SAMES, LE CHANTIER OUBLIÉ DE L’ANAA ?

La carrière du centre de Sames est entièrement à refaire.

Jeudi 07 mai - 18h22 | Johanna Zilberstein

SAMES, LE CHANTIER OUBLIÉ DE L’ANAA ?

En décembre dernier, l’Association nationale de l’Anglo-Arabe (ANAA) a annoncé la création d’un centre de formation et de valorisation de jeunes chevaux au Haras National de Pompadour. Avant que l’IFCE ne s’associe à ce nouveau projet, l’ANAA avait déjà tenté l’aventure à Sames dans les Pyrénées-Atlantiques. Hélas, les infrastructures sont aujourd’hui à l’abandon et la municipalité entend bien se retourner contre l’association présidée par Jean-Marie Bernachot.

 

Sames, petite commune de huit cents habitants située entre Bayonne, Dax et Pau. Dans cette bourgade traversée par l’Adour, l’Association nationale de l’Anglo-Arabe a, en 2005, créé un centre visant à former et valoriser des jeunes chevaux. Avec une quinzaine de boxes et de belles infrastructures, cet outil semblait bien parti pour devenir une belle réussite. Il n’en sera rien.

 

Peu à peu, Sames Valorisation a été laissé à l’abandon et les quelques chevaux qui y vivaient encore ont dû vivre jour et nuit dans le noir, avant de quitter des lieux. 'En septembre, les chevaux ont disparu du jour au lendemain dans la nuit. Personne n’est capable de savoir où ils sont passés, les gendarmes ne s’en sont pas occupés', déplore Mathieu Boisselier, responsable de l’élevage d’Hulm, situé à Cames, à seulement quelques kilomètres de Sames. 'Le cavalier qui était en charge du site avait six chevaux personnels. Ils sont partis en même temps que lui', affirme Jean-Marie Bernachot, président de l’ANAA. 'Nous avons dû le congédier parce qu’il ne payait pas ses loyers et qu’il ne correspondait pas à ce que nous recherchions.'

 

Site inaccessible

 

Censé rester présent sur place, ledit cavalier n’aurait alors plus donné de nouvelles et le centre serait resté fermé à clé. 'Je ne sais même pas où il est d’ailleurs, ni s’il continue dans cette voie ou pas', affirme le président de l’ANAA. 'Le centre était devenu une écurie privée, construite avec des fonds publics', s’insurge Mathieu Boisselier.


Un dossier d’instruction a été ouvert en 2012. Le centre a été et serait toujours très utile pour les éleveurs de la région, qui ne demandent qu’à pouvoir utiliser ces infrastructures abandonnées. 'Cela offrirait aussi un lieu de rassemblement au Centre sportif d’équitation militaire. Aujourd’hui, c’est dans un tel état que nous avons honte de faire venir les gens. De toute façon, nous n’avons plus accès aux infrastructures', explique Mathieu Boisselier.


L’ANAA, elle, n’entend surtout pas laisser le centre aux mains des éleveurs locaux. 'Nous avons énormément investi pour rendre le centre de Sames fonctionnel', rappelle Jean-Marie Bernachot. 'Comme je l’ai dit, ce qui n’a pas marché, c’est que certaines personnes ne correspondaient pas à ce que nous recherchions. Ce centre a été créé pour la valorisation et la formation, pas pour les éleveurs locaux ou pour certaines individualités.'


Plusieurs réunions ont eu lieu entre le président de l’ANAA et la mairie de Sames, mais sans résultat concret. Le maire de Sames, Yves Pons, a envoyé des requêtes à l’association nationale de race, qui a signé un bail de location de dix-huit ans, afin de remettre la structure en état. Si cette remise en état du centre de valorisation n’intervient pas avant mi-avril, la municipalité pourrait prendre la décision de dénoncer le bail et de mettre en demeure son locataire. 'Je suis là pour faire avancer les choses', affirme Yves Pons. 'La mairie poursuit son travail de remise en état des lieux.'

 

'Nous allons faire ce que nous avions prévu'

 

De son côté, l’ANAA préfère aller de l’avant… ailleurs. En décembre dernier, elle a ainsi annoncé l’ouverture du Centre national de l’Anglo-Arabe à Pompadour (lire ici), au sein du Haras National, en collaboration avec l’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE). 'Sames était notre première idée, Pompadour est venue ensuite', résume Jean-Marie Bernachot. 'Nous avons lancé le projet de Pompadour, car il y avait de très bonnes structures, qu’il est bien situé et disponible.' 'L’ANAA a déjà un centre, alors pourquoi en refaire un autre à Pompadour ? C’est incompréhensible', regrette Mathieu Boisselier.

 

Droit dans ses bottes, Jean-Marie Bernachot assure que Sames redeviendra bientôt une priorité de l’ANAA. 'Nous allons faire ce que nous avions prévu. Nous allons utiliser le centre de Sames afin de valoriser la race Anglo-Arabe. À travers ces deux structures, l’IFCE et l’ANAA vont tout faire pour aider les éleveurs. Nous ne laisserons pas Sames à l’abandon. Dès que Pompadour sera fini, la priorité redeviendra Sames.'

 

Virginie Gabriel-Robez, Yeelen Ravier et Johanna Zilberstein

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