Jeudi 15 août - 19h41 | Léa Dall'Aglio

'IL NE S'AGIT PAS D'UNE RELÉGATION DE NOTRE SPORT'

La nouvelle, bien qu’elle date du mois de mai, a récemment refait surface : le Comité international olympique (CIO) a revu la composition de ses groupes de sports, classés par ordre de médiatisation à travers le monde, qui détermineront la redistribution des revenus générés par la vente des droits audiovisuels liés aux Jeux olympiques de Rio. Stupeur, l’équitation perd un rang, rétrogradée du groupe C au groupe D, ce qui signifie que moins de financements seront alloués à la discipline à l’issue des J.O. 2016 (lire ici).
Contacté par téléphone, le Secrétaire général de la Fédération équestre internationale, Ingmar De Vos, tient à remettre les choses à leur place en nuançant les nombreuses critiques formulées à l’encontre de cette décision du CIO, souvent basées sur des malentendus, tout en concédant qu’une partie de ce reclassement reste à éclairer afin de vérifier sa légitimité aux yeux du monde équestre.


 



GrandPrix-Replay : Le CIO a décidé de revoir ses catégories de sports, qui détermineront le montant des revenus réalloués après les Jeux olympiques de Rio, en 2016. Quand la FEI a-t-elle pris connaissance de ce nouveau classement ? En savez-vous plus sur ce qui a motivé cette décision ?


Ingmar De Vos : Le CIO a annoncé ces modifications à la fin du mois de mai, à Saint Petersburg, lors de la convention de SportAccord (groupement de fédérations internationales et d’associations diverses, pour « unir et encourager le sport », ndlr). Ce système de classement des fédérations en groupes, afin de répartir les bénéfices liés aux droits audiovisuels, a toujours existé, et les groupes tels qu’ils existaient avant ce changement du mois de mai avaient été établis il y a longtemps. Seulement, l’Association des fédérations internationales des Jeux olympiques d’été (ASOIF) a demandé au CIO, après Londres, de revoir la composition des groupes. Certaines fédérations n’étaient pas satisfaites de leur place au sein de ce système, sans doute parce qu’elles considéraient que le CIO ne leur attribuait pas suffisamment de revenus comparé aux autres.




GPR : Avez-vous été surpris de cette relégation de l’équitation du groupe C au groupe D ?


I. de V. : Tout d’abord, j’aimerais clarifier un point. Beaucoup de médias ont réagi à cette nouvelle en dénonçant une remise en question de l’équitation en tant que sport olympique, voire sport tout court. Je ne suis absolument pas d’accord avec cette terminologie de « relégation », et il faut être prudent lorsqu’on l’utilise dans ce cas précis. C’est aussi pour éviter ces malentendus que le président du CIO, Monsieur Jacques Rogge, a jugé nécessaire de clarifier certains points à la fin du mois de juillet. Beaucoup de gens pensent que ce classement établit une hiérarchie dans les sports et le programme olympiques, avec certaines disciplines plus importantes ou meilleures que d’autres. Jacques Rogge a explicitement démenti ces affirmations. Il faut bien rappeler que le seul et unique objectif des groupements utilisés par le CIO est de déterminer la redistribution des revenus télévisuels après la diffusion des Jeux olympiques, ces revenus étant générés par les différents sports, pour qui les chaînes achètent des droits.


Ensuite, ce passage de l’équitation du groupe C au groupe D s’explique par la méthodologie utilisée par le CIO aux fins de ce reclassement. Nous commençons à en saisir certains paramètres, qui nous sont expliqués au fur et à mesure par le Comité. La logique est la suivante : les revenus télévisuels sont, évidemment, générés par les chaînes nationales, qui achètent des droits de diffusion des J.O. au CIO, et ces achats sont directement liés aux nations et aux athlètes qui concourent dans chaque discipline. Soyons francs, dans la majorité des sports, les chaînes n’acquièrent de droits que pour les sports où leur pays participe. Par conséquent, il est évident que le nombre d’athlètes en compétition, fameux « quota » de chaque sport, détermine la hauteur de ces achats télévisuels. Or, en équitation, notre quota est de deux cent sportifs, alors que les autres disciplines peuvent parfois accueillir près de deux mille concurrents ! De plus, le format par équipes des Jeux olympiques d’équitation restreint ce quota, contrairement aux sports qui ne donnent lieu qu’à un classement individuel. Si vous ajoutez à cela le fait que nous avons trois disciplines, et que certaines nations se qualifient régulièrement pour les trois à la fois (l’Allemagne, la Grande-Bretagne…), alors ce n’est déjà pas mal de finir avec quarante pays engagés dans les Jeux ! Mais à côté de cela, d’autres sports en impliquent deux cent, et génèrent ainsi davantage de revenus télévisuels. S’il s’agit effectivement de la logique utilisée par le CIO pour revoir ses groupes, et c’est le cas d’après nos dernières informations, alors nous ne sommes pas surpris du résultat, non.




GPR : Pensez-vous que la méthode utilisée par le CIO pour modifier ses groupes de redistribution est juste vis-à-vis des sports équestres ?


I. de V. : Il est encore un peu tôt pour le dire. L’intégralité des paramètres de classement ne nous a pas encore été expliquée, et elle est très technique, donc nous continuons à requérir plus de clarifications auprès du CIO. À vrai dire, avec tout le respect que nous devons aux efforts du Comité pour aboutir à un classement juste, nous craignons qu’il n’ait quelque peu négligé certains aspects que je viens d’évoquer. Tous les sports olympiques ne sont pas comparables, et nous n’avons effectivement pas la possibilité de mettre en jeu autant de concurrents que, par exemple, l’athlétisme, tout simplement parce que ces deux sports n’ont pas le même format. Si cette nouvelle répartition est basée sur le nombre de sportifs impliqués dans chaque discipline, alors non, ce n’est pas juste. Mais il faut rappeler que ces nouveaux groupes restent un premier jet, les Jeux de Rio ne sont que dans trois ans ! Jusqu’à maintenant, l’ASOIF n’a pas indiqué si, et dans quelle mesure, elle allait se servir de ces groupes pour redistribuer les revenus audiovisuels en 2016. Ce changement va donner lieu à de nombreuses discussions, qui déboucheront elles-mêmes sur une décision plus définitive en 2014, voire 2015. Je ne suis pas inquiet pour l’équitation : aux Jeux olympiques de Londres, nous avons battu tous nos records de popularité et le stade qui nous était réservé était le deuxième plus grand en capacité de spectateurs ! J’ai entièrement confiance en la force, la performance et l’égalité de notre sport au sein du programme olympique, tout comme en-dehors de ce programme. Néanmoins, s’il s’avérait qu’aucune correction n’a été apportée au nouveau système pour tenir compte des spécificités de chaque sport, nous élèverons la voix pour que le classement soit revu.




GPR : Comment prévoyez-vous d’organiser la discussion avec le CIO, concernant ce sujet précis, d’ici les prochains Jeux ?


I. de V. : Le processus de discussion est déjà en route, nous requérons davantage d’explications sur la méthodologie utilisée par le CIO pour ce reclassement, et nous recevons et étudions progressivement ces clarifications. Ce n’est pas quelque chose que nous ferons en une nuit ! Nous tenons à rester dans les canaux d’information officiels, et le processus envisagé jusque-là est tout à fait classique. Nous espérons rencontrer l’ASOIF dans les semaines ou mois à venir, mais à ce stade-là rien ne presse. Une véritable décision sera prise, au plus tôt, au printemps 2014. Même après cette conclusion, nous continuerons à rencontrer les représentants de l’ASOIF. Nous ne sommes absolument pas anxieux, mais travaillons à clarifier les choses, prendre du recul afin d’examiner les nouveaux groupes sous tous leurs angles. À l’heure actuelle, il nous paraît tout à fait évident que si la méthode « le sport qui met en jeu le plus d’athlètes et/ou de nations repart avec le plus d’argent » est appliquée, nous terminerons effectivement dans les groupes les plus bas du classement. La question de notre satisfaction vis-à-vis d’une telle méthode, en revanche, relève d’une autre discussion.




Propos recueillis par Claire Jankowiak

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