“La FEI peut-elle laisser ses championnats du monde d’endurance avoir lieu à Dubaï ?“, Charles Trolliet

Crédit : Scoopdyga (Archives)

Vendredi 05 février - 09h46 | Léa Errigo

“La FEI peut-elle laisser ses championnats du monde d’endurance avoir lieu à Dubaï ?“, Charles Trolliet

Ces derniers temps, l’endurance a encore fait parler d’elle dans le mauvais sens. Le dernier scandale, consécutif à la mort d’un cheval lors de la CEI 3* d’Al-Wathba aux Émirats arabes unis relance la question d’une limitation de la vitesse dans ces courses. Selon la Fédération suisse des sports équestres (FSSE), la Fédération équestre internationale (FEI) doit modifier le règlement de cette discipline afin de garantir le bon déroulement de ses compétitions. Pour GrandPrix-Replay, Charles Trolliet, son président, revient sur les propositions émises à Lausanne et sur l’éventuelle présence de la Suisse aux championnats du monde de Dubaï, en décembre prochain.

GrandPrix-replay : En décembre dernier, vous avez rencontré Manuel Bandeira de Mello, directeur de l’endurance à la FEI. Quelle a été la teneur de vos échanges ?
Charles Trolliet : Nous avons tenté de regarder ce que nous pouvions faire pour aider la FEI à résoudre certains problèmes. L’un des points principaux que nous avons abordé concerne de possibles limitations de vitesse. À ce jour, nous disposons d’un certain nombre de statistiques montrant clairement que la longueur des courses et les vitesses moyennes, selon les pointes et les boucles, sont la cause de certains problèmes, dont certains sont vraiment graves. Nous sommes prêts à mettre ces données à la disposition de la FEI, car elles pourraient l’aider à trouver des solutions aux problèmes rencontrés au cours de la saison actuelle, notamment dans certains pays du Golfe. Nous avons également insisté sur la nécessité que l’endurance reste un sport équestre « comme les autres », c’est-à-dire un sport qui prône les valeurs d’homme de cheval et la notion de couple cavalier/cheval. Concernant les grandes échéances, il serait judicieux d’imposer des qualifications par couples et de ne plus associer un cheval à un cavalier qui le connaît à peine. Un des éléments les plus importants en endurance est de pouvoir écouter son cheval, et pour cela, il faut le connaître.
 
GPR. : Selon vous, la limitation de la vitesse moyenne est-elle une mesure indispensable et primordiale aujourd’hui ?
C. T. : Je pense que c’est une mesure très importante. La vitesse joue un rôle majeur dans les courses, et elle peut ainsi être la cause de dégâts dans le métabolisme des chevaux, tels que des boiteries, voire des fractures. Bien sûr, il y a d’autres causes que nous avons évoquées lors de nos discussions, au sujet du dopage et de l’insensibilisation de certaines parties des membres, poussant les chevaux à courir même s’ils ont mal, jusqu’au moment où malheureusement, leur corps cède. Cependant, limiter la vitesse de façon arbitraire sera difficile. Le mieux serait, si c’était possible, de la limiter selon le type de tracé. Dès lors qu’il y a du dénivelé, le cavalier est obligé de tenir compte de la vitesse. On l’a bien vu aux Jeux équestres mondiaux où le tracé était très technique, ce qui a d’ailleurs été reproché à Jean-Louis Leclerc. Cela impose des vitesses nettement moins marquées que celles que l’on retrouve dans les courses plates disputées dans le sable, comme celles organisées dans les pays du Golfe.
 
GPR : Fin décembre, vous n’étiez toujours pas sûr d’envoyer une équipe suisse aux prochains championnats du monde de Dubaï. Avez-vous pris votre décision à ce sujet ?
C. T. : À la suite des événements, et des vidéos qui ont circulé depuis quelques jours, nous sommes encore plus indécis. Nous n’avons pas encore pris de décision définitive. Malgré les belles promesses venues de Dubaï, les choses ne semblent que très peu changer. Si nous ne constatons pas une véritable amélioration d’ici la fin de la saison, c’est-à-dire d’ici environ deux mois, il nous sera difficile d’imaginer envoyer des cavaliers et des chevaux participer à des championnats du monde dans un pays qui se moque un peu de ses promesses faites à la FEI. Notre décision finale sera prise à ce moment-là. Nous verrons également ce que décide la FEI. Dans le contexte actuel, je me demande si la FEI peut laisser ses championnats du monde avoir lieu à Dubaï. Depuis un moment, les Pays-Bas nous ont rejoint dans ce combat. Ainsi, si les Pays-Bas et la Suisse ne se rendaient pas aux mondiaux cette année, cela signifierait que deux nations médaillées aux Jeux équestres mondiaux n’y seraient pas, ce qui produirait un effet médiatique négatif.

À lire également...

Réagissez

  • ThierryLaborde - le 08/02

    L’Endurance, la banlieue de l’équitation Une fois de plus l’Endurance fait parler d’elle – en mal, un peu comme la banlieue, dont on montre rarement les bons côtés, qui pourtant existent bien… Le fait du moment, donc : une vidéo tournée à Al Wathba (UAE), sur laquelle des chevaux épuisés terminent tant bien que mal une course de 120Km dans le désert, chevaux littéralement poussés par des types courant derrière eux à grands coups de bouteilles en plastique, de seaux d’eau glacée, à grand renfort de klaxons et de beuglements alentours, chevaux de surcroît méchamment lattés par des cavaliers qui n’ont de cavaliers que la place qu’ils occupent à cet instant, pantins rebondissant sur leur selle. Bilan, un mort et pas mal de blessés. Parmi les chevaux. Une vidéo qui a fait le tour du monde aussi vite que ces malheureux chevaux sur leur piste de sable. Une course comme on en a déjà vu, ici ou là. Enfin surtout là, malheureusement, et malgré l’accord passé entre la Fédération équestre internationale (FEI) et la Fédération équestre des Émirats Arabes Unis (EEF), à peine levée son interdiction de compétitions internationales pour ces mêmes raisons qui la propulsent aujourd’hui encore dans les colonnes de la presse mondiale. En effet l’Endurance a aussi cette faculté à rapprocher l’équitation de la politique internationale. Quitte à profiter de ce levier-là pour essayer d’enterrer un Moyen-Orient qui en l’occurrence ne le mérite pas. Car au final, à qui revient la faute ? Aux cavaliers, ici à peine majeurs ? Aux organisateurs, dépossédés de leur événement par un règlement qui donne tout pouvoir aux staffs techniques internationaux – président de jury, juges, vétérinaires ? A ces représentants officiels, ouverts à tous les vents de la tentation, vents violents qui ne rencontrent aucun obstacle à leur progression ? A l’argent, qui va qui vient, qui se refuse bien moins facilement qu’il s’accepte ? A défaut de réponse, il reste une question : qui se trouve à l’origine de tous ces points d’interrogation ? Qui organise le système ? Qui permet d’en arriver là ? Qui bat les cartes ? La FEI. La FEI, qui représente à la fois la loi et la justice. Le règlement et son application. Or que se passe-t-il quand la justice n’applique pas la loi ? C’est le chaos. L’abus. Le ravage. Le n’importe quoi… Au lendemain de cette vidéo Manuel Bandeira de Mello, président de l’Endurance au sein de la FEI, tapait du poing sur la table en verre, « reportant » les prochaines courses d’Al Wathba, imposant la suspension de quelques entraîneurs, infligeant quelques amendes, annonçant une nouvelle loi d’airain pour « limiter la vitesse » des courses d’Endurance. Il fallait bien faire quelque chose. Dire quelque chose. Ça ou autre chose, ou rien, puisque les courses reportées iront se jouer ailleurs, sans le moindre contrôle radar. Pour gérer le Groupe VII il faut être diplomate, pas juriste. Parce qu’il y a le sport, qui ne supporte pas la triche, et parce qu’il y a le monde. Qui s’indigne dans tous les sens. Les animaux souffrent, certains Hommes ne les méritent pas. En anglais circulent des pétitions réclamant la relocalisation du prochain championnat du Monde, à Dubaï. Mais relocaliser où ? Qui plus que Dubaï l’Endurance peut-elle remercier ? Qui peut plus que Dubaï s’affirmer aujourd’hui comme terre d’Endurance ? Ce qui soulève d’autres questions, encore… Qu’est-ce que l’Endurance en 2016 ? Une discipline européenne ou mondiale ? De l’herbe ou du sable ? Des cavaliers ou des pilotes ? Et, par-dessus tout : la FEI peut-elle, veut-elle, doit-elle la garder dans son giron ? Pourquoi ne pas imaginer, sans avoir besoin d’une grande imagination, une fédération parallèle, dédiée, professionnelle ? Alors, bientôt, demain, demain matin à l’aube, la FEI va devoir prendre une position. Faire un choix. Une Endurance toujours mollement réglementée, fonction des forces en présence. Une Endurance à l’image des autres disciplines équestres, olympiques ou non mais (relativement) équitablement régulées. Une Endurance autonome – qui devra elle-même assumer son identité. La FEI joue ici plus qu’une discipline. Elle joue sa tête, comme d’autres fédérations jouent au foot ou courent des 100 mètres haies. Oui, l’Endurance c’est comme la banlieue : ça semble effrayant, dangereux, bordélique, scandaleux. Il y a de ça c’est vrai. Mais il y a aussi des gens formidables qui y vivent, auxquels il suffit souvent d’offrir un petit champ d’expression pour changer le regard qu’on y porte, et pour changer tout court la situation. Monsieur Bandeira de Mello, s’il vous plaît, laissez s’exprimer ceux qui aiment l’Endurance (les pays du Golfe font partie de ceux-là), et pas uniquement ceux qui en profitent. Thierry Laborde

  • macayran - le 05/02

    Signez et partagez il ne faut pas que les championnats du monde soient maintenus aux UAE. Texte en Français " Les Championnats du Monde endurance 2016 ont été attribués aux Emirates Arabes Unis, malgré le fait que des chevaux continuent de mourir et souffrir sur chaque compétition la bas. Malgré la suspension des EAU pour abus et tricherie, une amélioration n'est visible dans le traitement des chevaux là bas. Signez svp cette pétition si vous pensez que les Championnats du Monde prévus en décembre 2016 doivent être retires de Dubai et attribués a un pays qui défends les valeurs de Clean Endurance." https://www.change.org/p/ingmar-de-vos-president-fédération-equestre-internationale-say-no-to-2016-world-endurance-championships-in-horse-hell