'PAS UN JUGE, PAS UN MENEUR N'Y CROYAIT ET POURTANT J'Y SUIS ARRIVÉ', BENJAMIN AILLAUD

Benjamin Aillaud a brillé le week-end dernier au mythique CAIO d'Aix-la-Chapelle. Photo DR FFE

Jeudi 24 juillet - 11h35 | parnl

'PAS UN JUGE, PAS UN MENEUR N'Y CROYAIT ET POURTANT J'Y SUIS ARRIVÉ', BENJAMIN AILLAUD

Après avoir fait une pause dans sa carrière de meneur de haut niveau en 2008, Benjamin Aillaud a fait son retour sur le devant de la scène depuis désormais deux ans. Reparti de rien, le Tricolore n'a depuis qu'un seul et unique objectif, se rendre aux Jeux équestres mondiaux FEI Alltech 2014 en Normandie. Alors que personne ne croyait à son projet, le meneur a façonné son attelage jusqu'à s'illustrer de la plus belle des manières le week-end dernier à Aix-la-Chapelle. Dans l'antre allemand, le Français a arraché deux victoires en maniabilité devant les meilleurs mondiaux et a terminé sixième du marathon. À peine rentré de son voyage en terres germaniques et déjà plongé dans l'organisation du festival Equestria, l'homme aux multiples casquettes a accepté de livrer ses impressions à GrandPrix-Replay.


GrandPrix-Replay : Comment avez-vous préparé le CAIO d’Aix-la-Chapelle ?

Benjamin Aillaud : Je me suis rendu à Lähden quinze jours avant. J'y ai également essayé d'autres chevaux. Mon idée était très claire, je voulais arriver à Aix-la-Chapelle avec des chevaux frais car il y avait six épreuves en cinq jours (deux de dressage, deux de maniabilité, le marathon et le Jump and Drive) de façon à ce qu'ils terminent la semaine sans peiner. Ce sont des jeunes chevaux qui ont débuté il y a peu donc il est important de ne pas aller au-delà de leurs capacités. J'ai été très satisfait puisqu'ils terminent en remportant la maniabilité par équipes après avoir déjà gagné l'autre et avoir fini sixièmes du marathon.

GP-R : En arrivant, pensiez-vous pouvoir réaliser de telles performances ?


B.A. : Avant de partir j'avais annoncé que je serais dans les dix premiers ! Je suis huitième donc c'est encore mieux. C’est le niveau de mon attelage actuellement. Si j'avais eu cinq points de moins lors du dressage je serais monté sur le podium.

GP-R : Que vous a-t-il manqué pour gagner ces cinq points ?


B.A. : J'avais fait le choix d'arriver avec des chevaux frais pour qu'ils ne souffrent pas des six épreuves ainsi lors du dressage ils étaient très voire trop vivants ! Ils bougeaient comme des seigneurs mais ont réalisé de petites erreurs de stabilité ou dans les arrêts dues à une trop grande fraîcheur. Les points se perdent vite. J'ai par exemple perdu trois points au pas ! En revanche les chevaux étaient extraordinaires. Avec des chevaux plus préparés pour le dressage au niveau de l'énergie et non de l'éducation, j'aurais pu facilement présenter de meilleures reprises.

GP-R : Vous remportez deux épreuves de maniabilité devant les meilleurs mondiaux, comment se sont déroulées ces épreuves ? Quel a été votre sentiment ?


B.A. : C'était assez génial ! J'avais décidé de dérouler la partition que les chevaux allaient me proposer. J'ai énormément reconnu, je suis un fou de reconnaissance. Nous réalisons avec Félix Marie Brasseur, l'entraîneur national, et Quentin Simonet, conseiller technique national, un travail très important à pied au niveau des trajectoires. Ils nous accompagnent énormément pour préparer la performance sur le terrain en nous montant les dispositifs à la détente et en nous proposant des manières optimales de mesurer la piste. Grâce à ça je n'ai plus qu'à me concentrer mes chevaux qui sont très volontaires. Nous avons fêté à Aix-la-Chapelle les deux ans de leur débourrage donc cette compétition était très symbolique. J'ai réussi le pari d'amener des chevaux aussi vite à ce niveau-là.

GP-R : Vous êtes sixième du marathon. Quels sont les points que vous auriez pu améliorer ?


B.A. : À aucun moment je ne suis à l'attaque ou je demande aux chevaux un effort supérieur à ce qu'ils me donnent. Je ne vais pas à la course aux secondes car ce sont celles-ci qui hypothèquent les chevaux. Ce n'était pas le but de cette compétition qui n'était qu'une préparation. Il y a juste sur l'obstacle huit, la dernière porte, où je n'ai pas demandé à un cheval de faire l'effort car je pensais qu'il avait assez donné et finalement la trajectoire était un peu compliquée. J'ai donc touché un poteau. Les chevaux ont été incroyables sur cette épreuve : très agréables, très fluides et très faciles.  Nous terminons sixièmes mais à seulement quatre secondes du deuxième. Si j'avais demandé un peu plus de galop en entrant ou en sortant j'aurais pu être plus haut dans le tableau.

GP-R : Par équipes la France termine quatrième. Que vous a-t-il manqué pour être sur le podium ?


B.A. : Il nous a manqué douze points ! Il y avait une équipe avec des forces mais des essais étaient encore à réaliser sur du haut niveau. Nous sommes en train de préparer la suite. Nous disposons d'une équipe de France qui peut être multi-facettes avec des très bons marathoniens, d'autres performants en maniabilité ou en dressage. Nous sommes très complémentaires. Le choix stratégique fera réellement la différence en Normandie.

GP-R : Comment avez-vous composé votre team ?

B.A. : J'étais aux États-Unis en 2008 pour faire des spectacles. Lorsque j'ai décidé de me préparer pour les Jeux, j'ai signé un accord avec l'Institut français du cheval et de l'équitation. Deux alternatives s'offraient à moi : soit je partais avec des jeunes chevaux qui n'avaient encore rien fait soit je choisissais des vieux chevaux avec de l'expérience. J'ai préféré former des jeunes chevaux à ma manière plutôt que de tenter d'acheter des plus âgés qui allaient être hors de prix et pleins de mauvaises habitudes. Tout le monde a alors dit que c'était impossible et que je n'avais aucune chance. Je crois que j'ai prouvé le contraire. Avec l'aide de plusieurs personnes nous avons cherché des chevaux de cinq ans minimum pour pouvoir commencé à travailler sérieusement et qui n'avaient pas été encore trop touchés. Aux Pays-Bas, nous avons trouvé un cheval qui bougeait bien, un délinquant avec un peu de caractère, un oublié au fond d'un pré, etc. Nous avons acheté au total douze chevaux avec Frédéric Bousquet, meneur français, et nous avons monté deux teams complets afin de recommencer la compétition en 2012. Aujourd'hui je n'ai que cinq chevaux en préparation pour les Jeux.

GP-R : Que vous reste-t-il à faire d’ici les Jeux ?


B.A. : Je vais tout d'abord essayer de ne pas abîmer mes chevaux et ensuite je vais caler un dressage plus proche ou en dessous de cinquante. Nous avons le potentiel de le faire et nous avons bien identifié ce que les juges souhaitaient. Nous allons jouer la partition qu'ils veulent voir. Nous avons fait cinquante-deux à Lähden il y a quinze jours donc c'est vraiment réalisable.

GP-R : Quel est votre objectif pour l'échéance normande ?


B.A. : J’ai compris que je n'étais pas loin du podium ce week-end alors que je n'avais pas mis toutes les chances de mon côté. Le résultat était quand même satisfaisant donc je pense que nous avons notre chance à Caen.

GP-R : Vous avez arrêté de mener en compétition, pourquoi ?


B.A. : J'ai pris la direction de la compagnie cavalière canadienne pour laquelle j'ai monté deux spectacles dont je m'occupe toujours aujourd'hui. J'avais créé un projet appelé les Écuries des Elfs blancs, dans lequel j'avais mis énormément d'énergie, et j'étais associé à quelqu'un. Nous avons finalement décidé de nous séparer au niveau de l'association et j'ai alors monté le show Odysseo qui comptait soixante-dix chevaux et cent quarante personnes. J'étais constamment en tournée je ne pouvais pas faire les deux. C'était bien de faire une pause, cela m'a permis de puiser de nouvelles idées pour entraîner mes chevaux et de prendre du recul. J'avais toujours dans l'idée de recommencer la compétition. Avant de partir en 2008 aux États-Unis, j'avais dit que je reviendrais courir les Jeux à Caen !

GP-R : Dans quel état d'esprit êtes-vous actuellement ?

B.A. : Monter un attelage à quatre est une expérience humaine exceptionnelle. Avant même de parler Jeux, ce que j'ai bâti depuis deux ans est incroyable. Il n'y avait pas un juge, pas un meneur qui y croyait et pourtant j'y suis arrivé. Je m'étais promis que lorsque je recommencerais la compétition je m'y mettrais à fond et réunirais toutes les meilleures conditions pour y arriver et aujourd'hui c'est ce que je fais. Nous sommes un groupe fantastique, réglé comme une écurie de Formule 1. Notre leitmotiv est de respecter les chevaux et les Hommes. Pour les Jeux, à partir du moment où avant de partir je suis déjà content je suis sûr que tout va bien se passer. Je n'ai plus grand-chose à prouver car il n'y a jamais eu un Français huitième à Aix-la-Chapelle. Je n'ai pas de pression. Je n'ai pas l'énergie pour ajouter du stress à mes diverses activités !

Propos recueillis par Marie de Pellegars-Malhortie

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