«ON NE PEUT TRAVAILLER QU'AVEC DES GENS QUI SE PRENNENT EN MAIN», SERGE LECOMTE

Serge Lecomte, président de la FFE, lors des Jeux olympiques de Londres. Crédit Scoopdyga

Mardi 22 janvier - 16h52 | Lea23

«ON NE PEUT TRAVAILLER QU'AVEC DES GENS QUI SE PRENNENT EN MAIN», SERGE LECOMTE

Mis en cause et appelé à la concertation ce matin dans une lettre ouverte signée par quatre-vingt-neuf cavaliers de concours complet français (lire ici), le président de la Fédération française d’équitation (FFE), Serge Lecomte, a d'abord publié une courte réponse, résumant le fond de sa pensée (lire ici), avant de répondre ce soir en exclusivité aux questions de GrandPrix-Replay.


 
GrandPrix-Replay.com : Comment avez-vous réagi ce matin à la publication de cette lettre ouverte?
Serge Lecomte : À vrai dire, j’ai été un peu surpris. Cette lettre ne recouvre pas de vérités. Bien au contraire. Elle fait état de non-dits qui n’ont jamais existés. Depuis le mois de septembre, j’ai beaucoup consulté de cavaliers, de propriétaires, de personnalités reconnues et de gens intéressants pour leur présenter notre projet sportif et échanger avec eux. Tous n’étaient d’ailleurs pas des candidats potentiels à des postes, contrairement à ce que j’ai pu lire. Il ne faut donc pas en déduire, comme le dit cette lettre, que personne ne veut travailler avec la FFE.

 
GPR. : Vous avez tout de même dû faire face au départ de Laurent Bousquet, ce qui a visiblement ému et déçu de nombreux cavaliers de complet.
S.L. : Laurent Bousquet arrivait en fin de contrat en mars 2013. Sa reconduction, comme celle des sélectionneurs et entraîneurs des autres disciplines, n’était de toute façon pas actée.

 
GPR. : Il dit vous avoir présenté un projet sur quatre ans et ne pas avoir obtenu votre approbation. Il vous reproche de ne pas voir au-delà des Jeux équestres mondiaux de Normandie 2014…
S.L. : Le projet sportif de la FFE, qui sera prochainement présenté dans son ensemble et avec les personnes chargées de le conduire, a effectivement pour objectif principal de conquérir des médailles, d’abord dans dix-huit mois aux JEM, parce que si on n’est pas en haut de l’affiche, le travail de fond ne sert à rien. Ce travail de fond dans le complet, largement soutenu par la FFE depuis des années, n’a pas permis de briller à Londres. Il nous faut nous concentrer sur l’objectif 2014. On me reproche de ne pas voir au-delà? On m’a assez souvent reproché le contraire. Franchement, on ne peut pas voir à deux ans sans voir le reste, c’est absurde. Nous continuerons d’ailleurs notre travail d’animation et d’organisation destages.

 
GPR. : Comment expliquez-vous la baisse de niveau du concours complet français et le spleen qui l’a envahi? La FFE ne peut-elle pas en faire plus pour relever cette discipline en crise?
S.L. : Il est de plus en plus dur pour la France de briller en concours complet, d’abord parce que l’État s’est massivement désengagé de cette discipline, à l’exception de l’École nationale d’équitation. Il n’y a pas si longtemps, les militaires avaient la mainmise sur le CCE. Il est certain que l’arrivée de riches amateurs, qui peuvent se consacrer pleinement au sport, n’a pas non plus favorisé cette situation. Aujourd’hui, la plupart des cavaliers doivent vivre de ce sport à travers le commerce, le coaching ou bien briller suffisamment jeunes et décrocher des titres pour se construire un palmarès et un renom leur permettant de bien s’insérer. Notre rôle est d’aider à l’amélioration de la performance. Les cavaliers français doivent réussir à trouver un modèle économique leur permettant à la fois de pouvoir vivre et de pouvoir concourir au plus haut niveau. Heureusement que les militaires sont encore un peu là pour tirer la discipline vers le haut. La FFE, elle, n’a pas les moyens de faire de l’assistanat, d’autant que l'enveloppe de l’État fond comme neige au soleil. On ne peut pas attendre de la FFE qu’elle paie tous les déplacements des uns et des autres aux quatre coins de l’Europe. L’enveloppe globale se réduit. Notre budget est en baisse de huit à dix pour cent, les aides de l’État en baisse de vingt pour cent. Sans parler des effets à venir de la hausse du taux de TVA et de la réforme des temps scolaires…

 
GPR. : Les signataires de la lettre vous reprochent l’absence d’un vrai débriefing post-olympique.
S.L. : Il y a pourtant eu un débriefing avec les cavaliers de CCE, comme avec ceux de CSO. Le problème, c’est qu’ils ont essentiellement exposé leurs problèmes économiques au lieu d’évoquer les vrais problèmes sportifs. S’ils consacrent tout leur temps à gérer leurs établissements équestres au lieu de monter à cheval… On ne peut travailler qu’avec des gens qui se prennent en main. D’ailleurs, dans cette lettre, il n’y a pas la moindre proposition.

 
GPR. : Que préconisez-vous pour sortir de ce marasme et remporter des médailles?
S.L. : L’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE) nous demande régulièrement ce qu’il peut faire pour nous aider. Je crois qu’il lui faudrait idéalement recruter quatre ou cinq cavaliers de haut niveau en tant qu’écuyers et quatre à cinq jeunes espoirs pendant deux ou trois ans pour leur faire travailler leurs fondamentaux et les entraîner à marche forcée sur le voie du progrès. Nous sommes actuellement en discussion, cela prend du temps.

 
GPR. : Jean-Maurice Bonneau ayant décliné votre offre de poste de directeur des équipes de France, êtes-vous toujours à la recherche d’un candidat?
S.L. : Tous les choix ne sont pas encore arrêtés. J’ai souhaité engager Jean-Maurice Bonneau pour ses capacités de meneur d’hommes, de chef, son expérience olympique, son excellente intégration à la FEI, sa pratique de l’anglais, sa disponibilité et son absence d’implication dans le commerce de chevaux. J’ai passé trois mois à défendre cette idée auprès de tous et en premier lieu des cavaliers, qui n’étaient pas tous très enthousiastes. Je pensais être parvenu à un bon accord mais Jean-Maurice en a décidé autrement. Il a utilisé cela pour faire de la surenchère dans le cadre de la renégociation de son contrat avec le Brésil, c’est son droit. Je n’ai pas trouvé d’autre homme pour ce poste. Je suis toujours à la recherche mais la FFE ne va pas engager quelqu’un pour engager quelqu’un. Contrairement à ce qui est écrit dans la lettre, je n’ai d’ailleurs jamais vraiment proposé le poste à Laurent Bousquet.

 
GPR. : Avez-vous un temps pensé à remplacer votre directeur technique national, Pascal Dubois, objet de tant de critiques?
S.L. : Toute notre politique de haut niveau a été remise en question et réfléchie. Si Jean-Maurice Bonneau avait accepté le poste de directeur des équipes de France, sans doute ce sujet ne serait-il plus sur la table. C’est comme ça. Je pense que le désamour envers le DTN, qui a toujours beaucoup soutenu le complet, vient du fait qu’il a toujours tenu un langage de vérité, notamment en ce qui concerne les aides financières.

 
GPR. : Le haut niveau restera donc encadré discipline par discipline, sous la responsabilité de la direction technique nationale. Les choses semblent quasiment actées pour le dressage (lire ici). Pour le complet, Thierry Touzaint reprendra-t-il bien le poste de sélectionneur ? Et quid du CSO ? On parle d’Éric Levallois au poste de sélectionneur…
S.L. : Rien n’est encore définitivement acté mais cela semble effectivement très bien engagé pour le dressage et le complet. En ce qui concerne le CSO, nous avons décidé de conserver Henk Nooren en tant qu’entraîneur et sommes toujours à la recherche d’un sélectionneur. Rien n’est encore totalement décidé. Ce pourrait être Éric Levallois mais d’autres candidats, français, sont encore sur les rangs.

 
GPR. : On vous reproche plus généralement d’accorder davantage d’argent, d’énergie et d’intérêt à Lamotte-Beuvron, à l’Open de France et au fameux Guiness des records qu’au sport de haut niveau et de vous tourner davantage vers les clubs, qui constituent la plus grande partie du corps électoral de la FFE. Que répondez-vous à cela?
S.L. : C’est simple : je ne marche pas à cloche-pied. Je marche sur deux jambes : le haut niveau et le développement. L’un ne va pas sans l’autre, c’est comme ça. J’entends depuis toujours : "Il n’aime pas le sport, il ne nous aime pas." Me demande-t-on si j’aime le cheval? Le sport fait partie de ma vie et de ma mission. Je veux que la FFE gagne sur tous les terrains. L’élection, c’est une chose, la conduite de la Fédération en est une autre. Rien ne peut montrer que j’ai fait moins d’efforts que mes prédécesseurs pour le haut niveau. Et puis, il faut être honnête et cohérent et ne pas oublier que la plupart de ces cavaliers de haut niveau, notamment en CCE, sont passés plus jeunes par Lamotte et le poney.

 
Propos recueillis par Sébastien Roullier

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