ILS RENDENT TOUS HOMMAGE À HUBERT BOURDY

Hubert Bourdy a connu un de ses plus grands succès en 1988 lors des Jeux olympiques de Séoul en terminant médaille de bronze par équipes avec Morgat. Photo Kit Houghton FEI

Dimanche 29 juin - 21h44 | Daphné G

ILS RENDENT TOUS HOMMAGE À HUBERT BOURDY

Aujourd’hui le monde équestre est endeuillé par la mort d’un des piliers de l’équitation française, Hubert Bourdy. L’homme a marqué de son empreinte ce milieu à travers ses nombreuses victoires au plus haut niveau, son don pour découvrir les talents, mais également par la personne qu’il était au quotidien. Certains de ceux qui ont croisé son chemin ont tenu à lui rendre un dernier hommage.


Marcel Rozier, entraîneur de l’équipe de France lors des débuts d’Hubert Bourdy : 'J’étais chef d’équipe à l’époque et il a donc débuté avec moi sous les couleurs tricolores. C’est un garçon que nous avions sélectionné dans l’écurie fédérale. Il a ainsi évolué avec des chevaux fédéraux durant de nombreuses années. C’était un super coéquipier avec énormément d’humour et de sang-froid. Il pouvait monter un grand championnat ou un concours national de la même manière, sans voir la différence ! Il avait également un très bon esprit d’équipe. Au quotidien, c’était un travailleur, qui aimait bien faire des affaires. Il n’hésitait pas à faire des kilomètres. Il était extrêmement volontaire autant dans la vie que dans le sport. Il a toujours voulu construire et il s’était d’ailleurs construit une magnifique propriété dans l’Ain. Tout le mérite était pour lui mais malheureusement il est parti trop vite. J’ai une anecdote sympa à raconter. À l’époque je recrutais quelques jeunes pour l’écurie fédérale à Fontainebleau et Michel Robert m’a dit qu’il connaissait un cavalier qui était très bien dans l’Ain. Je l’ai alors vu en concours et toute ma vie je m’en rappellerai. Il avait une veste qui arrivait aux genoux, les manches plus longues que ses bras, la clope au bec, et les cheveux longs. À l’époque le président de la fédération était Christian Legrez et il m’avait dit qu’il fallait simplement qu’il se coupe les cheveux et qu’il mette des gants pour monter à cheval !'


Thierry Pomel, coéquipier d’Hubert Bourdy durant plusieurs années et notamment lors des championnats d’Europe à Arnhem, aux Pays-Bas, en 2001 : 'J’ai fait partie de l’équipe de France aux côtés d’Hubert en 1996, 1997, 1998 et 2001. Il a toujours été un coéquipier exemplaire. Il était doué d’un talent extraordinaire ainsi que d’une analyse des parcours et de la compétition sans faille. Monter avec lui en équipe était presque facile. Nous nous entendions très bien et il nous conseillait toujours très justement. Lors des championnats du monde de 1998, alors que la France a été médaillée d’argent et que j’ai été vice-champion du monde en individuel, Hubert était cinquième de l’équipe. Durant cette compétition, il nous a accompagnés en tant qu’équipier modèle. Tout au long de sa carrière, il s’est toujours très bien entendu avec ses différents coéquipiers car il avait l’humour et le verbe facile. Il détendait l’atmosphère en voyant toujours le bon côté des choses. C’était très agréable. Sa carrière d’homme de cheval a été magnifique d’abord en tant que cavalier mais aussi en tant que marchand de chevaux. Il a décelé beaucoup de champions. Il était gonflé dans ses choix mais très déterminé. Il a découvert de nombreux talents. Il laissera réellement une empreinte dans le monde équestre. Ensemble nous avons remporté une finale de la Coupe des nations en 2004 et été dans de nombreuses équipes. Je garde une image très positive d’Hubert. C’était un grand homme de cheval mais surtout un super copain. Il a bouffé la vie par les deux bouts. Je crois que même s’il est parti trop tôt, sa vie a été d’une intensité incroyable.'


Frédéric Cottier, coéquipier d’Hubert Bourdy lors des Jeux olympiques de Séoul en 1988 : 'Nous nous étions un peu perdu de vue depuis que nous avions arrêté la compétition, qu’il habitait dans l’Ain et moi à Paris, mais ces derniers temps je l’ai vu assez régulièrement. D’abord lors de la finale de la Coupe du monde en avril à Lyon puis il y a trois semaines à Bourg-en-Bresse où nous avons passé quelques heures ensemble à se rappeler les souvenirs de l’époque. Il était optimiste tout en étant fataliste car il savait que ce qu’il avait était grave mais il voulait y croire et continuait à vivre comme un battant. Il a été un compagnon d’armes pendant des années puisque nous avons quand même participé aux Jeux olympiques ensemble, en 1988 à Séoul. C’est triste mais c’est le côté éphémère de la vie malheureusement… Nous avions un sens de l’humour et de la dérision très développé donc nous nous entendions très bien. Nous avons plus échangé en tant qu’amis qu’en tant que cavaliers. Nos sujets de discussion n’étaient pas les chevaux. Aucun de nous deux, comme Pierre Durand également, n’étions issus du monde équestre. Nous avions chacun fait des études et je pense que c’est ce qui a fait que nous parlions de pleins d’autres choses. Nous aimions bien sortir après les épreuves, rire, boire, manger et profiter ! Il était toujours positif et drôle. Nous avons passé de très bons moments ensemble lors des Jeux olympiques car nous n’avions qu’un seul cheval, ce qui nous laissait le temps de nous balader entre les jours de compétition. Il n’avait pas beaucoup besoin de dormir et moi non plus donc nous avions le temps de faire plein de choses. Je n’ai pas d’anecdotes particulières parce que j’en ai plein !'


Roger-Yves Bost, champion du monde par équipes à Stockholm avec Hubert Bourdy en 1990 : 'Je suis très triste. Hubert était quelqu’un que j’appréciais beaucoup. Lorsque je l’ai connu, il débutait avec les chevaux de la Fédération française d’équitation. C’était un bon vivant, un super coéquipier, un grand marchand de chevaux et surtout un excellent cavalier. Il était très fort techniquement, il pouvait s’adapter facilement à n’importe quel cheval. J’ai eu la chance d’avoir été sacré champion du monde par équipes à ses côtés, à Stockholm en 1990. C’était un grand moment ! Et puis j’ai participé à plein d’autres concours avec lui. Je me souviendrai toujours d’Hubert ! Il a réalisé beaucoup de choses dans l’excès, mais il allait toujours de l’avant. C’était un véritable battant. Cinquante-sept ans, c’est trop jeune pour tomber malade et mourir…'


Michel Robert, membre de l’équipe de France aux côtés d’Hubert Bourdy lors des Jeux olympiques de Séoul en 1988 et de Barcelone en 1992 : 'J’étais très proche d’Hubert, jusqu’au bout. Nous habitions à côté et puis ma femme est aussi son ex-femme. Il a vécu ses derniers instants dans le coma. Je considère sa mort comme une libération. Hubert a d’abord été un coéquipier plein d’humour. Il avait une vision des choses très différente de celle des autres cavaliers. Il se distinguait déjà par sa façon de monter à cheval. C’était était un très bon cavalier. Hubert avait une rigueur dans le travail des chevaux que peu de cavaliers possédaient à l’époque. Je me suis toujours inspiré de sa manière de monter les grands événements. Il avait une véritable intelligence du parcours et la volonté de gagner. J’ai vécu beaucoup de choses avec lui. Je me souviens surtout des Jeux olympiques de Séoul en 1988 desquels nous avions ramené avec brio la médaille de bronze par équipes ! J’ai mené ma carrière parallèlement à la sienne. En piste, nous avions toujours les mêmes préoccupations. Hubert a gagné plusieurs Grands Prix, comme celui de Bordeaux en 2005 avec Ève des Étisses, avec des chevaux qui n’avaient pas forcément toutes les qualités, mais il parvenait toujours à en tirer le meilleur. Je l’ai toujours admiré pour ça !'

Propos recueillis par Marie de Pellegars-Malhortie et Pauline Arnal

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