LES JEUX PAR ÉQUIPES DE TROIS, ÇA NE PASSE PAS!

John Madden a fait l’unanimité... contre son projet de nouvelle formule des Jeux olympiques et Jeux équestres mondiaux, ce matin à Lausanne. Germain Arias-Schreiber/FEI

Mercredi 29 avril - 14h59 | Johanna Zilberstein

LES JEUX PAR ÉQUIPES DE TROIS, ÇA NE PASSE PAS!

Le quatrième Sports Forum de la Fédération équestre internationale s’est achevé avec plus de questions que de réponses sur l’avenir des sports équestres, ce soir à Lausanne. Les propositions du comité de saut d’obstacles, discipline qui a fait l’objet de la plus longue séance ce matin, ont donné lieu des échanges aussi vifs que passionnants. Les parties prenantes sont encore à mille lieux d’un accord sur la formule de compétition des Jeux olympiques de Tokyo et des Jeux équestres mondiaux de Bromont. Principal point d’achoppement, le possible passage des équipes de quatre à trois cavaliers.

 

Après le dressage et le concours complet hier, le Sports Forum s’est attelé à l’avenir du saut d’obstacles, ce matin dans l’amphithéâtre de l’International Institute for Management Development de Lausanne. Comme prévu, la discipline reine des sports équestres est celle qui a suscité le plus de questions, de remarques et de débats. Comme prévu, et comme dans les deux autres grandes disciplines, la perspective de disputer les Jeux olympiques, et les Jeux équestres mondiaux, par équipes de trois couples sans possibilité d’effacer le moins bon score n’a rencontré quasiment aucune approbation. Le bilan est à peine plus contrasté quant à l’idée de scinder totalement les compétitions par équipes et individuelles, en débutant d’ailleurs par cette dernière.

 

'Un projet mûrement réfléchi', John Madden

Pendant plus d’une heure, face à un flot continu de critiques, s’appuyant sur des arguments bien fondés, John Madden, président du comité de saut d’obstacles et puissant premier vice-président de la FEI, s’est évertué à défendre la nécessité de faire évoluer le sport afin de se mettre en conformité avec les principes de l’agenda 2020 du Comité international olympique. Le CIO demande aux disciplines souhaitant continuer à figurer au programme des Jeux d’être toujours plus universelles et de proposer des épreuves plus courtes, plus claires et plus lisibles pour le grand public. Le nombre de concurrents en jumping restant plafonné à soixante-quinze aux JO, le comité a estimé que la meilleure solution était de proposer une formule à vingt équipes de trois plus quinze individuels, ce qui aurait permis de voir huit nations supplémentaires représentées à Londres. 'C’est un projet mûrement réfléchi avec toutes les parties prenantes', a assuré l’époux de Beezie Madden.

'Contre l’esprit de notre sport et contre l’esprit olympique', Robert Ridland

La première salve de critiques a émané du chef d’équipe américain, son compatriote Robert Ridland. 'C’est contre l’esprit de notre sport et contre l’esprit olympique. Les chefs de piste n’oseront pas construire de parcours trop originaux et les chefs d’équipes n’oseront plus sélectionner de jeunes cavaliers. Sans parler des propriétaires qui perdent 25% de chances de participer aux Jeux.' Les représentants allemands ont souligné le risque évident de faire courir un cheval amoindri pour ne pas saper les chances de toute une équipe, ce qui va à l’encontre du bien-être animal prôné par la FEI. Le projet comporte bien la possibilité, en cas de défaillance, de faire entrer un quatrième couple réserviste en deuxième manche de l’épreuve par équipes, mais rien ne dit que le CIO acceptera d’alourdir le quota de vingt-cinq couples tout au long de la compétition, problème qu’a notamment pointé la Grande-Bretagne.

'Vous imaginez le football se jouer à huit?', Philippe Guerdat

Les Pays-Bas ont avancé qu’inviter toujours plus de nations conduiraient à faire baisser le niveau général de la compétition, ne serait-ce que parce que 'parce que dans bien des nations, le quatrième cavalier est l’un des meilleurs au monde'. Le mari de Beezie Madden les a exhortés à penser 'global' et à prendre le point de vue des nations émergentes. Prenant la parole pour la France, et résumant tout haut ce que bien d’autres pensent tout bas, Philippe Guerdat assène alors: 'Notre sport a une histoire, et cette histoire s’est écrite avec des équipes de quatre. Je suis conscient que nous devons évoluer, mais s’engager sur cette voie serait une erreur. Connaissez-vous d’autres sports qui aient fait ça? Vous imaginez le football se jouer à huit, le handball à trois, ou le hockey sur glace à sept? Eux aussi pourraient présenter plus d’équipes en faisant cela, mais ils ne le feront pas. Alors pourquoi devrions-nous le faire?' Réponse du rapporteur: 'Je suis d’accord, mais d’autres sports ont changé à bien des égards. Sur quatre-vingt-dix fédérations sportives, vingt-huit sont représentées aux JO, et les autres sont prêtes à tout pour prendre leur place. Je suis un traditionnaliste, j’aime ce sport, mais je veux aussi sauver sa place aux Jeux. Et que cela nous plaise ou non, nous sommes dans un univers plus concurrentiel que jamais!'

Les discussions ne font que commencer. Après avoir synthétisé ces débats, la FEI soumettra ces idées à l’ensemble des fédérations nationales avant sans doute de présenter un projet plus abouti et consensuel probablement dans un an avant un vote solennel de l’assemblée générale de décembre 2016, le CIO attendant une proposition de formule début 2017.

À Lausanne, Sébastien Roullier

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