SYMPHONIE ORANGE ET CONCERTO BLEU-BLANC-ROUGE SUR LE RECTANGLE BEIGE DE CAEN

Les championnats du monde de saut d'obstacles ont accouché d'un très beau podium par équipes. Photo PSV Morel

Lundi 08 septembre - 11h51 | Sébastien Roullier

SYMPHONIE ORANGE ET CONCERTO BLEU-BLANC-ROUGE SUR LE RECTANGLE BEIGE DE CAEN

Au bout de trois jours d’une incroyable intensité et surtout d’une dernière manche absolument irrespirable, les Pays-Bas ont été sacrés champions du monde, cet après-midi à Caen, dans un stade en fusion. Il s’est est fallu d’un rien, d’une touche un peu plus prononcée pour les uns, d’une faute en moins pour les autres. La France est parvenue à arracher une superbe médaille d’argent tandis que les États-Unis ont coiffé au poteau l’Allemagne et la Brésil pour le bronze. Du grand, très grand spectacle.

 

S’il y a eu de vrais couacs dans l’organisation, notamment en première semaine, sportivement, ces Jeux mondiaux tiennent toutes leurs promesses. Comme le dressage et le concours complet, le concours de saut d’obstacles a donné lieu à une splendide empoignade entre les meilleures nations de la planète. Et comme dans les deux premières disciplines olympiques, les Pays-Bas ont éclaboussé le reste du monde de leur talent. Médaillés de bronze en complet, à la surprise générale, et en dressage, de manière plus prévisible, les Néerlandais sont redevenus champions du monde de jumping, cet après-midi au stade d’Ornano.

Ce titre, les Oranje, comme ils se nomment eux-mêmes, l’avaient déjà conquis à Aix-la-Chapelle, il y a huit ans, devant les Allemands et les Américains. Jeroen Dubbeldam et Gerco Schröder étaient déjà là ; ils sont toujours au top. Ces Jeux avaient alors marqué le premier et toujours le seul échec de l’équipe de France, si souvent médaillée dans cette compétition, ainsi que celui de Philippe Guerdat, aux pieds du podium avec l’Ukraine pour une seconde de dépassement de temps. Heureusement, ce cauchemar ne s’est pas reproduit aujourd’hui. Mieux, les Bleus sont passés tout près d’un titre qu’ils avaient déjà conquis en 1990 et 2002. Ils ont comblé leur public de bonheur.

Comme en 2006, McLain Ward et Beezie Madden ont hissé les États-Unis sur le podium, pour une belle et méritée médaille de bronze. Pour être honnête, l’Allemagne de Ludger Beerbaum, Christian Ahlmann et Marcus Ehning, en argent en 2006, la méritaient tout autant, de même que le Brésil de Rodrigo Pessoa et Alvaro de Miranda, mais il n’y a que trois places sur le podium. Cette fois, comme aux Jeux olympiques de Londres, il est resté fermé à l’Allemagne, définitivement plus invincible, tandis que les Auriverdes donnent rendez-vous à leurs adversaires dans deux ans à Rio.

Sans faute ou rien !

'Pour rester sur le podium aujourd’hui, il fallait réussir des sans-faute, pas seulement terminer à quatre points. C’est dans cet esprit que j’ai construit mon parcours, afin d’accroître la pression.' Ce diable de Frédéric Cottier a vu et dessiné juste, comme hier et mardi, car son plan s’est véritablement déroulé sans accroc. Après les dix-neuf individuels, la tension est montée d’un cran dès la première rotation des équipes avec une faute de Pedro Veniss et Quabri de l’Isle sur le piégeux oxer deux. Simon Delestre, abordant son triple en sept foulées très – trop? – courtes, ne peut empêcher une faute de Qlassic Bois Margot sur l’oxer placé au milieu. Le reste est impeccable. Christian Ahlmann, malgré une touchette de Codex One, place l’Allemagne sur de bons rails, tandis que McLain Ward faute avec Rothchild sur le même oxer deux. Le milieu du triple tombe également au passage de Jeroen Dubbeldam et Zenith SFN, lesquels ne parviennent pas à rentrer dans les temps. Tout reste à faire.

Lors de deuxième rotation, Doda de Miranda se fait surprendre par l’entrée du double d’oxers en onze. Pénélope Leprevost offre alors un splendide sans-faute à la France, faisant frémir tout le stade dans l’abord de ce maudit triple où la bouillante alezane n’est pas loin de se cabrer! À l’arrivée, la Normande reçoit une immense ovation. De nature à déstabiliser l’Allemagne? Peut-être bien, puisque les métronomes Marcus Ehning et Cornado NRW accrochent le vertical douze et dépassent un chronomètre qui fait véritablement office de juge de paix. Kent Farrington et Voyeur franchissent mal le vertical dix du pont de Normandie. Maikel van der Vleuten  et VDL Groep Verdi TN caressent – c’est un doux euphémisme – quatre barres, comme hier déjà, mais seul le dernier obstacle tombe et le couple rentre tout juste à l’heure. Les Pays-Bas sont dans un jour de chance, cela ne fait plus aucun doute.

Dans la troisième rotation, Marlon Módolo Zanotelli offre son premier sans-faute au Brésil sur un AD Clouwni magique. Kevin Staut, lui, caresse délicatement l’encolure de Rêveur de Hurtebise*HDC à son entrée en piste, dans un vacarme de tous les diables. Le couple touche le deuxième plan de l’oxer quatre, mais tout se passe bien. Le passage du triple est superbe, de même que celui du double d’oxers, le hongre produisant de superbes efforts pour garder ses postérieurs en l’air. Tandis qu’il baisse légèrement de régime dans la dernière ligne, Kevin le monte comme jamais encore, en le portant littéralement sur le dernier oxer. D’Ornano exulte. La France tient sa médaille, reste à en déterminer la couleur. Daniel Deusser éloigne l’Allemagne avec une faute de Cornet d’Amour sur le milieu du triple. Lucy Davis, elle, éloigne les États-Unis avec les quatre points de Barron sur le vertical douze, tandis que Jur Vrieling offre aux Pays-Bas un clear round limpide et superbe avec VDL Bubalu.

Imperturbable Beezie, défaillance allemande

Quatrième round. Rodrigo Pessoa signe un fameux finish brésilien avec un Status vraiment taillé pour ces championnats. Cela ne suffira pas pour le quatuor de Jean-Maurice Bonneau, qui finira à moins d’un quart de point des États-Unis, mais à la cinquième place… Jamais la lutte n’avait été aussi serrée. Pour mettre une option sur l’or, Patrice Delaveau doit aligner un troisième sans-faute en trois jours. Comme mardi et mercredi, Orient Express*HDC s’émeut quelque peu de l’amour que lui témoignent les tribunes. Pas totalement enclenché, il fauche le vertical trois avant d’offrir une véritable démonstration. Comme souvent, Ludger Beerbaum tient le destin de l’Allemagne entre ses rênes, mais même lui n’est pas imperméable à ladite pression, et part à la faute dès le deux avec une Chiara 222 moins brillante que l’an passé. La faute de trop pour la Mannschaft, que Beezie Madden, l’imperturbable, va s’empresser de crucifier au mérite d’un tour absolument parfait sur Cortes C. Plus rien ne peut arriver aux Pays-Bas, déjà champions du monde, ce qui n’empêche pas le petit Gerco Schröder et le grand London d’échouer sur le milieu du triple.

Si les hommes de Rob Ehrens ont joué une bien belle symphonie orange sur le rectangle beige de d’Ornano, une performance logique au vu de l’expérience de leurs chevaux, l’histoire saura forcément retenir la beauté du concerto bleu-blanc-rouge, repris en cœur par des tribunes si enthousiastes. Avec certes trois des quatre cavaliers vice-champions du monde à Lexington en 2010, mais trois chevaux n’ayant jamais disputé le moindre championnat, la France a tenu son sacré pari. Avec quatre couples en lice samedi dans une demi-finale qui s’annonce déjà épique, dont trois dans le top douze, les Bleus peuvent nourrir l’ambition de placer un voire deux équipiers dans la fameuse finale à quatre. Le deuxième pari est lancé!

Au stade Michel-d’Ornano de Caen, Sébastien Roullier

 

Les classements
Le classement final par équipes
Le classement provisoire individuel

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