'RÊVEUR RESTE MON ATOUT MAJEUR POUR LES JEM', KEVIN STAUT

Le retour à la compétition de Rêveur de Hurtebise*HDC, ici à Genève, a pleinement satisfait Kevin Staut. L'alezan passera un premier vrai test à Bordeaux. Photo Scoopdyga

Mardi 04 février - 17h10 | Marie de Pellegars

'RÊVEUR RESTE MON ATOUT MAJEUR POUR LES JEM', KEVIN STAUT

Assuré de disputer la finale de la Coupe du monde de saut d'obstacles depuis l'étape de Leipzig, il y a onze jours, où Silvana*HDC a signé son premier sans-faute dans cette Ligue d'Europe de l'ouest 2013-2014, Kevin Staut peut envisager sereinement le printemps. Sixième en Allemagne, puis à nouveau à Zurich en Suisse, dimanche dernier avec Estoy Aqui de Muze*HDC, il pointe même en cinquième position du classement provisoire à quatre longueurs du Britannique Scott Brash et de Patrice Delaveau, son collègue d'écurie. Pas question de souffler pour autant, même s'il n'y a aucun CSI 5*, ni même de 4* programmé ce week-end. Le numéro onze mondial a engagé trois nouveaux chevaux au CSI 2* de Lier, en Belgique, où il a gardé de bonnes relations. Sur la route hier soir, il s'est prêté au jeu des questions-réponses.

GrandPrix-Replay.com : Bien que [Silvana]*HDC ne soit jamais apparue en difficulté depuis le début de la saison indoor, elle a bouclé ses cinq premiers Grands Prix Coupe du monde avec quatre points avant de vaincre enfin son signe indien à Leipzig. Avez-vous craint de ne pas vous qualifier pour la finale de Lyon?

[KEVIN STAUT] : Depuis un mois et demi (et les deux splendides victoires du couple dans le Petit Grand Prix, et surtout le Grand Prix du Gucci Paris Masters, ndlr), le moral est de retour, je ne suis pas tombé dans le défaitisme. C'était ennuyeux de mettre autant de temps à me qualifier pour la finale, surtout qu'elle a lieu en France. Je craignais un peu de devoir affronter les dernières étapes pour grappiller les points nécessaires. Il est toujours embêtant et inconfortable de devoir batailler jusqu'au bout et d'infliger le long voyage à Göteborg à son cheval de tête. Silvana souffle un peu. Après Bordeaux aussi. Elle disputera juste un ou deux concours avant la finale. C'est mieux pour optimiser ses chances de succès.

GPR. : Comment expliquez-vous cette série de petites fautes?

K.S. : Il ne s'agit absolument pas de défauts techniques, ou de fautes répétées dans des combinaisons. Il y a des périodes comme ça… Silvana a toujours été un peu anxieuse. J'ai l'impression que cette saison indoor est la première qu'elle ait abordée en ayant pleinement conscience de ses qualités et de sa capacité à boucler ces parcours sans faire trop d'efforts. Elle a encore progressé techniquement, elle est plus relax. Du coup, je pense que ce sont plus des fautes de relâchement qu'autre chose.

GPR. : Dès sa première tentative, [Estoy Aqui de Muze]*HDC vous a offert un sans-faute, dimanche dernier. À votre sortie de piste, vous avez parlé d'un beau combat de catch! Qu'avez-vous ressenti?

K.S. : J'étais surtout content. Normalement, l'indoor n'est vraiment pas son créneau, spécialement Zurich, où je l'avais déjà emmenée l'année dernière (elle avait concédé huit points dans le Grand Prix, ndlr). Mais quand elle est fraîche, comme ça, elle peut tout faire avec son grand cœur. Je l'ai emmenée à Zurich pour qu'elle ne reste pas plusieurs mois sans concours. Après le CSIO 5* de Calgary et le CSI 5* de Doha, je l'avais emmenée à Bâle, où elle avait déjà très bien sauté (quatre points dans les deux manches du Grand Prix pour un onzième place, ndlr). Je veux qu'elle puisse rester dans le coup. L'objectif pour elle est de participer à quelques Coupes des nations. Elle n'est pas très rapide, mais hyper régulière. L'année dernière, en quatre Coupes, elle n'a pas encaissé plus de quatre points (quatre et quatre à La Baule, quatre et zéro à Hickstead et Dublin, zéro et quatre à Calgary, ndlr). Je ne dois pas la brusquer dans les barrages, j'ai essayé dimanche, mais ce n'est pas son créneau. Stratégiquement, ce n'est pas très malin de ma part. Un double sans-faute aurait été une meilleure option. Il vaut mieux la préserver pour les Coupes des nations et quelques étapes du Global Champions Tour. Dans le GCT, quand on réussit un double sans-faute, on se retrouve généralement assez peu nombreux au barrage et donc plus près de la victoire qu'en Coupe du monde, où il y a parfois plus de douze barragistes.

GPR. : Ce week-end, vous avez engagé trois nouveaux chevaux au CSI 2* de Lier : Anisolde (KWPN, C Indoctro x Nimmerdor, propriété de CC Stud), Rivage de Poilley (Orlando x Mr Blue, propriété de Laurence Weiss) et Sunday Top (Crown Z x Ahorn, propriété de Renée Dwek). Quels objectifs poursuivez-vous avec eux?

K.S. : Anisolde m'a été confiée par un propriétaire suédois. C'est sa meilleure jument. Il veut essayer de voir si elle peut être lancée dans le grand sport. Les deux autres chevaux ont été confiés à Jump Five, à travers moi, par des propriétaires souhaitant les commercialiser. Cela montre que le concept fonctionne et que nos infrastructures séduisent de nouveaux propriétaires. Les gens nous font confiance. Pour l'instant, c'est plutôt moi qui monte ces chevaux, parce que Patrice n'a pas forcément envie d'alourdir son programme et d'en avoir trop à monter. Il dit que ce n'est plus de son âge d'aller s'amuser avec de nouveaux chevaux en permanence ! Moi, j'aime ça ! Ça permet de faire avancer notre structure et de découvrir de nouveaux talents. Sunday est une très, très bonne jument de huit ans. On va voir ce que cela va donner en piste. Rivage, qui était monté par Philippe Lazare, a terminé quatrième du Grand Prix CSI 2* de Lyon. Ce sont des chevaux qui ont du potentiel et qui arrivent à des âges intéressants. Pour Armand et Emmanuèle Perron-Pette, en tant que propriétaires de nos meilleurs chevaux et associés dans Jump Five, c'est positif aussi, car cela permet d'avoir des chevaux de qualité pour épauler les leurs et de faire vivre la structure si commerce il y a au bout du compte.

'Oh d'Éole est vraiment mon type de cheval'

GPR. : Le principe est identique pour [Oh d Eole] que vous a confié le haras de Hus. Qu'avez-vous ressenti lors de vos premiers parcours avec elle?

K.S. : La réflexion est identique, effectivement. Sincèrement, je l'aime beaucoup, beaucoup, beaucoup. Elle avait déjà été performante avec [McLain Ward], [Marc Bettinger] et [Michel Robert]. Elle a gagné avec eux trois. Elle a énormément de sensibilité, elle est guerrière. C'est vraiment mon style de cheval. Cela ne veut pas dire que nous allons réussir de grandes choses, mais je l'adore.

GPR. : Ne seriez-vous pas un peu tenté de la conserver?

K.S. : Cela ne dépend pas de moi ! (rire) Xavier Marie nous l'a vraiment confiée pour la vendre. Nous ne voulons pas retomber dans le système qui avait fini par nous séparer à l'époque, à savoir que je me retrouve tiraillé entre le sport et le commerce. Les choses ont été très claires dès le départ.

GPR. : [Ayade de Septon]*HDC (sBs, Wandor van de Mispelaere x Albion du Chêne Brule) a drôlement bien débuté l'année avec deux victoires et une deuxième place dans les épreuves Youngsters du CSI de Leipzig, réunissant les chevaux de sept et huit ans. Quel va être son programme cette saison ?

K.S. : Je vais progressivement l'engager dans des épreuves à 1,45m, puis 1,50m en fin de saison. Je l'emmènerai régulièrement en tant que deuxième ou troisième cheval. C'est une jument qui a toutes les qualités pour briller, elle est super respectueuse. Je veux vraiment prendre mon temps. Ayade peut devenir une petite star.

GPR. : [Reveur de Hurtebise]*HDC est enfin de retour depuis mi-décembre. Quel sentiment vous laissent ses premiers parcours à Genève, Malines et Zurich? Comptez-vous toujours sur lui pour les Jeux équestres mondiaux FEI Alltech?

K.S. : Physiquement, il est parfait. Il a envie de sauter, il est content d'aller en concours et de ressauter de petits parcours. Au bout du troisième concours à sauter de petites épreuves, il aurait pu un peu se négliger, compte tenu de son expérience, mais il est bien là. J'ai un très bon sentiment. Normalement, il devrait sauter sa première belle épreuve à Bordeaux, sans doute le Grand Prix de la ville. Après, l'idée est de monter en puissance pour arriver à être prêt pour les grands concours extérieurs. C'est lui que je voudrais monter aux Jeux mondiaux. À mon sens, il reste aujourd'hui mon atout majeur.

GPR. : Quel va être votre programme après le CSI 5*-W de Bordeaux ?

K.S. : J'emmènerai les nouveaux chevaux au Mans dans un CSI 1*. Ensuite, j'irai à Hong Kong et Göteborg, puis au Saut Hermès.

GPR. : Comment va votre dos ?

K.S. : Je continue mes exercices régulièrement et j'ai réussi à faire venir ma kiné américaine juste après Bordeaux. Tout va bien.

Propos recueillis par Sébastien Roullier

À lire également...

Réagissez