LE COMPLET CHANGE DE TÊTE, MAIS RESTE UNE AFFAIRE ALLEMANDE

L'équipe d'Allemagne s'est montrée invincible, cet après-midi à d'Ornano, enchaînant les sans-faute avec plus ou moins de facilité. Photo PSV Morel

Jeudi 04 septembre - 15h53 | Marie de Pellegars

LE COMPLET CHANGE DE TÊTE, MAIS RESTE UNE AFFAIRE ALLEMANDE

À l’issue du troisième et dernier test du concours complet de ces Jeux équestres mondiaux FEI Alltech 2014 en Normandie, l’Allemagne a opéré une nouvelle démonstration de force, en redevenant championne du monde par équipes et en plaçant quatre couples dans le top dix. Au sein même de la Mannschaft, les temps changent, puisqu’on a assisté avec bonheur au sacre de Sandra Auffarth et de son crack normand Opgun Louvo, qui ont battu à la régulière Michael Jung et Rocana FST, ces deux-là bénéficiant de la défaillance de William Fox-Pitt, qui a dû se contenter du bronze avec Chilli Morning. Malgré son sans-faute, le seul pour l’équipe, Maxime Livio, cinquième, n’est pas parvenu à hisser la France sur le podium, laissant les lauriers à l’Allemagne donc, ainsi qu’à la Grande-Bretagne et aux surprenants Pays-Bas. Un hippique épique.

 

Deux heures et demie de concours hippique dont une bonne heure de frisson, voilà à quoi ont assisté les 20000 spectateurs du stade Michel-d’Ornano de Caen, mieux accueillis que ceux du terrible cross du Haras du Pin, hier après-midi. Un public plus ou moins connaisseur, mais incroyablement fair-play et cosmopolite. Dans son chaudron, la Normandie a finalement célébré l’un des siens, le petit Opgun Louvo, né en 2002 au Molay-Littry dans le Calvados (Grand Prix avait vu juste en vous proposant le portrait du crack dans le dernier numéro de GP International, toujours disponible). Une belle, mais mince consolation pour la France. L’escouade tricolore a failli, échouant à la quatrième place à moins de cinq points du bronze, et Maxime Livio terminant cinquième en individuel, à un poil plus d’une barre du podium. Terriblement frustrant.

Les choses sérieuses ont commencé au vingt-quatrième des soixante départs de cette épreuve courue sur un parcours coté à 1,30m bien construit, mais hélas couplé à un temps imparti beaucoup trop long, ce qui a placé certains couples dans un trop grand confort. Pas de temps dépassé, donc, mais trois fautes pour Pascal Leroy et Minos de Pétra, malgré un départ plus vaillant qu’à Badminton et Aix-la-Chapelle. Le vertical sur bidet trois, la sortie du triple en huit et l’entrée du double en onze sont tombées. Aïe. Il n’y a pas encore de panique, puisque les trois meilleurs couples restent à venir dans cette bataille pour le bronze opposant la France à l’Australie et aux Pays-Bas.

Un temps éliminée par le jury du cross, hier, avant que son résultat ne soit bel et bien validé, Merel Blom, première des trois équipiers néerlandais, met les Bleus sous pression avec un magnifique sans-faute de Rumour Has It. Cédric Lyard doit lui répondre aussitôt. Hélas, les postérieurs de Cadeau du Roi effleurent un poil trop le vertical sept avant que le Pur-sang ne commette une faute plus franche sur la sortie du triple. Aïe, aïe. Shane Rose, lui, sort très vite l’Australie de la bataille en concédant six fautes sur un Taurus à bout de force.

Jean Teulère et Matelot, la faute de trop

Les 'Vestes bleues' comptent alors sur leur doyen, défaillant hier. L’ovation qu’il reçoit en entrant sur le rectangle de sable est si puissante que Matelot du Grand Val a de la peine à garder son calme. Ceci explique-t-il cela, le couple pousse le vertical numéro un, puis tutoie le trois avant de reprendre des couleurs. Malheureusement, le milieu de triple ne tient pas sur ses taquets. Aïe, aïe, aïe. La faute de trop sans aucun doute. Le public s’enflamme juste après au passage de Rodolphe Scherer et Makara de Montiège, auteurs d’un sans-faute sublime qu’Ivan, le père du cavalier, décédé mercredi soir, a sûrement apprécié vu du ciel. Intense émotion, encore une fois, et la vingtième place pour ce beau couple engagé en individuel.

Ingrid Klimke, elle, lance le cavalier seul germanique avec FRH Escada JS, incroyablement sûre et franche. Magnifique, impeccable. Sans leur refus sur le cross, les vice-championnes d’Europe se seraient encore hissées sur le podium individuel. Autre cavalière et autre jument, Elaine Pen et Vira, les lauréates du CICO 3* de Fontainebleau en début de saison, donnent un peu plus de corps à l’incroyable sensation néerlandaise grâce à un deuxième sans-faute. Les Pays-Bas, qui n’étaient jamais montés sur un podium mondial ou olympique par équipes, et une fois seulement lors de championnats d’Europe, arrachent définitivement ce bronze inattendu grâce au troisième clear round de Tim Lips et Keyflow.

Dans la bataille pour l’or,  Zara Phillips entretient le suspense avec un superbe sans-faute sur High Kingdom, assorti d’un tour d’honneur rageur. Kristina Cook tente de lui emboîter le pas, mais De Novo News fauche les verticaux trois et neuf, condamnant son équipe à l’argent.

William Fox-Pitt échoue encore

On entre alors dans le money-time. Engagé en individuel, l’Allemand Peter Thomsen prend la tête des opérations sans toucher de barre avec Horseware’s Barny. L’entrée du triple tombe au passage de l’Américain Boyd Martin et Shamwari 4. Le public exulte littéralement trois minutes plus tard lorsque Maxime Livio signe l’un des plus beaux sans-faute de l’après-midi avec un Qalao des Mers époustouflant. La France a perdu toute chance de médaille par équipes mais elle peut encore croire à une improbable breloque individuelle.

Le destin semble un instant vouloir sourire aux Bleus. D’abord, parce que le deuxième individuel allemand, Andreas Olstholt, après avoir franchi le triple par l’opération du saint esprit, échoue sur le vertical neuf et s’écrase sur l’oxer douze avec So Is Et. Ensuite, parce que la Belge Karin Donckers faute sur ce même douze après un tour parfait sur la belle et vaillante Fletcha van’t Verahof. Et enfin, parce que le Néo-Zélandais Andrew Nicholson et Nereo échouent de manière incroyable sur les oxers deux et dix. Le public y croit encore quand la seconde Kiwi, Jonelle Price, emmène le vertical sur bidet trois. Elle tutoie ensuite quatre obstacles, dont les deux éléments du double en onze, mais plus rien ne tombe. La chance a tourné.

Michael Jung livre alors une formidable leçon d’équitation sur une Rocana FST guère flamboyante sur ce test. Trois bonnes touches, mais les barres tiennent bon, là encore. Rien à signaler ni à déplorer pour Sandra Auffarth, merveilleuse avec un Opgun Louvo au sommet de son art. Le stade apprécie l’exploit à sa juste valeur. Il ne reste plus que le géant. William Fox-Pitt avait peut-être accompli le plus dur hier, déroulant un cross superbe avec un Chilli Morning parfois coquin sur le test de fond. L’étalon ne semble pas spécialement tendu dans ce stade en ébullition. Pourtant, il va renverser l’anodin oxer deux. Finalement en bronze, le numéro un mondial reste en quête de ce grand titre, et devra retenter sa chance dans quatre ans à Bromont. Sans doute pas avec Chilli Morning, qui aura dix-huit ans.

En 2018, Opgun Louvo, lui, aura seize ans, un âge qui permet à sa cavalière d’entretenir l’incroyable rêve de conserver son beau et grand titre. La France, quant à elle, devra encore muscler son jeu dans le grand concert des nations.

Au stade Michel-d’Ornano de Caen, Sébastien Roullier

 

Les résultats
Les résultats par équipes
Les résultats individuels

À lire également...

Réagissez