un point de Janika Sprunger et Steve Guerdat avec Bonne Chance CW et Nino des Buissonnets n’auront pas suffi. La Suisse termine sixième. Après la faute de Yann Candelé et First Choice 15 sur le dernier oxer du parcours, le Canada, lui, a tenu le choc grâce aux deux superbes sans-faute de Tiffany Foster et Éric Lamaze sur Tripple X III et Fine Lady 5. Avec un total de huit, ils se qualifient pour un barrage haletant pour le bronze.

Incroyable et imprévisible équipe de France!

Incroyable et imprévisible équipe de France! - Quarante ans après, le saut d’obstacles français au sommet de l’olympe!

Roger-Yves Bost et Sydney Une Prince ont clos le magnifique exercice tricolore en ne concédant qu'un point de temps.
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La France, elle, entre dans cette seconde manche tambour battant avec un tour plein de hargne et de vista de Philippe Rozier, qui ne concède qu’un point sur un Rahotep de Toscane plus bondissant que jamais. Quelques minutes plus tard, Kevin Staut donne plus de corps à une possible victoire française en signant un sans-faute (double sans-faute dans cette épreuve) juché sur un Rêveur de Hurtebise*HDC absolument impeccable – le travail aura su payer au meilleur moment! Quand Roger-Yves Bost entre en piste avec Sydney Une Prince, il ne le sait pas encore, mais il tient déjà la médaille d’or au bout des rênes avec un possible joker d’un point. Ce joker, il l’utilise à bon escient en soignant tous les obstacles de son parcours, exactement comme il y a trois ans à Herning lorsqu’il avait déjà déroché son titre européen avec la grande Myrtille Paulois. Pénélope Leprevost, dont le sans-faute a été décisif hier, n’a même pas eu à revenir en piste. Incroyable et définitivement imprévisible, cette équipe de France!
Parmi les quatre équipes en tête hier, trois ne comptaient donc plus que trois cavaliers. Les Pays-Bas souffrent d’abord avec les cinq points de Jeroen Dubbeldam, SFN Zenith fautant de manière un peu bête sur un oxer 2 plutôt anodin, puis continuent à y croire avec le superbe tour à un point de Michael van der Vleuten et VDL Groep Verdi TN, avant de perdre tout espoir avec les trois fautes d’Harrie Smolders et Emerald, pourtant flamboyants les jours précédents. Les champions du monde et d’Europe en titre terminent septièmes à égalité avec la Suède.
Porté par un public formidablement enthousiaste, le Brésil peut y croire, mais aucun de ses représentants ne trouve hélas la clé du parcours exigeant dessiné par Guilherme Jorge, chef de piste… brésilien. Eduardo Menezes renverse le portail 9 avec Quintol, Doda de Miranda l’oxer de sortie du triple avec AD Cornetto K et Pedro Veniss le vertical placé au milieu du triple avec Quabri de l’Isle. Pour autant, les Auriverdes, cinquièmes, n’ont pas tout perdu puisque ces trois paires disputeront la finale individuelle dans deux jours.
De leur côté, les États-Unis ne tremblent pas, ou alors très peu. Kent Farrington assure un tour à un point avec Voyeur – si inhabituel pour le couple le plus rapide de la planète! Lucy Davis s’incline au milieu du triple avec Barron, mais rentre à l’heure, de même que McLain Ward, auteur de l’un des cinq sans-faute du jour avec HH Azur. Cette paire est plus que jamais favorite pour le titre individuel. Avec un total de cinq, l’Oncle Sam sécurise assez aisément une splendide médaille d’argent.

La Mannschaft en a bavé !

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Ludger Beerbaum a sauvé l'Alemagne du naufrage avec l'excellent Casello.
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On attendait le retour de la grande Mannschaft sur ce podium olympique qui lui échappait depuis 2004. Elle y est finalement parvenue, mais non sans mal. Christian Ahlmann renverse d’abord le mur de palanques placé à l’entrée du double en 6 avec Taloubet Z. Meredith Michaels-Beerbaum se fait piéger sur le dernier oxer du parcours et par le chronomètre avec l’indescriptible Fibonacci 17. Après avoir perdu l’or, le quatuor d’Otto Becker lâche l’argent avec la faute de Daniel Deusser et First Class van Eeckelghem sur le milieu du triple. Fort heureusement, son capitaine, Ludger Beerbaum, arrache un barrage grâce à un sans-faute admirable de maîtrise avec Casello.
Sur le stade équestre de Deodoro, on assiste donc à une séance de tirs au but entre le Canada et l’Allemagne pour le bronze. Tandis que Candelé et First Choice butent sur l’oxer de sortie du triple réduit en double, Ahlmann et Taloubet se promènent sans prendre tous les risques. Foster et Michaels-Beerbaum signent deux superbes sans-faute avec les spectaculaires galopades de Tripple X et Fibonacci. Le Canada perd finalement la partie avec la faute de Millar et Heros sur le vertical 3, obstacle que touchent mais ne renversent pas Deusser et First Class.
Contrairement aux JO de Londres, où l’Arabie Saoudite avait décroché une médaille d’argent inattendue, ces Jeux de Rio récompensent trois grandes nations traditionnelles du jumping, la France ayant mis un terme au règne des Pays-Bas dans les grands rendez-vous. Et surtout, le fait de voir tant de nations réduites à trois prouve, si c’était encore nécessaire, que ces épreuves par équipes doivent bien se courir à quatre et non à trois. Espérons qu’il en soit ainsi en 2020 à Tokyo et que la FEI finira par entendre raison d’ici son assemblée générale de novembre. 

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