FORTS SOUPÇONS DE MALTRAITANCE DANS UN ÉLEVAGE DE LIPIZZANS

Ces stabulations hébergeaient une centaines de Lipizzans, notamment des juments, très probablement destinées à la production laitière. Photo Patrick Crasnier

Dimanche 21 avril - 12h42 | Sébastien Roullier

FORTS SOUPÇONS DE MALTRAITANCE DANS UN ÉLEVAGE DE LIPIZZANS

Un scandale couve autour d’un élevage de Lipizzans, visiblement destiné à la production laitière, dans le Tarn-et-Garonne. D’après les constatations de la direction départementale des services vétérinaires du Tarn-et-Garonne, une centaine de juments, ainsi que leurs poulains, parqués dans de grandes stabulations, auraient été victimes de négligence et de maltraitance. Une enquête est en cours.


 
Après avoir connu ses heures de gloire, à travers l’attelage et le spectacle équestre, le centre équestre des Elfes Blancs, situé à Réalville, dans le Tarn-et-Garonne, est aujourd’hui au cœur d’un scandale qui n’a sans doute pas fini d’alimenter la rubrique des faits divers. Club affilié à la Fédération française d’équitation, agréé par les ministères de la Jeunesse et des Sports et de l’Éducation Nationale, comme sport-études équitation, la structure dirigée par Jean-Claude Olivier abrite aussi un élevage de Lipizzans, dont le nombre total de chevaux, juments et poulains, dépasserait la centaine, sans que le nombre exact ne soit réellement connu.
Bien que de nombreuses personnes aient visiblement été témoins de ce qu’il s’y passerait depuis assez longtemps, peu ont parlé, l’ensemble des salariés et des propriétaires de cet établissement craignant peut-être pour leur emploi ou leurs intérêts. Des bruits couraient, en particulier sur les conditions de travail, mais aucun salarié, actuel ou ancien, n’avait accepté d’en témoigner publiquement.
Cette fois, des faits, des faits graves auraient été constatés par la direction départementale des services vétérinaires (DDSV) du Tarn-et-Garonne, déliant ainsi quelques langues. Tout serait parti d’un signalement effectué auprès de la Gendarmerie Nationale par une stagiaire en brevet professionnel agricole, très traumatisée par ce à quoi elle venait, selon elle, d’assister : "l’euthanasie", par le directeur, à l’aide d’un marteau, d’une jument blessée, qui aurait ensuite été saignée avec un couteau. Plusieurs autres stagiaires, témoins de l’horreur, auraient décidé de parler.

 
Un projet de laiterie de juments

 
À la suite de leurs constatations, les services de la DDSV, envoyés sur place, ont demandé au Centre d’hébergement et de protection pour équidés maltraités (CHEM) de recueillir quelques juments mal en point, et ont immédiatement saisi le parquet de Montauban. Une enquête est actuellement diligentée afin de déterminer la portée des faits, les circonstances ainsi que les éventuelles responsabilités. Les premiers éléments font état d’une mortalité importante. Certains témoignages évoquent des chevaux enterrés sur place, au mépris des règles d’équarrissage, et surtout des stabulations surchargées et ne faisant l’objet d’aucun entretien, sans parler de détails absolument sordides et indignes.
Le propriétaire des lieux, qui bénéficie bien entendu de la présomption d’innocence, se défend notamment en expliquant "qu’euthanasier une jument à l’aide d’une masse permet d’éviter que la jument souffre. J’aime les chevaux et j’ai investi beaucoup d’argent dans cette affaire." L’affaire de Jean-Claude Olivier, issu de la grande distribution, serait une laiterie, le lait de jument ayant le vent en poupe et se vendant apparemment à des prix très intéressants. L’homme aurait sollicité le ministère de l’Agriculture à travers une demande de subventions françaises et européenne. Le dossier serait actuellement au point mort.
Plusieurs associations ont l’intention de déposer plainte et de se constituer partie civile lors d’un éventuel procès. On n’a sans doute pas fini d’entendre parler de cette triste affaire.

 
Patrick Crasnier
 

 
Lire également ici le témoignage de Clémence Pontois, responsable administrative, comptable et cavalière des écuries des Elfes Blancs.

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