’’Tous les chevaux français n'ont pas encore l'expérience nécessaire’’, Laurent Elias

Chaque soir, une personnalité du saut d'obstacles analyse l'épreuve de la journée.
Crédit : Scoopdyga (archives)

Vendredi 21 août - 23h52 | Olivia Köhler

’’Tous les chevaux français n'ont pas encore l'expérience nécessaire’’, Laurent Elias

Chaque soir, une personnalité du saut d’obstacles analyse pour GrandPrix-Replay l’épreuve de la journée. Ce vendredi, Laurent Elias, ancien sélectionneur national, revient sur la contre-performance de l'équipe de France, la surprise suisse et dresse un premier tableau de ce qui attendra les cavaliers dimanche, pour la finale individuelle.

La deuxième manche de la finale par équipes
’’Lorsque l’on n’est pas sur place, c'est compliqué de se rendre vraiment compte. Une chose est sûre, lorsque l'on arrive à la seconde manche de la finale par équipes, et que toutes les équipes un peu faibles sont sorties du jeu, le parcours devient obligatoirement plus difficile. C’est normal, ça permet aux grosses équipes de remonter dans les scores et de creuser l'écart. Il y a des scores assez importants dans le haut du classement quand même. Alors que les deux premiers jours étaient assez raisonnables, le parcours d’aujourd’hui paraissait assez dur. Au-delà des trois premiers obstacles, il y avait des sauts plus délicats et des grandes distances. La première palanque noir, on l'a vu, nous a couté très cher mais elle était tout à fait franchissable. Quand on voit la facilité des Néerlandais, on voit bien que c'était possible.
Les deux premières épreuves ne sont pas révélatrices des championnats. Il faut protéger les équipes au début mais le troisième jour, seuls les meilleurs qui se distinguent. On rentre dans le classement ou on en sort. Il faut des chevaux très frais et en forme à partir de là.’’
 
Les performances des Français
’’Dans les Coupes des nations, quand vous commencez à voir des parcours à quatre ou huit points qui comptent, il est évident que, quoi qu'il arrive, l’équipe ne sera pas en tête. Heureusement, nous avions de l'avance le premier jour, même si nous finissons tout de même avec des scores lourds. Quatre points, ce n'est pas énorme, mais quand il n'y a pas de sans-faute pour le rattraper, l’équipe recule encore et encore alors que les autres équipes font mieux. L'histoire était écrite comme ça mais nous sommes déçus. Ça pouvait vraiment être mieux. Mais il faut prendre en compte que tous les chevaux français n'ont pas toute l'expérience nécessaire encore. Flora est exceptionnelle mais a besoin de prendre du métier. Ryan a explosé cet hiver en indoor mais il manque de gros parcours à l’extérieur. Quant à Jérôme, il s’agit de son premier championnat. Le seul qui ait un peu d'expérience c'est Kevin. Il monte remarquablement bien. Son cheval est bien réglé mais ce n'est pas le meilleur du circuit. Quand tout va bien, il en tire le meilleur, mais, parfois, ça peut être plus difficile.
Pour avoir été aux commandes, je sais que l’on n’a vraiment tous les éléments que lorsque l’on est au cœur de l’action, que ce soit sur les cavaliers, les préparations, les chevaux, le physique, les détentes... Je n'ai pas vraiment d'explications. Les sans-faute nous ont cruellement manqué. Je suis l'un des premiers supporters de l'équipe mais je ne sais pas s’ils ont senti l'épreuve du jour.’’
 
La malédiction française aux championnats d’Europe
’’Dans les dernières éditions des championnats d'Europe, la France n’est certes pas en or mais deux fois en argent, dans les championnats du monde aussi, mais c'est la loi du sport. Nous le savons, lorsque l’on commence à cumuler plusieurs gros scores dans une manche, ce n'est pas bien. Une bonne entame de Pénélope aurait pu mettre du baume au cœur à tout le monde, mais je ne pense pas que nous ayons des cavaliers qui angoissent quand un parcours n’est pas parfait au début. Ce n'est pas parce qu'un cavalier fait une faute que les autres vont en faire. La capacité des grandes équipes est que les cavaliers sont capables d’effacer les fautes d’un autre. Ce qui est vraiment frustrant aujourd'hui est d’avoir fait trois fois la même faute.
On ne peut pas jeter la pierre à un cavalier en particulier mais il y a une part d'explication technique. Pourquoi faire la même faute avec trois chevaux différents ? C'est regrettable mais je sais trop à quel point le sport est aléatoire. Aujourd'hui, ce fut un cumul. En championnats du monde face à toutes ces grandes nations, nous arrivons quand même à être brillants.
J'ai entendu quelque chose de très juste à propos de Jeroen Dubbeldam : c'est que l'on ne peut pas tout courir avec un cheval dans un championnat. À un moment donné, il faut décider d’un objectif prioritaire. On ne peut pas faire la Coupe du monde, les CSIO, le Global Champions Tour et faire un championnat par défaut. Cet objectif prioritaire reste difficile à gérer dans les équipes. Pour continuer avec Jeroen Dubbeldam,  Zenith est très frais, son objectif était les championnats et Jeroen est le cavalier type pour ça. Zenith n'est pas extraordinaire mais il arrive préparé au mieux.’’
 
Le duel germano-néerlandais
’’Les Néerlandais ont été au-dessus aujourd'hui, il n'y a pas de questions à se poser. Ce qui aurait pu leur coûter cher, c'est le point de temps de Jur Vrieling mais au bout de trois tours ils avaient fini l'épreuve. Prendre un point de temps, c'est comme faire une faute. On met son sort entre les mains des autres mais, indéniablement, ils étaient au-dessus. C'était bien huilé et loin d'être de la chance. Par équipes, ils sont toujours présents. Les championnats doivent donc être l'une de leurs priorités.
L'Allemagne n'est pas passée loin mais l'équipe semble moins sûre que celle des Néerlandais. Ils ne sont pas aussi fiables. Il y a des sans-faute, certes, et ça démarre bien pour eux mais ce n'est pas aussi sûr.’’
 
La bonne surprise suisse
’’La médaille de bronze suisse est un petit miracle, mais ce n’est pas volé. Ils ont fait des sans-faute. En réalité, la chasse dans un championnat n'a pas une énorme incidence. On peut être loin et multiplier les zéro ensuite. Une grande nation sportive qui échoue dès le début sait réagir les jours suivants. Les Suisses sont régulièrement brillants par équipes alors que c'est un petit pays. Dans ces championnats, ils n'avaient pas leur leader et étaient donc moins expérimentés, mais ce sont tout de même des supers cavaliers. Ils se sont battus et n'ont rien lâché. Leur détermination est féroce.
Leur sort ne leur appartenait plus, ils ont fait ce qu'ils avaient à faire et ont réussi à gagner des places par défaut. La première chose qu'ils se sont dit était « nous sommes loin, nous devons faire des sans-faute ». C'est très mérité pour cette bonne équipe qui n’a jamais jeté l'éponge.’’
 
La finale individuelle
’’Dimanche, le titre individuel va être le Graal. La compétition peut réserver quelques surprises car la tête compte quelques cavaliers inexpérimentés en championnats. La compétition est encore très ouverte. À priori, les deux parcours seront au moins aussi difficiles qu'aujourd'hui car on ne cherche plus à protéger qui que ce soit. En Allemagne, sur le terrain d'Aix-la-Chapelle, ce sera obligatoirement un parcours qui va sacrer un vrai champion. Encore une fois, il va falloir ne faire aucune faute et la tâche sera difficile. L'expérience et la fraîcheur des chevaux vont trancher. Mes réels favoris seront bien évidemment les Français, mais si on voit une nouvelle tête en haut du podium, je serai très content ! Ce serait rassurant pour le sport de voir que la relève est là. Tellement de choses peuvent se passer mais, du moment que ces championnats sacreront du beau sport, qui ne relève pas de la chance et qui sera beau à regarder, alors on ne peut que applaudir des deux mains ! Qu'il soit Français, Britannique, Allemand ou Espagnol, peu importe. Il faudra s’attendre à de vraies remontées car le sport nous réserve beaucoup de surprises. Et les Français auront à cœur de montrer qu'ils ne sont pas là par hasard.’’

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