«C’est comme si l’hiver avait duré un an», Maxime Livio

Crédit : Sébastien Roullier

Mardi 08 septembre - 12h00 | Sébastien Roullier

«C’est comme si l’hiver avait duré un an», Maxime Livio

Bien qu’il conserve un mince espoir de pouvoir reprendre la compétition en septembre, il est fort probable que Maxime Livio ne recouvre sa liberté de concourir qu’en novembre. Dans ces conditions, il risque de boucler une année 2015 quasiment blanche. Très loin de l’insolente réussite qu’il a connue en 2013 et 2014, un succès expliquant, selon lui, l’acte de malveillance qui aurait entraîné le contrôle positif à l’acépromazine de Qalao des Mers aux Jeux équestres mondiaux de Normandie. Le Bourguignon installé à Dénezé-sous-Doué, non loin de Saumur, vit d’autant plus mal cette situation qu’il s’estime également innocent, à raison d’ailleurs, dans le cas de Bingo S, cheval monté au pied levé l’automne dernier dans un Grand Prix CSI 1* en Thaïlande. En effet, pour ce dernier, une contre-expertise était venue infirmer un contrôle positif à la testostérone. Au total, ces deux affaires lui auront coûté pas moins de huit mois de suspension, et un énorme manque à gagner sportif et financier. Elles ont surtout terni l’image d’un homme qui se dit plus que jamais prêt à tout pour que justice soit faite. Un témoignage invitant à la réflexion quant aux différentes problématiques soulevées par la lutte antidopage menée par la FEI.

 
GRAND PRIX : Comment vivez-vous cette suspension de six mois ?
MAXIME LIVIO :
Franchement, je traverse une période vraiment difficile. Cela dit, elle m’a permis de relativiser beaucoup de choses. Quand on a la tête dans le guidon et qu’on veut être le meilleur tous les week-ends, on évolue avec une pression dingue du lundi au dimanche, à la maison comme en concours. Quand on a l’ambition de devenir numéro un, il faut s’investir totalement, donc très égoïstement, j’avais mis plein de choses de côté pour réussir. Par exemple, cela faisait huit ans que je n’avais pas pu célébrer l’anniversaire de ma grande sœur à ses côtés. Il y avait toujours un concours, même un 1*. Cet été, je lui ai fait la surprise d’aller en Bourgogne. Elle en a pleuré de bonheur. Ce qui m’arrive m’a permis de me rendre compte qu’il y a autre chose que les chevaux et le sport. Bien sûr, cela reste la priorité, mais ces moments-là m’ont aussi sorti la tête de l’eau et ont remis certaines choses à leur place.
L’autre point positif de cette période est que j’ai pu m’investir davantage pour Mathilde, ma compagne, autant qu’elle l’a fait pour moi auparavant. Je suis très content de pouvoir lui rendre la pareille parce qu’elle a un talent fou – elle ne croit juste pas assez en elle, elle s’est toujours un peu effacée derrière moi. Là, elle est passée cavalière numéro un de l’écurie, ce qu’elle assume très bien. Nous avons accueilli aux écuries de nouveaux chevaux de saut d’obstacles, et elle s’est classée neuvième du Grand Prix CSI 3* de Megève avec Pepito Landais*HN (après avoir gagné un Grand Prix Pro 1 à 1,45 m lors du Grand Prix Classic Summer Tour, ndlr). Je suis très content de ça !
Enfin, tous mes chevaux vont bien, et tous mes propriétaires, sponsors, élèves et parents d’élèves me sont restés fidèles. Nous n’avons jamais reçu autant de demandes pour le sport-études. Nous avons dû refuser de nombreux candidats. On continue aussi à me proposer de nouveaux chevaux, et j’en ai vendus pas mal d’autres. Mon système n’a pas été ébranlé par tout ce qui m’arrive depuis un an. Il continue à évoluer, même s’il manque les concours et les résultats que je pourrais apporter à l’écurie.
 

« Le qualification olympique ne m’inquiète pas »

 
G.P. : Alors que vous espériez reprendre la compétition en septembre, en comptant dans votre peine de six mois les deux mois de suspension provisoire que vous avez purgés pour rien dans l’affaire Bingo S, vous ne reprendrez sûrement qu’en novembre ? Comment vivez-vous cette situation ?
M.L. :
Je commence à trouver le temps très long, d’autant plus que je m’étais préparé à reprendre début septembre. Je vais finir par purger huit mois de suspension pour deux affaires dont je ne suis aucunement responsable. Ces deux mois qui se rajoutent en fin de saison changent beaucoup de choses. Si je reprends en septembre, je pourrais courir les finales Jeunes chevaux à Pompadour, une étape du Grand National, le CCIO 3* de Boekelo, les CCI 4* de Pau et éventuellement d’Adelaïde. Compte tenu de l’état de forme et de l’expérience de mes chevaux, en deux mois de concours, si je parviens à disputer deux CCI 3* et deux CCI 4*, je peux espérer retrouver ma place, et surtout avancer dans les qualifications et revenir dans la course pour les Jeux olympiques. Pour les chevaux, ce serait bien aussi, car ils sont préparés et entraînés pour cela. Si je ne peux pas courir du tout cette année, cela va considérablement me compliquer la tâche. C’est comme si l’hiver avait duré un an.
La réduction de peine en cas de suspension provisoire antérieure purgée à tort est automatique si l’affaire concerne le même cheval, mais ne semble être qu’une possibilité dans le cas où cela concerne deux chevaux différents. Pour Bingo S, il était évident que je n’y étais pour rien. Le cheval ne m’appartenait pas. Il était en Thaïlande depuis plusieurs mois, je l’ai monté au pied levé et il y a eu une erreur d’analyse. Même le délégué technique du concours avait signalé à la FEI que je ne m’occupais même pas du cheval dans les écuries et qu’un groom thaïlandais me l’amenait pour les détentes et les épreuves. Les choses auraient dû se passer comme pour Steve Guerdat. Il a été très soutenu immédiatement par sa fédération. Il est allé voir la FEI qui a vite compris et admis qu’il n’y était pour rien. On l’a aussitôt autorisé à remonter à cheval en attendant le jugement, tout en maintenant, certes, la suspension de ses deux chevaux. Dans mon cas, j’aurais compris qu’on arrête Bingo S en attendant l’échantillon B, et qu’on me laisse continuer à monter en attendant les résultats de la contre-expertise ou le jugement. Cela m’aurait au moins permis de courir le début de la saison. Hélas, cela n’a pas été le cas, et ces deux mois ont vraiment été injustes.

G.P. : Dans quel état d’esprit allez-vous suivre les championnats d’Europe de Blair Castle, où la France va devoir reconquérir sa qualification olympique ?
M.L. :
Je vais les suivre d’abord et avant tout pour Mathieu (Lemoine, ndlr) qui va participer à ses premiers grands championnats. Il m’a épaulé toute la saison. Nous nous appelons tous les jours ou presque. D’une manière générale, je ne prends pas de plaisir à regarder un concours comme celui-là à la télévision… Je n’ai pas d’inquiétude quant à la qualification olympique de la France. Je crois que nous sommes repartis de l’avant avec une génération de chevaux du niveau de Galan de Sauvagère et Espoir de la Mare. Cela reste un test, car il s’agit de nouveaux couples dans une grande échéance, mais compte tenu de leur niveau, je pense qu’ils peuvent ramener une ou deux médailles d’Ecosse.


Retrouvez cet entretien en intégralité dans le numéro de septembre de Grand Prix Magazine, disponible en kiosques et sur le site de vente au numéro de Grand Prix Magazine.
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