MAJOR, POMOSKA, SALSA ET OURAGAN, STARS À FLORAC

Faleh Nasser SS Bughenaim et Major Armor avaient préparé Florac à Corlay! Photo Pierre Jambour

Mercredi 24 septembre - 16h54 | Daphné G

MAJOR, POMOSKA, SALSA ET OURAGAN, STARS À FLORAC

La mythique course de Florac se mérite. Sur l’épreuve reine de 160 km, Major Armor a remporté le CEI 3* avec le Qatari Faleh Nasser SS Bughenaim, le 11 septembre dernier. Autre star, Pomoska du Barthas a terminé deuxième avec Géraldine Brault, non loin derrière. Une belle récompense pour la jument, un temps en lice pour les sélections françaises aux JEM, puis remplaçante pour la Belgique. Un autre cheval présélectionné en équipe de France a signé une excellente performance, Ouragan de Coat Frity, cinquième avec Tiphenn Le Bitoux. L’Espagnol Alex Luque Moral a pris la troisième place avec Calandria PH, tandis que Laetitia Pegaz est quatrième avec Salsa La Majorie.

 

'Je n’avais pas grand doute sur le cheval !' C’est un naisseur heureux qui a appris la victoire de Major Armor. « S’il est bien, il est imbattable », estime Yvon Ollivier dont le fils Jérémie a amené ce hongre né en 2000 vers les sommets avant qu’il ne soit cédé au Qatar. 'C’est un avion', disait-on en 2011 à Corlay quand ce fils de Azur et Alaroussa par Marzouck a été sacré champion de France sur 130 km avec Jérémie. Désormais associé au meilleur cavalier qatari d’endurance, Faleh Nasser SS Bughenaim, ce bel hongre gris était revenu courir dans son pays natal sur l’excellent et varié circuit de 130 km de la CEI 2* de Corlay, le 9 août dernier, s’octroyant la deuxième place en guise de préparation pour cette échéance plus importante. 'Sa principale qualité, c’est la vitesse, sur n’importe quel terrain. Il est très adroit, aussi bien dans les cailloux que sur le plat. C’est un phénomène !' Yvon rend indirectement hommage aux deuxièmes : 'Battre Pomoska… Ce n’est pas n’importe qui ! Cette jument est très bonne.'

Pour l’éleveur breton, qui a connu une année faste avec plusieurs bons résultats de ses produits et notamment la médaille d’argent par équipes pour la France avec Ottimins Armor et Denis Le Guillou aux JEM (lire dans le prochain numéro de Grand Prix Magazine), cette victoire est aussi celle du travail. Major a quatorze ans. 'C’est un cheval tardif, très tardif. De toute façon pour moi, les chevaux précoces n’existent pas. Un cheval est un cheval.' Il estime justement ainsi que les chevaux devraient 'avoir de plus longues carrières'. Ceux qui le font montrent qu’ils ont bien été formés jeunes, et aussi respectés…

On ne sait pourquoi le Qatar n’a pas aligné Major Armor aux Jeux équestres mondiaux FEI Alltech 2014 en Normandie à Sartilly. Mais même si l’on ne refait pas l’histoire, aux yeux d’Yvon Ollivier, c’est bien lui qui aurait pu battre Kurrajong Concorde alias Yamamah monté par le cheikh Hamdan ben Mohamed al-Maktoum (Emirats arabes unis). Effectivement, quelques jours seulement après le grand rendez-vous de la baie du Mont Saint-Michel où certains ont pu noyer quelques regrets, Florac était l’occasion d’affirmer des talents certains…

 

« Vraiment une crack »

 

Il en va ainsi de Pomoska du Barthas et de Géraldine Brault qui ont offert une véritable démonstration de leur grande classe en s’octroyant la deuxième place. 'Elle était vraiment prête pour courir cette course', confie la Bretonne. 'Le matin je suis partie devant pour ne pas la laisser s'exciter dans le paquet, Faleh m'a suivi et nous avons parcouru trois boucles ensemble. La jument était très bien. Au troisième vet gate, Faleh est rentré 35’’ avant moi. J’ai décidé de le laisser partir pour laisser ma jument dans son rythme, le trou était fait avec les chevaux derrière. Dans la côte de Meyrueis, Faleh a augmenté l'écart qu'il y avait entre nous, moi je n'ai pas voulu prendre de risques. J'ai donc fait toute la côte au pas. Au départ de la dernière boucle, j'avais 7’52’’ de retard. Je ne souhaitais pas le combler, mais juste ramener la jument propre et ne prendre aucun risque. À l'arrivée, je n’ai terminé qu'à 3’19’’. La jument a couru avec beaucoup de facilité, je n'ai jamais eu besoin de lui demander quoi que ce soit. Cette année, elle a gagné à Fontainebleau et terminé deuxième à Florac, deux courses à la topographie et au sol totalement différents. Nous n'avions aucun doute sur elle. Elle a prouvé qu'elle était une grande jument !'

Effectivement, de nombreux admirateurs voyaient aussi cette fille de Khadar et Djana par El Sham, née en 2003 chez Christian Quet, auréolée de lauriers à Sartilly. 'Sa plus grande qualité est son mental. Elle est imperturbable, très calme. Elle dort, elle mange, elle fait sa vie sans s'occuper des autres, elle n'est pas grégaire, elle peut se retrouver seule dans un endroit, cela ne la dérange pas. Une fois montée, c'est également son mental qui fait la différence, car c'est une gagnante. Au vet gate, elle s'éteint. Elle est très facile à groomer. Sur la piste, elle est très dure. Elle est capable de se maintenir au train de façon régulière sans jamais reprendre. Ce qui est fatiguant pour les autres chevaux qui ont besoin de souffler. Pour elle, c'est facile. Je ne connais pas ses limites car les deux courses qu'elle a accomplies cette année ont été très faciles pour elle. Je n'ai jamais eu besoin de lui demander d'avancer sur les 160 km, et elle finit toujours comme un boulet de canon. C'est vraiment une crack !', selon Géraldine.

Lætitia Pegaz Tocquet, quatrième avec Salsa La Majorie, livre aussi ses sensations : 'Ma jument a été vraiment impressionnante tout au long de la journée. C'est sa première 160km et elle n'a que huit ans. Nous avons fait une course groupée jusqu'à la cinquième boucle. Nous étions une dizaine tous ensemble. Les deux premiers étaient seuls en tête ! Je repars à un peu plus d'une minute d'Alex Luque, mais même en le voyant au loin, je ne pouvais pas refaire mon retard, donc je n'ai pas voulu prendre de risque, sachant que c'était la première de la jument... Salsa a également eu la meilleure condition le lendemain ! Depuis le début de la saison, je travaille chez Jean-Philippe Frances que je tiens vraiment à remercier, lui ainsi que Sabrina Arnold, pour leur confiance et pour me laisser monter des échanges pareils!'

 

Un sacré Ouragan !

 

Tiphenn Le Bitoux s’est emparée de la cinquième place avec Ouragan de Coat Frity. La jeune Bretonne, tout juste bachelière, figurait elle aussi dans la liste longue pour l’équipe de France, mais la sélectionneuse nationale, Bénédicte Émond-Bon, avait préféré réserver ce couple pour une prochaine échéance, compte tenu aussi du jeune âge de la cavalière. En tout cas, ils ont pris une sacrée option pour le futur, d’autant que cet Ouragan-là ne sort pas du néant. De fait, il est le propre frère de Lubiana de Coat Frity, lui-même deuxième de l’épreuve en 2012 avec Julien Goachet et champion d’Europe par équipes avec le même cavalier l’année précédente, à Florac toujours! Ces deux hongres Demi-sang Arabes nés chez Jean-Pierre Le Hégarat sont des produits de Ramoth, étalon d’Yvon Ollivier et de Galall Armor par Talall, une jument née à Saint-Gilles-Pligeaux chez le fameux éleveur à qui Florac, course française la plus dure et la plus prestigieuse, réussit décidément beaucoup. 'Je savais très bien ce que le cheval pouvait faire et ne pas faire. Je suis partie dans le groupe de tête. Très vite, Major et Pomoska y sont allés. Je n’ai pas osé les suivre, donc je suis restée dans le groupe suivant les deux premières boucles. Il ne récupérait pas aussi bien que d’habitude au vet. Du coup, je repartais plus tard et devais les remonter. Mais c’était facile pour lui. Il demande tout le temps. De toute la course, je n’ai pas mis les jambes. Sur la piste, je ne le trouvais pas aussi brillant que d’habitude, mais je l’ai retrouvé pleinement dans la dernière boucle. Il m’a tractée tout le long. Dans la descente, j’étais tout le temps sur les freins. C’est assez raide et j’avais peur qu’il y ait un caillou mal placé. Les huit derniers kilomètres, il savait que c’était la fin. Je crois que je n’ai pas respiré tout ce temps-là. J’étais pratiquement en apnée! Mon cœur battait à 300 à l’heure. C’est dingue! Sur la fin, il a bondi. À l’arrivée, il en avait encore vraiment beaucoup sous le capot!', raconte Tiphenn.

Tiphenn est admirative des qualités d’Ouragan : 'Il ne lâche jamais dans sa tête. C’est un guerrier. Il a le couteau entre les dents et il veut tout le temps avancer, avancer… C’est un grimpeur, plutôt qu’un galopeur. Mais il a aussi montré qu’il était capable d’aller vite. Il n’a pas le physique de l’emploi. On dirait un pitbull, un peu. Il est très mal planté. Il n’a pas de beaux aplombs, mais c’est une boule de nerfs. Il bouffe les autres sur la piste, il croque la course à pleines dents! Beaucoup de gens disent que physiquement, il ne ressemble pas à Lubiana, mais en fait, ce sont les mêmes, mentalement notamment. Ouragan, c’est Lubiana avec 10cm de moins, tout rond avec un dos hyper fort, une très grosse arrière-main, une épaule très forte, une encolure, n’en parlons pas… Ce sont vraiment les mêmes sur ce plan-là!'

 

Pierre Jambou

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