« SI JE VIENS, C'EST AVEC UNE EQUIPE, DES IDEES ET UNE ARCHITECTURE », PHILIPPE LÉONI

Philippe Léoni lors de l'étape du Global Champions Tour d'Arezzo, en septembre 2008 - Crédit Scoopdyga

Mardi 02 octobre - 18h59 | Sébastien Roullier

« SI JE VIENS, C'EST AVEC UNE EQUIPE, DES IDEES ET UNE ARCHITECTURE », PHILIPPE LÉONI

Philippe Léoni a proposé un projet pour le haut niveau à la Fédération française d’équitation. Malheureusement, les discussions n’ont pas abouti. Pour l’instant ? La parole à Philippe Léoni.


Grandprix-Replay.com : Vous avez proposé un projet pour le haut niveau à la FFE. Pouvez-vous en expliquer la genèse ?

Philippe Léoni : Je n’étais pas du tout postulant à quoi que ce soit il y a un mois et demi. En rentrant des Jeux olympiques, un certain nombre de cavaliers et de propriétaires m’ont contacté pour savoir si j’étais partant pour prendre la place de "Monsieur haut niveau", précédemment occupée par Christian Paillot, et manager l’ensemble des disciplines équestres olympiques. J’y ai réfléchi. C’est vrai que le haut niveau me manque, que ce sport m’a beaucoup donné. Ce projet pouvait vraiment être passionnant et c’était une manière de mettre à disposition ce que je sais faire et mon expertise. J’ai monté à un niveau olympique dans deux des trois disciplines – c’est quand même un atout – et, en tant que chef d’entreprise, je sais à peu près ce qu’est le management des hommes. Je me suis dis : "banco" ! Et j’ai dit que le projet m’intéressait. Christian Paillot s’est alors très gentiment mis à disposition du projet pour établir un contact entre Serge Lecomte (président de la FFE, ndlr) et moi.


GPR. : Quelle a été la teneur des contacts avec la FFE ?

P.L. : Nous nous sommes réunis deux fois. La première fois, j’ai constaté que Serge Lecomte avait très envie de quelqu’un pour remplacer Christian Paillot. Il a donc accueilli très positivement ma proposition, au départ. Serge Lecomte semblait totalement d’accord et voulait que nous allions vite. Pour ma part, je ne voulais pas aller trop rapidement et être sûr qu’il y avait une vraie vision partagée avant de me lancer dans ce projet. Une de mes idées phare était d’arriver avec un manager général du haut niveau et je pensais que Jean-Maurice Bonneau était la personne appropriée, avec beaucoup d’expertise et de compétences pour assumer cette fonction. Lors d’une deuxième réunion, j’ai expliqué mon projet en détails et en exposant ses fondations. À ce moment-là, nous ne nous sommes pas mis d’accord avec une vraie vision partagée. Ma vision, ce n’est pas le changement dans la continuité. J’ai senti qu’il n’y avait pas une adhésion forte au projet. C’était plutôt : "Venez. Ensuite, nous verrons et nous nous arrangerons." Je considère qu’il y a un énorme chantier. Je ne projetais pas de m’installer dans les pantoufles de quelqu’un pour continuer ce qui avait été fait. Ça ne m’intéresse absolument pas. Pour gérer l’existant, il n’y a pas besoin de moi. Ce qui me motive, c’est le management sportif du très haut niveau et essayer d’avancer vraiment. Donc si je viens, c’est avec des hommes, une équipe, des idées et une architecture pour amener la performance. Même si je ne suis plus véritablement dedans, je continue à suivre et je vois bien ce qui ne s’est pas bien passé. Le haut niveau, ce n’est pas que le management technique des sportifs. Comme dans beaucoup de sports, le haut niveau requiert un management global, ce qui nous manque. Le sport est un ensemble. Ce n’est pas le sport au détriment des clubs ou autre chose. Une fédération est un tout. Le sport de haut niveau est une vitrine qui doit tirer la base, les clubs, et tout ça doit fonctionner ensemble, comme dans les autres sports. C’est ma vision mais je suis peut-être idéaliste… J’ai été un des leurs et les cavaliers de haut niveau savent bien que j’ai la capacité de comprendre beaucoup de choses concernant le haut niveau. Pour comprendre leurs problèmes, bien sûr, mais également savoir les rappeler à l’ordre quand il le faut car il y a aussi besoin de temps en temps de remettre des choses au point. C’est pour cette raison que, de manière très spontanée, ils étaient tous favorables à ce projet.


GPR. : Les discussions sont-elles définitivement rompues ?

P.L. : Je ne sais pas. Je considère que la balle est dans le camp de la Fédération. Je ne quémande rien, je veux juste apporter mes compétences et je ne veux pas occuper un poste seulement pour aller aux remises des prix et aux cocktails. S’ils ont envie de reparler du projet, éventuellement j’en reparlerai. Mais j’arrive avec un projet global et je suis trop entier pour y aller avec des non-dits et une forme de compromission, qui serait la voie de l’échec. Dans le sport, parfois on perd – ça fait partie du jeu. Il faut savoir perdre et en tirer les enseignements. Mais quand on part sur des bases pas claires, il n’y a aucune chance que ça marche. Je ne suis pas masochiste, je ne peux envisager d’y aller qu’avec certaines garanties. Nous sommes devant quatre années exceptionnelles avec les Jeux mondiaux en France, des finales de la Coupe du monde plus les championnats d’Europe et les Jeux olympiques en ligne de mire. Je ne dis pas qu’elles sont très malades mais les trois disciplines olympiques ne vont quand même pas très bien. En dressage, nous sommes structurellement incapables de qualifier une équipe pour les grands championnats. Nous avons l’exemple de la Grande-Bretagne. Elle n’était pas sur le devant de la scène il y a peu et elle a pourtant réussi à être championne olympique à Londres. Je ne suis pas fou, l’objectif n’est pas d’être médaille d’or à Rio. Mais si nous remettons les choses vraiment à plat, nous pouvons essayer d’avancer et de progresser. Dans le complet, ma famille d’origine, il y a eu un petit sursaut il y a quelques années mais nous sommes retombés au Moyen-Âge. Nous avons pris une claque en dressage, une autre sur le cross et une troisième sur l’hippique. Nous avons à peu près réussi le grand chelem ! En concours hippique, je trouve que nous avons des pilotes de classe mondiale mais, si on regarde bien, nous n’avons pas vraiment les résultats. Ça fait douze ans que nous loupons les Jeux olympiques. Dans les grands championnats, le bilan est un peu maigre au niveau individuel et les médailles par équipes sont quand même assez sporadiques. Nous entrons dans un tunnel avec quatre années exceptionnelles. Si nous ne mettons pas des moyens exceptionnels en place et si nous n’apportons pas le changement dans le management en déclenchant un électrochoc, ça ne marchera pas. C’est valable pour tous les acteurs concernés par le sport de haut niveau, qui doivent tous opérer une réelle mutation. Il faut rassembler et parler aux propriétaires et manager les cavaliers, pas seulement les quatre cavaliers qui sont tout en haut, car, si on ne s’occupe que de ceux-là, au bout d’un moment, on se rend compte qu’il n’y a plus personne derrière. Nous devons également pouvoir attirer les sponsors et regrouper les médias derrière nous. C’est un véritable projet d’entreprise. La balle est dans le camp de la Fédération et de tous les acteurs du haut niveau. La porte n’est pas complètement fermée…


Propos recueillis par Marc Verrier

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