'JE VEUX AVOIR L’IMPRESSION D’AVOIR LAISSÉ QUELQUE CHOSE', PHILLIPE GUERDAT

Philippe Guerdat, sélectionneur national, est toujours présent sur les terrains de concours pour observer les nouveaux couples. Photo Scoopdyga

Samedi 04 octobre - 10h14 | Sébastien Roullier

'JE VEUX AVOIR L’IMPRESSION D’AVOIR LAISSÉ QUELQUE CHOSE', PHILLIPE GUERDAT

Le week-end dernier, à l’exception notable des plus grandes stars du jumping, les meilleurs cavaliers français se sont retrouvés à Fontainebleau pour se disputer les titres tant convoités de champion de France Pro Élite, Pro 1, Pro 2, Pro 3 et des Cavalières. Le sélectionneur national, Philippe Guerdat, était bien entendu au rendez-vous. Contacté hier par GrandPrix-replay.com, le Suisse a livré ses impressions sur cette édition 2014.


 

GrandPrix-replay.com : Quel bilan tirez-vous du Master Pro de Fontainebleau?

Philippe Guerdat : C’étaient de beaux championnats. J’ai pris plaisir à les regarder et à voir de nouveaux couples. Les parcours étaient bien dessinés et l’organisation géniale. Il n’en sort que du positif, même s’il manquait peut-être une ou deux têtes d’affiche…

 

GPR. : Qu’avez-vous pensé de la performance de Timothée Anciaume, champion de France Pro Élite avec Quorioso Pré Noir? Va-t-il bénéficier de sélections pour les prochains CSI 5*?

P.G. : Timothée a très bien monté et s’est battu. Son cheval est bon, mais ce n’est pas le plus évident, surtout sur une piste comme celle-ci. Quorioso était en forme, Timothée l’a amené au bon moment. Il a rempli sa préparation dans les bonnes conditions. Maintenant, nous allons attendre encore dix jours pour élaborer le programme de Padock du Plessis*HN (le cheval de tête de Timothée, ndlr), mais je pense qu’il ne participera pas directement à de grosses épreuves. Nous ne souhaitons pas mettre Quorioso dans le rouge non plus, mais il sautera à Lyon. Ensuite, nous verrons. Il aura le choix des concours. S’il veut concourir, il le pourra, c’est certain. Timothée est un trop bon cavalier pour aller faire de la figuration. Il ne s’engagera pas juste pour s’engager.

 

GPR. : Qu’avez-vous pensé de Sébastien Duplant, médaillé d’argent de ce même championnat Pro Élite avec Pégase du Mûrier après avoir déjà remporté de nombreux Grands Prix CSI 2* et 3*? Aura-t-il droit à des sélections, lui aussi? Et pour d’autres cavaliers?

P.G. : Sébastien a très bien monté aussi. Je pense qu’il y a eu un beau podium (Valentin Marcotte et Concept TM ont terminé troisième, ndlr). Je suis ravi car ils sont jeunes et peu connus. Ce n’est pas une réelle surprise, car Sébastien avait déjà eu de bons résultats en concours. Il est certain que des opportunités vont s’offrir à eux l’année prochaine grâce à leur bon championnat. Alexandre Fontanelle a été un peu malheureux. Il a commis des erreurs d’équitation alors que son cheval (Prime Time des Vagues, ndlr) sautait très bien. Il était d’ailleurs mon favori après sa cinquième place dans le Grand Prix de Donaueschingen. Il a dû ressentir un peu trop de pression. En tout cas, ce sont tous des cavaliers intéressants.

 

GPR. : Comment analysez-vous ce qui est arrivé Reynald Angot et Opéra des loges, qui ont écopé de vingt-six points en première manche de la finale avant de rectifier le tir en réussissant un sans-faute en seconde manche?

P.G. : On sait que le cheval peut être un peu fantasque, ce qu’il a d’ailleurs montré le dernier jour. C’est préoccupant car c’est un cheval que j’aime beaucoup avec un super cavalier, mais ce n’est pas la première fois qu’il fait ça, et tout se dégrade ensuite. Nous allons essayer d’y remédier et de travailler ça. Tout est remis en question quand on le voit faire ça. Il faut voir comment cela va évoluer. Il y a peut-être un autre problème que nous n’avons pas vu sur le moment. Il a touché la rivière, ça lui est aussi arrivé une fois en Coupe des nations, donc c’est un peu préoccupant, mais tout ne peut pas être positif, il faut bien trouver des choses à améliorer.

 

GPR. : Dans les autres catégories, certains couples ont-ils retenu votre attention ?

P.G. : J’ai bien aimé le podium des Pro 1 (Tony Hanquinquant sur Oxygène d’Églefin, Alexis Borrin sur Ruby de la Fosse et Bruno Broucqsault sur Robin d’Épic). J’ai noté d’autres cavaliers qui m’ont intéressé. Les autres catégories, je les ai regardées, mais les couples ont encore un long chemin à parcourir pour arriver au niveau des meilleurs.

 

GPR. : Tony Hanquinquant estime qu’Oxygène sera plutôt juste pour concourir en Pro Élite. Qu’en pensez-vous?

P.G. : Tony Hanquinquant était en Pro 2 l’année dernière. Il est passé au niveau supérieur en un an, ce qui est une très belle aventure. Il faut espérer qu’il fasse de même l’année prochaine. Il a peut-être raison. C’est un couple intéressant. Le stade supérieur, tant qu’ils n’ont pas essayé, on ne peut pas savoir. Il faut aussi voir s’il a l’ambition pour y aller, et d’autres chevaux… En tout cas, il est certain qu’il faut faire les choses les unes après les autres. On ne passe pas du Pro 1 au CSI 5* comme ça, il y a des étapes à franchir.

 

GPR. : Quel va être votre programme pour l’année prochaine ?

P.G. : Comme nous aurons moins d’objectifs, étant donné que nous avons déjà notre qualification pour les Jeux olympiques, j’espère pouvoir disputer un maximum de Coupe des nations. Cette année, nous avons déjà participé à plus que l’an passé. J’aimerais continuer dans cette dynamique en 2015. Je veux essayer de nouvelles têtes. Les sélections, il n’y a pas besoin de les demander, elles viennent automatiquement si l’on est bon et si l’on se conduit comme on doit le faire. D’autres paramètres entrent en ligne de compte, mais seul le sélectionneur et son staff les connaissent. On ne peut pas toujours tout dire. Certains cavaliers ont des résultats dans des concours moins importants, et je peux estimer qu’ils ne vont rien m’amener. J’en parle avec mon staff. On a beau ouvrir beaucoup les portes, certaines personnes pensent que nous devrions les ouvrir davantage. Je ne peux pas créer des concours et des Coupes des nations pour faire plaisir à tout le monde. Il y a des choix et la réalité du terrain. Je me tiens à mon rôle et je prends des décisions. Tant qu’on ne prouve que mes décisions sont mauvaises, je ne vais pas changer d’avis. On ne peut pas tout le temps me critiquer alors que nous avons eu des résultats. Je fais des essais. Parfois, ça ne fonctionne pas, mais si je ne le fais pas, je ne peux pas le savoir. Si dans deux ans, je quitte la France, je veux avoir l’impression d’avoir laissé quelque chose comme en Belgique. Là-bas, j’ai lancé des jeunes. Aujourd’hui, on les voit très présents sur les terrains de concours. C’est ça, le rôle d’un sélectionneur. Je suis toujours ouvert à tout et j’essaie de faire avancer les choses.

 

 

Propos recueillis par Daphné Godfroy

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