“Je me battrai comme un lion”, Philippe Rozier

Treize après après sa dernière Coupe des nations, Philippe Rozier a retrouvé l'équipe de France le mois dernier à Aix-la-Chapelle.
Crédit : Scoopdyga

Jeudi 11 août - 20h32 | À Rio, Sébastien Roullier

“Je me battrai comme un lion”, Philippe Rozier

Le forfait d’Hermès Ryan des Hayettes, le crack de Simon Delestre, a transformé Philippe Rozier, cinquième homme de l’équipe de France de saut d’obstacles, en quatrième cavalier avec Rahotep de Toscane. Après avoir vécu les Jeux olympiques de Los Angeles en 1984 avec Jiva, puis ceux de Sydney en 2000 avec Barbarian, le cavalier de Bois-le-Roi, également réserviste en 1988 à Séoul et 1996 à Atlanta, s’apprête donc à revivre de grands moments en Bleu. Le mois dernier à Aix, il avait retrouvé la veste nationale à l’occasion d’une belle Coupe des nations dont les Tricolores avaient pris la deuxième place. À Rio, le quinquagénaire se dit confiant quant aux chances de médaille de l’équipe de France.

GrandPrix-replay : Dans quel état d’esprit êtes-vous au lendemain de l’annonce du forfait de Simon Delestre qui vous fait entrer de plain-pied dans ces JO?
Philippe Rozier : Mentalement, j’ai complètement changé de fonctionnement. Au départ, franchement, j’ai accepté d’être cinquième parce que je pensais pouvoir apporter quelque chose à cette équipe, en soutenant et aidant les autres cavaliers. Évidemment, je savais aussi que je pourrais apporter quelque chose à cheval si c’était nécessaire, mais je ne suis pas venu en espérant prendre la place de quelqu’un, loin de là. Un cavalier partant avec cet état d’esprit ne peut rien apporter sinon perturber l’équipe, ce qui n’est pas bien.
Aujourd’hui, le malheur de l’un fait le bonheur de l’autre, le sport est ainsi fait. Je suis donc obligé de changer d’état d’esprit. Je me donne encore un peu de temps pour entrer complètement dans la compétition. Le côté positif des choses est que depuis cinq jours, je n’avais ressenti aucune pression. J’étais cool.
Le staff m’a demandé si je me sentais prêt. La réponse est évidemment positive. Cela fait un mois que je me sens prêt. Mon cheval l’est aussi. Je n’aurais pas accepté ce rôle de cinquième si cela n’avait pas été le cas. Je n’aurais pas voulu être figurant dans un film d’horreur. Je vais donc essayer d’honorer cette place qui m’est revenue dans ces circonstances si particulières.

GPR. : Comme Pénélope Leprevost et Flora de Mariposa, Simon Delestre et Ryan des Hayettes étaient considérés comme des piliers de cette équipe. Les remplacer ne doit pas être aisé…
P.R. : En étant très objectif, et surtout sans vouloir causer la moindre peine à mes coéquipiers, ce n’est pas le couple que j’aurais préféré remplacer… Ces deux paires étaient effectivement les piliers de l’équipe. En perdre une des deux est un vrai coup dur. Pour autant, je me battrai comme un lion pour cette équipe et pour prouver que ma cinquième place était justifiée dès le départ.

« Je n’avais plus sauté de Coupe depuis treize ans »

GPR. : Rahotep et vous avez suivi une courbe ascendante cette année avec des promesses en CSIO 5* à La Baule (quatre points) et Rome (neuf points dans un Grand Prix ultra difficile), de belles performances dans les Grands Prix CSI 5* de Saint-Tropez (neuvième) et Knokke (deuxième), puis un excellent retour en Coupe des nations au CSIO 5* d’Aix-la-Chapelle (quatre points puis sans-faute ; dix-sept points tout de même dans le Grand Prix). Vous sentez-vous en confiance ici?
P.R. : C’est à La Baule que tout s’est déclenché. Rahotep avait réussi une bonne saison en 2015 (avant d’être arrêté quelques moins en raison d’un début de tendinite, ndlr). Pour autant, je n’avais pas sauté de Coupe des nations (le couple était réserviste au CSIO 5* d’Hickstead, ndlr). Cette année, après La Baule, Philippe Guerdat m’a demandé d’aller à Rome, ce qui n’était pas prévu au départ. Même si cela m’a fait rater le Global Champions Tour de Chantilly, un concours que j’adore, j’y suis évidemment allé. Rome, ça ne se refuse pas! Là, j’ai de nouveau été remplaçant. Rahotep a très bien sauté dans le Grand Prix. Les deux fautes dans la dernière ligne sont pour moi. Il y avait plusieurs options de foulées et je n’ai pas pris la bonne pour lui. C’était le plus gros Grand Prix de l’année avec celui d’Aix. À ce moment-là, j’ai senti mon cheval monter en puissance. En rentrant, nous avons bouclé un très bon Grand Prix à Saint-Tropez. Ensuite, j’aurais aimé disputer la Coupe de Rotterdam, parce que je savais que les sélections se joueraient là et surtout parce que j’avais besoin, pour moi plus que pour mon cheval, de me retrouver dans ce contexte-là. Je n’avais plus sauté de Coupe depuis treize ans (en 2003 à Dublin avec Héritière, ndlr)… Je voulais savoir où j’en étais. C’était une démarche très personnelle. Hélas, cela ne s’est pas fait. J’étais déçu, d’autant plus que mon cheval était en pleine progression. Cela s’est confirmé à Knokke avec notre enchaînement de sans-faute et notre deuxième place dans le Grand Prix. Là, j’ai senti que j’étais prêt. Une semaine plus tard, on m’a proposé le rôle de réserviste ici que j’ai donc accepté avec grand plaisir, comme à Séoul et Atlanta. Avec ceux de Los Angeles et Sydney, ce sont donc mes cinquièmes JO! C’est seulement ensuite, treize ans après ma dernière Coupe, que j’ai retrouvé l’équipe de France à Aix.

GPR. : Pour vous, les JO à cheval, c’est donc tous les seize ans! Qu’en sera-t-il en 2032? 
P.R. : (rires) Honnêtement, après ces Jeux, je me donne encore quatre ans. J’ai un très bon sept ans aux écuries, mais la route est encore très longue d’ici Tokyo!

« L’équitation a repris sa place »

GPR. : Ici, à Rio, pensez-vous la France encore capable de remporter une médaille collective?
P.R. : Honnêtement, c’est jouable. J’y crois à 100%. Ça ne va pas être facile, c’est évident. Mais sans se raconter d’histoires, j’y crois totalement. C’est peut-être un signe, mais finalement, nous nous retrouvons ici avec la même équipe qu’à Aix, même si Kevin, Pénélope et Bosty ne montaient pas leur premier cheval. Là-bas, nous avons terminé deuxième derrière l’Allemagne et à égalité avec les États-Unis qui avaient leurs meilleures équipes. Je crois à ces signes-là. Nous nous sommes battus et nous étions tout proches de l’exploit. Mes trois coéquipiers sont encore mieux équipés ici. Moi, j’ai encore beaucoup appris sur mon cheval là-bas. Je nous sens prêts!
GPR. : Et les complétistes vont ont placés sur une belle rampe de lancement!
P.R. : Oh que oui! Après leur fabuleuse journée de mardi, franchement, nous n’avions envie que d’une chose, c’était monter à cheval et rentrer dans l’arène! C’est fabuleux pour eux, pour nous et pour tout le monde du cheval. Ici, l’équitation a repris sa place qu’elle avait perdue depuis quelques olympiades. C’est tout bénéfice!

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