Philippe Guerdat, un entraîneur comblé

Philippe Guerdat a rempli son rôle de la plus belle des manières qu'il soit.
Crédit : Scoopdyga

Mercredi 17 août - 19h19 | À Rio, par Yeelen Ravier

Philippe Guerdat, un entraîneur comblé

Caractérisé par une pudeur, un sérieux et une passion bien à lui, Philippe Guerdat est un homme comblé aujourd'hui. À la tête de l'équipe de France depuis février 2013, le Suisse a travaillé d'arrache-pieds pour décrocher une première médaille mondiale, en argent, aux Jeux équestres mondiaux de Normandie en 2014, puis l'or olympique par équipes à Deodoro aujourd'hui. Il s'est confié.

Derrière ses lunettes bien remontées, Philippe Guerdat avait évidemment les yeux brillants. Après les déconvenues de la semaine passée, avec le forfait de Hermès Ryan des Hayettes et l'alerte santé de Flora de Mariposa, les cavaliers de l'entraîneur ont su rebondir. "Tout le monde peut s'imaginer qu'après les jours que nous venons de vivre, on ne pensait pas se retrouver médaillés d'or ce soir. Ce matin, dans le bus, je leur ai dit qu'un point de temps nous mettait derrière les autres, mais que si nous arrivions à signer des sans-faute, nous arriverions à leur mettre la pression. Nous ne pensions pas que les quatre équipes devant nous allaient craquer mais c'est arrivé. En début de semaine, j'avais l'impression d'avoir vieilli de vingt ans. Là, je les ai récupérés ! Nous pourrions écrire un livre sur ce qu'il nous est arrivé. Ces problèmes nous ont sûrement rapproché. Certains ont pleuré, nous dormions dans le même appartement. J'ai passé toute une nuit avec deux de mes cavaliers qui ont dormi par terre sur des matelas pendant que je faisais les cent pas à côté. Ce sont des états d'âme indescriptibles et des choses qui ne s'expliquent pas, qui ont été très intenses. 

Ce qui est très positif, que nous ne nous sommes pas trompés sur le choix du réserviste. Nous avons sélectionné le cinquième qu'il fallait. Philippe a bien tiré l'équipe et il est très bien rentré. Après son premier parcours, il est resté sur son nuage. C'est génial parce que j'avais quand même un choix à faire. J'hésitais avec quelqu'un et son cheval qui n'avaient jamais participé aux Jeux olympiques. J'ai choisi un cheval qui arrivait à son pic de forme mais qui revenait d'une longue pause, avec un cavalier qui avait déjà une expérience olympique. Après Londres, comme j'ai souvent dit, les Jeux olympiques c'est totalement différent des autres championnats. Les champions olympiques sont des gens qui ont du vécu. 

En tant que sélectionneur, on m'a toujours dit que ce qui comptait, c'était les Championnats du monde et les Jeux olympiques. Je crois que nous avons réussi les deux ! Là, j'ai surtout une pensée émue pour Simon
(Delestre, qui est rentré en France après le forfait de son cheval Hermès Ryan des Hayettes). C'est normal.", dit-il, versant quelques larmes la voix tremblante. "C'est sûr que c'est terrible pour lui. Tout le monde peut comprendre que c'est dur pour lui parce qu'il devait être notre numéro un et maintenant, les honneurs vont être réservés aux quatre qui ont monté cet après-midi. Bien sûr qu'il est heureux pour l'équipe, mais même s'il est fier, content pour nous et que c'est un superbe équipier, c'est une réaction humaine, encore plus d'un sportif. Il faut se mettre à sa place. C'est le sport et je suis sûr qu'il va se relever.

Lors de la dernière médaille d'or olympique de la France
(en 1976, à Montréal, ndlr), j'étais encore jeune ! Je m'en rappelle bien. J'étais réserviste. Les gens vont se souvenir des champions olympiques pour toujours. Aujourd'hui, dans la rue à Paris, si vous demandez à dix personnes de donner le nom d'un cavalier, ils vont tous dire Marcel Rozier ou Pierre Durand, parce qu'ils ont brillé aux Jeux olympiques. Maintenant, ce sera différent !"

Nous allons fêter cela ce soir, un peu se lâcher quand même au Club France comme il en est de tradition, puis se remettre au travail pour essayer d'avoir une médaille en individuel. Ce n'est pas fini, il reste deux jours ! 

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  • OrientdeFrebourg - le 17/08

    Bravo à P Guerdat, quel grand entraîneur! J'étais persuadé que Bosty aurait dû venir avec Quoud'Coeur, que Rêveur était incapable d enchaîner les sans faute et que Rahotep n avait pas l expérience pour un tel RDV. J avais tout faux et j en suis super heureux! Bravo à tous et pensée pour Simon

  • mire - le 17/08

    eh bien ,nous aussi, nous buvons à leur santé et vive la France qui gagne avec deux vrais SF sur 4 chevaux!!