Dimanche 10 juin - 21h24 | ElodieM

RENCONTRE AVEC STEVE GUERDAT DANS GRAND PRIX MAGAZINE

Deuxième de la finale de la Coupe du monde de ‘s-Hertogenbosch, le Suisse [Steve Guerdat] s'est confié à la rédaction de Grand Prix Magazine à l'occasion du numéro de juin. GrandPrix-replay.com vous offre la chance de découvrir un extrait exclusif de cette rencontre.

 

GRAND PRIX : Quelques semaines après la fin de la Coupe du monde, quel sentiment domine ? Celui de la frustration de ne pas avoir tout tenté dans le barrage qui vous opposait à [Richard Fellers] ?
STEVE GUERDAT : Avec le recul, je peux vous assurer qu’il y a encore plus de satisfaction. Sur le coup, il est vrai qu’un sentiment d’amertume a pu s’installer, qui a rapidement cédé sa place à l’analyse : et là, on se rend facilement compte que le cheval ([Nino des Buissonnets], hongre d’onze ans par Kannan, deuxième de la finale de la Coupe du monde 2012, ndlr) a très bien sauté et qu’aucune erreur n’a été commise. Il aurait juste fallu aller un peu plus rapidement. Mais c’est le sport. Je partais évidemment avec l’objectif de remporter cette finale, même s’il y avait une grosse inconnue : le cheval n’avait jamais couru un tel championnat. Pour autant, je faisais une entière confiance à ses qualités : je reste convaincu que lorsque ce cheval est en forme, il n’y en a pas énormément qui pourraient se montrer meilleurs que lui.
 

G.P. : L’histoire du couple Steve Guerdat/Nino des Buissonnets est finalement courte. L’harmonie s’est-elle rapidement installée entre vous ?
S.G. : Oui et non. C’était catastrophique au début. Nous avons commencé ensemble à Amsterdam l’an passé et nous n’avons jamais réussi à sauter le premier obstacle ! Nous avons ensuite enchaîné les mauvais concours. Puis quelque chose s’est passé, une sorte de déclic. Déjà sur le Sunshine Tour puis en Italie, ça allait bien mieux. A Saint-Gall, j’ai eu peur d’une rechute, puisque nous sommes éliminés dans le Grand Prix. Il fallait donc surtout compter sur le temps, et sur l’expérience qu’il prendrait au fur et à mesure. Nino était habitué aux épreuves de vitesse et avait donc besoin de tourner et tourner encore. De mon côté aussi, il a fallu que je m’adapte, car tous ces mauvais parcours ne pouvaient pas être mis sur le compte du seul cheval : je devais apprendre à le connaître. Il est un peu spécial, et nous avons sans cesse navigué dans une sorte de va et vient entre les bons concours et les rechutes. En septembre, alors que ses sauts sont toujours impeccables, il s’arrête de nouveau. A ce moment-là, je me remets vraiment en question : on peut dire que j’ai abandonné à cette période toute vision programmée sur le long terme avec Nino. Je n’avançais plus avec l’objectif olympique précis, ne lui demandais que de bien faire son travail et de me donner ce qu’il pouvait me donner à un instant T. Et là, tout s’est déclenché. Depuis la Coupe du monde de Helsinki où il termine dans les dix premiers, et en mettant à part Zurich, il termine dans les cinq premiers de tous les Grands Prix Coupe du monde auxquels il a participé. Je crois donc qu’il avait besoin qu’on lui enlève un peu de pression : c’est la conclusion que j’en tire en tout cas.
 

G.P. : Alors est-ce prématuré de parler de lui comme de la relève de [Jalisca Sollier] ?
S.G. : Je crois vraiment que Nino a le potentiel pour devenir peut-être pas une légende, mais au moins une vraie star, pour faire des choses que même Jalisca n’a pas pu faire. Mais il reste un certain nombre d’interrogations. Il a apporté les preuves de ses qualités en indoor, il faut maintenant qu’il montre ce dont il est capable sur les grandes pistes extérieures. Mon piquet actuel est une réelle chance pour Jalisca, qui n’a plus aucune pression : à La Baule, en comptant les barrages, elle courait son huitième parcours de l’année. Ca me fait très plaisir de pouvoir la sortir dans de telles conditions, de voir qu’elle continue d’aimer sauter et gagner. C’est selon moi la meilleure fin de carrière qu’elle pouvait avoir.
 

G.P. : Sur un CSI 5*, vous semblez désormais avoir l’embarras du choix, non ?
S.G. : N’exagérons rien. Mais la relève commence à être très mature et les engagements, c’est vrai, peuvent se faire selon la forme du moment de plusieurs chevaux. Chaque monture a ensuite ses spécialités : je préfère par exemple choisir [Carpalo] (hongre d’onze ans, par Contender, ndlr) pour des grandes pistes comme Hambourg ou Wiesbaden, plutôt que de l’engager à Monaco ou en indoor. Des chevaux comme [Nasa] (jument d’onze ans, par Cumano) bénéficient de l’expérience des autres pour découvrir le grand bain. Nasa est sortie à Doha, sur une piste en sable et courra sa première Coupe des nations à La Baule (neuf points en première manche, sans-faute en seconde, ndlr). Quant à Nino, qui a beaucoup donné cet hiver et l’année précédente, notamment du fait de nos déboires, il va s’économiser un peu dans les prochaines semaines.
 

G.P. : Votre objectif en arrivant à ‘s-Hertogenbosch était de remporter la Coupe. Londres arrive à grand pas : votre objectif est-il le même ?
S.G. : Pourquoi aller sur un concours quand on n’a pas l’objectif de le gagner ? Autant le regarder à la télévision ou aller sur un autre concours sur lequel on a plus de chances. Je dis cela sans aucune prétention : je sais pertinemment qu’on aura cette année une vingtaine de couples susceptibles de remporter la médaille olympique. Mais je ne me cacherai pas ou ne me protégerai pas en expliquant que ça va être difficile, que c’est un format particulier, etc. Si j’y vais, c’est que je crois en nos chances : nous pouvons faire des sans-faute, donc aller au barrage, donc l’emporter. Nino et Nasa figurent pour l’instant tous les deux sur la long list du sélectionneur suisse.

 
(Propos recueillis par Daniel Koroloff)

 
Retrouvez la suite de cette interview dans le Grand Prix Magazine du mois de juin, vous pouvez le commander en cliquant ICI.

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