«JE VOUDRAIS BIEN RESTER ENTRAINEUR DE L'EQUIPE DE FRANCE», HENK NOOREN

Henk Nooren prend sa part de responsabilité dans l'échec de l'équipe de France de CSO aux Jeux olympiques de Londres. Crédit Scoopdyga

Mercredi 10 octobre - 11h32 | Sébastien Roullier

«JE VOUDRAIS BIEN RESTER ENTRAINEUR DE L'EQUIPE DE FRANCE», HENK NOOREN

Quelques jours après la fin des débriefings olympiques, au lendemain de la publication de la longue interview-bilan du président Serge Lecomte (lire les meilleurs extraits ici), à quelques jours de l’ouverture de la Coupe du monde et en plein Master Pro (avant la finale Pro Élite), Henk Nooren s’est volontiers prêté au jeu des questions-réponses, dimanche dernier dans les tribunes ensoleillées du Grand Parquet de Fontainebleau. Sélectionneur et entraîneur de l’équipe de France de saut d’obstacles jusqu’au 31 décembre, le Néerlandais prend sa part de l’échec londonien tout en montrant un visage détendu et résolument tourné vers l’avenir.

 
GrandPrix-Replay.com : Êtes-vous satisfait de ce que vous avez vu au Master Pro?
Henk Nooren : Oui. Ce matin (dimanche matin), nous avons vu la finale Pro 1 avec un très bon niveau, de très bons cavaliers et chevaux. Ce que nous avons vu en Pro Élite hier est intéressant avec une douzaine de bonnes performances. La chasse était une belle épreuve, pas exagérée, mais qui demandait de bien monter et au cheval de bien sauter.
 
GPR. : Pouvez-vous vous satisfaire de ne pas voir à Fontainebleau de nombreux piliers de l’équipe de France?
H.N. : En ce qui me concerne, personnellement, ce n’est pas grave de ne pas les voir ici parce que je les vois tellement de fois dans l’année, presque chaque semaine, que je peux vivre sans eux un week-end, non ? (rire). Mais c’est toujours un peu dommage pour un championnat, et spécialement pour le public, que les meilleurs ne soient pas là. D’un autre côté, on doit aussi avoir en tête que leur programme est tellement chargé : ils sont en concours cinquante semaines par an. Ils répondent toujours présent dès que nous les sollicitons pour l’équipe de France. Maintenant, entre deux Global Champions Tour (Lausanne et Vienne, ndlr) et le gros concours de Rio la semaine prochaine, ils se reposent, je les pardonne. Sophie (Dubourg, la directrice technique nationale adjointe chargée du CSO à la FFE), elle, est un peu moins coulante que moi (rire).
 
GPR. : N’auraient-ils pas pu venir, au cas par cas, avec un deuxième ou un troisième cheval?
H.N. : C’est vrai mais j’ai vraiment ressenti que certains avaient besoin de souffler un week-end. Ils n’ont pas arrêté depuis le début de l’année et vont sans doute enchaîner jusqu’à Noël. Ils nous ont demandé d’avoir un week-end pour eux et je les comprends très bien. Et mon rôle n’est heureusement pas de faire la police.
 
GPR. : Quel bilan tirez-vous à froid des Jeux olympiques? Avec le recul, où la France a d’après vous péché?
H.N. : Nous avons essayé de penser à tout. La seule chose à laquelle nous n’avons pas assez pensé était qu’il s’agissait pour les quatre cavaliers de leurs premiers JO. C’est quelque chose que je prends sur moi. Nous n’avons pas été assez présents, nous aurions dû insister davantage là-dessus. La rupture de l’ardillon de la rêne de [Simon Delestre], en ouverture de la seconde partie de l’épreuve après les excellentes performances des Britanniques, des Saoudiens et des Mexicains, qui nous mettaient déjà sous pression, ont mis l’équipe en difficulté mais justement, il faut être assez fort mentalement quand des événements comme ceux-là surviennent. Nous avons d’ailleurs besoin de travailler avec un préparateur mental. C’est comme ça que j’ai fonctionné avec les autres équipes mais, jusqu’ici, la France me paraissait tellement forte… et les cavaliers n’en voyaient pas le besoin. Il faut dire qu’à Lexington et davantage encore l’an passé à Madrid, ils ont fait preuve d’un mental incroyable pour remporter leurs médailles d’argent. Nous aurions peut-être aussi dû demander aux cavaliers, qui étaient en stage chez moi en Belgique, de défiler lors de la cérémonie d’ouverture pour qu’ils s’imprègnent de l’ambiance et prennent la mesure de l’importance de l’événement.
 
«Les responsables fédéraux sont en train de négocier et de parler beaucoup à gauche, à droite»
 
GPR. : N’avez-vous pas fait votre sélection trop tôt et sans instiller assez de concurrence entre les cavaliers?
H.N. : On peut toujours discuter mais, par exemple, je n’aurais pas pu reproduire l’exemple des Britanniques, même s’ils ont gagné la médaille d’or au final. Les cavaliers ont été mis dans la difficulté pour la difficulté, même si à la fin, c’était bien. Il fallait bien sûr se baser sur un groupe capable de bien faire aux Jeux olympiques. Nous avons commencé à huit ou neuf puis nous avons éliminé au fur et à mesure pour arriver à six puis cinq après le forfait de [Patrice Delaveau] et [Orient Express]*HDC. Je pense que la méthode était juste.
 
GPR. : Vos cavaliers n’ont-ils pas privilégié le style à l’efficacité? Et n’en seriez-vous pas le responsable ?
H.N. : (Sophie Dubourg coupe : "Ils ont été aussi stylistes avant et après les Jeux et ça ne les a pas empêchés de gagner de belles épreuves") Peut-être, de temps en temps, c’est possible. C’est aussi le cas de [Marcus Ehning] (également entraîné par Henk Nooren, ndlr). Je le lui rappelle assez souvent : "M. Ehning, le plus important, c’est le résultat". On peut mourir un peu dans un style mais ça dépend des personnes. J’en ai aussi parlé à Kevin, après qu’il soit devenu numéro un mondial. Je lui ai dit : "Kevin, tu es à cette place pour tes résultats réguliers. Et encore, tu ne gagnes presque pas assez de Grands Prix. Maintenant, il vaut mieux jouer le résultat. Un dimanche, tu seras en dehors des points et le suivant, tu gagneras." Mais bon, avec notre méthode, comme le dit Sophie, les Français ont gagné avant et après les Jeux. Ils auraient donc pu gagner ces Jeux !
 
GPR. : Des débriefings ont eu lieu avec la FFE. Ont-ils été utiles ? Ne sont-ils pas arrivés un peu tard?
H.N. : Oui, ils ont été très, très bons pour le futur. Trop tard ? Non, je ne crois pas. Cinq semaines, c’était le délai minimum pour que les cavaliers puissent prendre le recul nécessaire et encaisser le choc.
 
GPR. : La Coupe du monde approche. Quelle va être la stratégie de la France? Combien de places aura-t-elle? Qui va les prendre?
H.N. : Nous avons discuté avec les cavaliers. Pour le moment, nous sommes toujours sûrs d’avoir trois places par étape. Elles iront automatiquement en priorité à [Kevin Staut] et [Penelope Leprevost] parce qu’ils sont dans le top dix du classement mondial (le classement d’octobre n’est pas encore publié mais c’est fort probable compte tenu de la victoire de Pénélope Leprévost dans le Global Champions Tour de Vienne, ndlr). Ensuite, nous essaierons de donner trois étapes avant Noël à tous ceux qui peuvent jouer une place en finale : Patrice Delaveau, Simon Delestre, [Eugenie Angot], [Roger-Yves Bost]. Les places restantes iront à d’autres, au cas par cas. L’objectif est d’être aussi nombreux que possible en finale. Je serai satisfait avec trois finalistes.
 
GPR. : Comment envisagez-vous les championnats d’Europe 2013? La France doit-elle continuer à miser exclusivement sur ses "vieux couples" ou donner sa chance aux plus jeunes, en vue des Jeux équestres mondiaux de Normandie 2014?
H.N. : Évidemment, oui. Il faut les deux. En vérité, nous pensons moins à 2013 qu’à 2014 parce que c’est important pour notre sport, pour le pays, pour l’ambiance. C’est aussi dans cette optique que nous assistons à ce Master Pro : voir qui nous pouvons intégrer à notre programme de travail.
 
GPR. : Votre contrat s’achève au 31 décembre 2012. De quoi votre année 2013 sera faite?
H.N. : Rien n’est sûr. Les responsables fédéraux sont en train de négocier et de parler beaucoup à gauche, à droite. La nouvelle politique sportive sera développée après les élections fédérales (le 6 décembre 2012 à Villepinte, lors du Salon du cheval, ndlr).
 
GPR. : Quel poste souhaitez-vous occuper? Quelles missions souhaitez-vous conserver?
H.N. : Pour moi, la sélection et l’entraînement, c’est trop. Je voudrais bien rester entraîneur – c’est mon terrain – mais aussi demeurer dans la structure fédérale, autour des cavaliers, avec un groupe de connaisseurs qui sont là pour y arriver. Je fais ça pour une grande part par plaisir. J’aime ça. Je me suis bien entendu avec une grande partie des cavaliers dans l’équipe. Je me sens bien avec eux. Dans le futur, je crois que nous devons encore ajouter un ou deux éléments et quand cette nouvelle structure sera mise en place, j’aimerais bien continuer l’entraînement.
 
Propos recueillis par Sébastien Roullier

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