Vendredi 26 juillet - 23h55 | Sébastien Roullier

'JE VISAIS LA MÉDAILLE DE BRONZE', CAMILLE CONDÉ-FERREIRA


Camille est un sacré phénomène. À quatorze ans, elle est déjà vice-championne du monde Enfants à Mexico en février dernier, après des débuts très prometteurs à Hong Kong où elle avait pris une belle quatrième place début 2012. Aux derniers championnats d’Europe de Vejer, l’équipe de Camille s’est imposée et la cavalière est rentrée avec une médaille de bronze en individuel.
Contactée par téléphone à son retour d’Andalousie, [Camille Condé-Ferreira] revient sur cette extraordinaire expérience en équipe de France, le décollage de sa carrière et les chevaux qui l’accompagnent.




GrandPrix-Replay.com : L’ambiance à Vejer était sans doute assez différente de celle des grandes échéances que vous avez vécues, comme Hong Kong ou Mexico. Qu’en avez-vous pensé ?


Camille Condé-Ferreira : Effectivement ce n’est pas du tout la même chose, ce sont des championnats d’Europe. Du coup, je connaissais déjà pas mal de monde, et puis il faut dire qu’à Vejer j’étais aussi avec les cinq Français. Dans cette compétition, c’était vraiment l’esprit "équipe de France" qui a prédominé, on a fonctionné tous ensemble. Je pense que j’ai préféré cette configuration à celle des championnats du monde. En plus, à Vejer, nous avions nos propres chevaux, contrairement à Mexico par exemple où on m’avait attribué une monture (Black Jumper, ndlr). C’est différent, mais c’est aussi appréciable d’aller aux championnats avec son cheval à soi.



GPR : Vous étiez vue par beaucoup comme la meneuse de cette équipe. Votre entraîneur Olivier Bost vous a-t-il un peu attribué cette casquette ?


C. C.-F. : (rires) C’est vrai, Olivier n’arrêtait pas de dire que c’était moi, la chef d’équipe ! Mais ça n’impliquait pas non plus que j’aille voir les autres Français après leurs parcours pour leur dire : "Alors là, tu aurais dû faire ça, changer ça…". J’étais celle qui avait le plus d’expérience dans l’équipe, c’est vrai. Mais ça n’a pas impliqué de vraies responsabilités vis-à-vis des autres en-dehors du soutien normal à leur apporter !



GPR : À Vejer, vous montiez une nouvelle jument, [Pirole de la Chatre]. Vous n’êtes ensemble que depuis le début de l’année ! Ç’a été le coup de foudre !


C. C.-F. : En fait, on connaît la propriétaire de Pirole (Catherine Teulières, ndlr) depuis très longtemps. Au cours d’un repas tous ensemble, elle nous a un peu parlé de la jument qui s’est vraiment montrée qualiteuse assez tôt. Nous étions très intéressés, mais en théorie la jument était déjà vendue. Sa propriétaire est revenue sur sa décision après notre premier concours ensemble, qui s’est vraiment très bien passé ! Catherine s’est dit que ce serait plus judicieux de la garder, d’autant plus que la jument a un très bon papier (Flipper d’Elle*HN x Prince Ig’or, ndlr), dans la perspective des championnats Europe par exemple. Nous avons récupéré la jument le 30 décembre 2012, sans l’acheter. C’est maintenant celle que je préfère dans mon piquet de chevaux, même si c’est difficile de la comparer avec [Juke Box du Buhot] qui est mon poney depuis longtemps !



GPR : À la toute fin de la Coupe des nations de Vejer, vous deviez finir sans faute pour que votre équipe soit sacrée championne d’Europe. Comment avez-vous vécu la pression ?


C. C.-F. : C’est vrai qu’un peu avant d’entrer en piste, je ne savais pas du tout où on en était. Rapidement, on m’a dit : "Si l’Irlande est sans faute et toi aussi, vous barrez, par contre si l’Irlande lâche quatre points et qu’ensuite tu sors sans faute, vous gagnez". Juste avant que j’entre en piste, l’Irlande a fait tomber la dernière barre du parcours… Et là, je savais ce que j’avais à faire. Du coup, je n’ai pas accompli un très beau parcours parce que je voulais sécuriser. Je me redressais très tôt dans les lignes, j’étais un peu forte avec la jument… Je n’avais pas trop le choix, je crois. Je sors sans faute, mais ce n’était pas le plus beau parcours de ma vie (rires). En fait, c’est un championnat que j’ai bien vécu, assez facilement, je passais mon temps à rire ! Je me faisais d’ailleurs gronder par Olivier (Bost, ndlr), qui ne me trouvait pas concentrée, mais je lui répondais que ça ne servait à rien que je me mette dans ma bulle pour ensuite stresser et perdre mes moyens sur le parcours. Du coup, au paddock, je n’arrêtais pas de rire, d’embêter Olivier… Mais honnêtement, si j’étais restée dans mon coin, à trop réfléchir, je pense nous n’aurions pas été championnes d’Europe.



GPR : Au regard de votre carrière à poney et à cheval, comment considérez-vous cette expérience en Andalousie ?


C. C.-F. : Je pense que la Coupe des nations reste ma plus belle victoire. En individuel, franchement, je ne me suis pas foulée (rires). Je savais que j’avais une médaille par équipes, je ne me suis pas donnée à fond. Personnellement, même si ce n’est pas très logique ni très commun, je visais la médaille de bronze parce que c’était la seule qui me manquait en FEI ! Maintenant, j’ai les trois, c’est parfait. (rires)
Pour revenir sur l’épreuve par équipes, c’est quand même bien particulier. Nous nous entendions très bien tous les cinq ([Laura Klein], [Nina Mallevay], [Marine Gautherat] et [Antoine Drinka], ce dernier n’ayant finalement pas été intégré à l’équipe mais présent à Vejer, ndlr). Au stage de préparation de Fontainebleau, même si ce n’était pas vraiment l’heure de faire la fête, nous avons trouvé le temps de nous éclater à la piscine et de faire du karting ! À Vejer, nous étions une équipe solide, nous fonctionnions vraiment tous ensemble. J’étais presque plus stressée pour les autres que pour moi, à vrai dire. Et puis je connais Olivier (Bost, ndlr) depuis longtemps, nous nous entendons extrêmement bien et ç’a été le cas aux championnats aussi.



GPR : À vos yeux, une victoire par équipes a-t-elle plus de valeur qu’une victoire en individuel ?


C. C.-F. : Je ne sais pas trop. Ce sont vraiment deux choses bien séparées dans ma tête. En équipe, on se dit qu’on n’a pas le droit de décevoir, on est obligé de bien faire. Il ne faut pas jouer perso, sinon c’est fichu. L’individuel, en revanche, c’est chacun pour soi et ça se voyait bien chez les Enfants à Vejer…



GPR : On ne vous verra pas aux championnats d’Europe Poney, quels sont vos projets pour l’année à venir ?


C. C.-F. : En fait, au niveau des règlements de la Fédération, je n’ai pas le droit de disputer deux championnats d’Europe la même année. Nous en avons discuté avec Olivier, qui pensait que j’avais plus de chances au niveau Enfants même si [Pumkins Pondi] est un très bon poney. Il ne s’est pas trompé !
L’année prochaine, je compte passer les sélections Junior, essayer de prendre un maximum d’expérience et de participer aux championnats d’Europe Poney 2014 pour bien me préparer au niveau Junior.





Propos recueillis par Claire Jankowiak

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