’’Nous n’avons jamais pensé que c’était terminé’’, Emmanuelle Schramm

Pendant deux jours, Emmanuelle Schramm n'a pas quitté ses cavaliers, comme ici lors de la sortie de piste de Karen Tebar.
Crédit : Johanna Zilberstein

Vendredi 14 août - 14h22 | Johanna Zilberstein

’’Nous n’avons jamais pensé que c’était terminé’’, Emmanuelle Schramm

Directrice technique nationale adjointe en charge du dressage, Emmanuelle Schramm vient de vivre deux jours de compétition intenses avec l’équipe de France, qui a finalement rempli son objectif : décrocher une qualification olympique. Ces championnats d’Europe confirment aussi les bons espoirs qu’elle fondait dans ces quatre couples. Déjà tournée vers les Jeux olympiques de Rio, Emmanuelle Schramm a accepté de revenir en arrière pour GrandPrix-Replay et de dresser le bilan de ces deux premières journées de compétition.

GrandPrix-Replay : Ces deux derniers jours ont été plutôt intenses pour l’équipe de France de dressage. Il y a d'abord eu une bonne première journée, avec les reprises de Ludovic Henry et Pierre Volla. Puis la déception avec Arnaud Serre et enfin la joie avec Karen Tebar et la qualification olympique. Comment avez-vous vécu ces deux jours ?
Emmanuelle Schramm : Tout a très bien commencé, Ludovic et Pierre ont déroulé de belles reprises et ont atteint les scores espérés. Avec After You, Ludovic a réussi une reprise sans faute dès le début. Il a vraiment réalisé l’une de ses plus belles performances. Badinda Altena, sous la selle de Pierre, a fait une très bonne impression, comme nous l’espérions lorsque nous l’avons sélectionnée. Malgré le fait qu’elle soit un peu verte, elle a déroulé sa meilleure reprise. Nous étions plutôt sereins, du moins autant qu’on puisse l’être dans une compétition comme celle-là. Le premier soir, nous étions septièmes tout en sachant que rien n’était terminé.
Et puis hier, la journée a commencé avec une déception. Robinson de Lafont*de Massa s’était très bien comporté durant le stage de préparation et il était de mieux en mieux durant les sessions de travail à Aix. On ne le remarque pas forcément, mais c’est un cheval très anxieux. Nous le savions, alors nous l’avons bien préparé. Pendant la familiarisation (avant la compétition, chaque équipe dispose d’une demi-heure pour travailler sur le rectangle, ndlr), nous avions mis Robinson tout seul au milieu du rectangle. Cela s’était bien passé. Nous étions assez confiants. Après le passage d’Arnaud et Robinson, nous étions déçus, mais nous savions que tant que la compétition n’était pas terminée, il fallait garder espoir. Nous avions confiance en Karen. Don Luis a une grosse qualité technique et Karen un super mental. D’ailleurs, tout s’est bien passé, ils ont su corriger toutes les petites fautes de la dernière fois. Karen n’a pas craqué. Pour être franche, nous n’avons jamais pensé que c’était terminé.
 
GPR : La France n’avait plus qualifié son équipe de dressage aux Jeux olympiques depuis les Jeux d’Atlanta, en 1996. C’est donc un véritable tour de force!
E.S. : Oui, c’est la première fois en vingt ans… Nous sommes vraiment heureux de cette victoire. Il y a plusieurs années, la Fédération française d’équitation a mis en place un plan pour le dressage qui ne concernait pas que le haut niveau – les juges, entraîneurs et jeunes cavaliers étaient aussi impliqués. Celui-ci commence vraiment à porter ses fruits. Nous voulions changer tout le cadre et tout l’état d’esprit du dressage pour parvenir à quelque chose et nous avions besoin d’un signal. Depuis deux ans déjà, j’ai le sentiment que nous sommes sur le bon chemin, notamment depuis l’arrivée de Jan Bemelmans au poste de sélectionneur, mais aussi de la création du groupe JO/JEM. Nous voulions apporter de la constance aux cavaliers, leur montrer qu’ils étaient soutenus dans tous les aspects de la discipline. Il ne nous manquait que la petite réussite visible, qui est là maintenant. Je suis vraiment contente, car c’est la concrétisation de tout ce travail. Maintenant, ce n’est pas fini. La route est encore longue, mais nous avançons dans le bon sens.

’’Nous étions galvanisés par notre but’’

GPR : Depuis les derniers Jeux équestres mondiaux, il semble y avoir eu un sursaut de la France en dressage. Que s’est-il passé ?
E.S. : Je pense que tout cela s’est vraiment lancé avant les JEM, lorsque tous ces chevaux sont arrivés et que tout le monde a adhéré au système que nous avons proposé. Mais je le répète, il fallait que cette dynamique se concrétise avec des résultats. Même si nous avions réussi dans quelques beaux concours, il nous manquait encore des résultats dans les concours par équipes, qui sont des compétitions réellement porteuses, comme à Rotterdam, où nous avons un peu manqué de chance entre la blessure de Don Luis et Robinson qui a pris peur. Nous avons donc manqué le deuxième tour de très peu, mais nous étions déjà en route. Maintenant, cette bonne lancée est concrète. Nous allons pouvoir préparer les Jeux olympiques beaucoup plus sereinement que si nous avions dû aller chercher des qualifications individuelles avec le classement mondial. À la rentrée, nous ferons un point avant de mettre en place un plan pour préparer au mieux les JO avec les cavaliers et les chevaux.
 
GPR : L’équipe présente ici, à Aix, est composée de chevaux plutôt jeunes, qui peuvent encore mûrir d'ici Rio...
E.S. : Oui, les chevaux sont très jeunes et ont encore beaucoup de progrès à accomplir. Mais nous en avons d’autres aussi, que nous avons laissés à la maison, et qui progressent, comme Amorak ou Star Wars. Et puis il y a des chevaux que nous aimerions intégrer au groupe JO/JEM l’année prochaine, que nous avons vus l’année dernière et qui présentent beaucoup de potentiel. Le but est d’avoir le plus de chevaux possible en vue des stages et des compétitions ciblées.
 
GPR : Pierre Volla et Karen Tebar sont qualifiés pour le Grand Prix Spécial, demain. Était-ce votre objectif ?
E.S. : C’est quelque chose dont nous n’avons même pas parlé! Nous étions tous focalisés sur cette qualification par équipes, et je pense que c’est ce but qui a galvanisé tout le monde. C’est ce but qui a porté Ludovic et Pierre le premier jour, qui a fait qu’Arnaud était si déçu, et qui a aidé Karen malgré le stress. Les deux cavaliers dans le GPS sont vraiment un cadeau. Ils le prennent comme un bonus, ils sont heureux et détendus. C’est un petit plus. Bien sûr, on espère qu’ils iront plus loin, mais ce n’est que du bonus. Karen pourrait entrer dans la Reprise Libre en Musique, puisqu’elle est dix-septième du Grand Prix. Tout peut arriver et même les meilleurs peuvent craquer. Cet après-midi, nous allons faire un travail léger et réviser le texte du GPS, que nous n’avons pas beaucoup travaillé jusqu’à présent !

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